Lecture / Ecriture
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Plus haut que la mer de Francesca Melandri

Francesca Melandri
  Eva dort
  Plus haut que la mer

Francesca Melandri est une réalisatrice et scénariste italienne née en 1964.

Plus haut que la mer - Francesca Melandri

Et la vie continue...
Note :

    Francesca Melandri nous raconte avec beaucoup de sensibilité et de délicatesse, l'histoire de trois destins réunis dans une parenthèse nocturne où chacun va trouver dans cette nuit particulière le calme et le réconfort à une vie bousculée.
   
    Nous sommes en 1979 et l'Italie, meurtrie, panse ses blessures post-révolutionnaires.
    Dans un pénitencier de haute sécurité situé sur une île face à la Sicile, les visites se font en empruntant le bateau-navette du centre.
   Paolo est venu rendre visite à son fils, membre des fameuses Brigades Rouges qui ont ensanglanté le pays.
    Au nom d'un idéal de liberté et de justice sociale, il revendique encore les enlèvements et les meurtres sauvages qui ont été commis.
    Luisa, agricultrice, prend aussi le bateau pour voir son mari détenu aussi à la prison.
    Violent et alcoolique, il a tué un homme un jour de beuverie. Tuant ensuite un gardien, il se retrouve en haute sécurité sur l'île.
    Pierfrancesco, lui est gardien et vit sur l'île. Depuis quelque temps, la lassitude s'empare de lui devant cette violence contenue. De gardien appliquant la loi, il se sent devenir bourreau.
    Un soir que le mistral souffle particulièrement fort, la voiture, les ramenant au bateau du retour, a un accident.
    Hébergés et accueillis par Perfrancesco et sa femme, Paolo et Luisa vont passer une nuit à parler de leur solitude, de l'incompréhension dans laquelle toute cette violence les a plongés.
   
    Comment peut on encore aimer et comprendre son enfant quand il a commis les pires crimes?
   
    Et comment une femme seule peut s'en sortir et accepter de rendre visite à un homme qui l'a terrorisée à l'extérieur?
   
    Dans ce huis-clos, la nuit va briller d'une grande intensité pour ces personnages remplis de grande solitude.
   
    Ce n'est pas un livre sur les attentats, les revendications mais sur l'être humain quand la vie bouscule et frappe fort.
   
    Très doucement, quelque chose arrive qui va les soulager d'un fardeau trop longtemps porté.
   
    Le père, en dépit de tout aime son fils, et il en prendra conscience douloureusement et Luisa abordera des rives plus calmes.
   
    Un geste esquissé, un murmure et la vie continue.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Une écriture enchanteresse
Note :

   Je vous ai déjà parlé de Francesca Melandri, cette fabuleuse auteur italienne, qui a écrit "Eva dort", primée au prix littérature Européenne de Cognac il y a deux ans. Cet été est sorti en France son second roman : "Plus haut que la mer".
   
   Comme lors de la lecture de son précédent roman, on voyage, au propre comme au figuré, grâce à cette écrivaine de talent. Là encore, les personnages principaux (cette fois-ci au nombre de deux) voyagent. Un homme, Paolo, et une femme, Luisa, rejoignent séparément une île italienne extrêmement isolée, abritant l'une des prisons de haute sécurité des plus importantes du pays. Chacun va visiter un proche.
   
   Alors qu'une tempête s'apprête à faire rage, le bateau qui devait les reconduire sur l'île principale part sans eux. Ils vont alors vivre une nuit sur cette île mystérieuse, à la beauté vive et fantasque, en compagnie de Nitti, un des gardiens de la prison.
   
   Lors de cette nuit, c'est toute la vie des personnages qui sera chamboulée et qui leur donnera de nouveau une raison de vivre, autre chose pour remplir leurs cœurs et leurs corps que la tristesse, la déception, le poids de la culpabilité.
   
   L'écriture est enchanteresse comme toujours avec Melandri et c'est avec une certaine "fébrilité calme" que l'on tourne ces pages, à la découverte de deux vies qui se retrouvent, de futurs espérés renouvelés.
   
   "Un amour qui, tel un bateau de haute mer, est seulement entouré d'une étendue infinie de caps possibles que pourtant, on le sait déjà, ni les circonstances ni le temps ne permettront d'explorer. Et cependant, il n'est pas moins réel, moins profond que les amours solidement ancrées au rivage."

    ↓

critique par Pauline




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Les années de plomb
Note :

   Un premier roman* de Francesca Melandri m’avait comblée et donc naturellement la parution de celui-ci m’a attirée.
   
   On retrouve le goût de l'auteur pour l'histoire de son pays, mais autant le premier s’enfonçait dans les méandres de l’histoire d’une région, autant celui-ci est concis et court.
   
   Un roman à quatre personnages, Paolo et Luisa, Pierfrancesco et l’île-prison dans laquelle on reconnait Asinara.
   "L’île les saisit de plein fouet par son arôme.(...) Elle sentait le sel de mer, le figuier, l’hélichryse."
   

   Paolo et Luisa rendent visite l’un à son fils, l’autre à son mari, deux détenus dépendant d’un régime spécial de détention. Ils font ensemble la traversée en ferry. Tout les oppose, elle la paysanne inculte se débattant pour élever seule ses cinq enfants mais presque heureuse d’avoir échappé à un mari violent, lui le professeur de philosophie rongé de remords d’avoir peut-être contribué à transformer son fils en terroriste.
   
   On pénètre dans la prison et on y subit nous aussi la bureaucratie carcérale, la fouille corporelle à chaque visite, la rétention des douceurs apportées aux prisonniers.
   
   Les hasards du destin et une belle tempête vont obliger Paolo et Luisa à passer la nuit sur l’île sous la garde de Pierfrancesco le gardien.
   
   Cette île est le symbole des années de plomb en Italie. Francesca Melandri en y situant son roman met en scène le drame collectif qui endeuilla le pays pour longtemps.
   
   Elle parvient d’une façon tout à fait magistrale à donner à la fois la parole aux victimes grâce à une photo que vous n’oublierez pas, aux familles et aux prisonniers.
   
   La rencontre de Paolo et Luisa est un fragment de vie, ils sont otages d’une histoire, d’une violence, d’une douleur qui par bien des côtés ont des allures de drame antique.
   
   L’amour filial est présent tout au long du roman, la rencontre sur l’île est une petite éclaircie hors du temps.
   
   C’est un très beau et fort roman qui parvient, sans excuser personne, à ne rien laisser dans l’ombre, ni les victimes, ni les coupables, et pas plus les prisonniers que les familles.
   
   La sanction est tombée et dans sa dureté elle touche tout le monde.
   
   Une belle façon de nous rappeler cette période de l'histoire.
   
   * Eva dort

critique par Dominique




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