Lecture / Ecriture
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Libre et légère de Edith Wharton

Edith Wharton
  Sur les rives de l'Hudson
  Libre et légère
  Chez les heureux du monde
  Les beaux mariages
  Xingu
  Les chemins parcourus
  Eté
  Ethan Frome
  Le temps de l’innocence
  Le triomphe de la Nuit
  La splendeur des Lansing
  Le fils et autres nouvelles
  Les Boucanières
  Les New-Yorkaises
  Le vice de la lecture
  La France en automobile

Edith Wharton est une romancière américaine née à New York en 1862 et morte en 1937, en France où elle vivait depuis une trentaine d'années.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Libre et légère - Edith Wharton

Cette conduite est absolument scandaleuse, Madame !
Note :

   Il y a des romans qui ne sont pas exempts de défauts et que, cependant, on ne peut pas s'empêcher d'admirer pour une raison ou une autre. Libre et légère d'Edith Wharton est de ceux-là.
   
   Libre et légère raconte l'histoire de Georgie, une jeune fille enjouée et ambitieuse qui délaisse son jeune et beau fiancé, qui a pour défaut principal de n'être que peintre et qui n'est donc pas doté d'une fortune remarquable, pour épouser un vieux lord confit qui a le mérite de posséder plusieurs demeures et un yacht.
   Malheureusement pour elle, notre jeune évaporée est toujours éprise du séduisant Guy et pour oublier ce triste état de fait, elle fait tourner en bourrique son vieux croûton de mari et s'enivre de soirées mondaines et de jeunes admirateurs.
   La maladie puis la mort du vieux lord, ramène Georgie à un état d'esprit plus raisonnable. Consciente de ses erreurs, elle revoit une dernière fois Guy et lui donne sa bénédiction pour son mariage avec une jeune oie blanche, puis meurt dans des souffrances modérées.
   
   L'histoire est sympathique mais les personnages n'ont pas beaucoup de profondeur. Georgie est censée avoir une conduite scandaleuse alors que sa vie ne ferait pas rougir une jeune pensionnaire et la mort du lord puis de Georgie sont des procédés un peu faciles pour clore le récit.
   
   Oui, mais...
   Edith Wharton avait 14 ans quand elle a écrit ce récit et l'on ne peut qu'admirer son talent naissant ainsi que sa compréhension des relations sociales fondées sur le pouvoir plus que les sentiments, en particulier entre les hommes et les femmes.
   
   Et le meilleur est pour la fin. Le récit de « Libre et légère » est suivi de trois critiques assassines et hilarantes de ce roman écrites par Edith Wharton elle-même. Et là, on retrouve la verve et l'ironie mordante de l'auteur. Autre preuve du talent de Wharton : le court récit Expiation qui est placé à la suite des fausses critiques. Expiation s'amuse de ces femmes mariées qui se piquent d'être écrivains, dans lesquelles Edith Wharton se reconnaît avec amusement, et qui sont prêtes à tout pour augmenter leurs ventes, même à s'entendre avec un évêque pour qu'il dénonce l'immoralité de leurs oeuvres, un bon petit scandale étant la meilleure des publicités.

critique par Cécile




* * *



De l’art de l’autodérision
Note :

   Je viens de lire un ouvrage extraordinaire. Terriblement moderne, amusant, déconcertant. A nouveau, Edith Wharton a frappé avec cette délicieuse ironie qui la caractérise.
   
   Novelette écrite à l’âge de quatorze ans, Libre et Légère est d’abord l’histoire de Georgie, jeune fille ambitieuse au caractère affirmé (et on le remarquera, au prénom bizarrement masculin). Après une partie d’échecs où la demoiselle «cherche querelle» à son charmant fiancé Guy Hastings, le nœud du problème nous est rapidement révélé : entre le jeune dandy un peu trop oisif à son goût, et le vieux Lord Bretton, Georgie va rapidement devoir faire son choix. Première surprise : devant une mère qui s’inquiète pour le bonheur de sa fille et la réaction du pauvre Guy, la jeune héroïne choisit délibérément d’évincer son jeune fiancé, persuadée que leur amour ne durera pas dans la pauvreté. Le tout pour un vieux duc fortuné atteint de goutte et d’accès de mauvaise humeur. Après une courte lettre de rupture qui plonge Guy dans le désespoir, Georgie épouse rapidement Lord Bretton, rayonnant dans les bals, triomphant dans de somptueuses parures et se révélant une brillante maîtresse de maison au cours des dîners mondains que le couple organise.
   
   Le récit oscille au début entre le désarroi de Guy, parti peindre avec un ami à Rome pour oublier son malheur, et le triomphe de Georgie, rapidement effacé par le regret, la solitude et l’ennui. Alors que Guy se jure de ne pas tomber de nouveau amoureux, il rencontre la blonde Madeline (autant dire une créature douce et effacée dont le caractère aussi bien que l’apparence sont diamétralement opposés à ceux de Georgie). Alors qu’une existence paisible se profile devant lui, les remords assaillent de plus belle Georgie. L’impétueuse brunette arrachera-t-elle Guy à l’heureux foyer qu’il se proposait de fonder ? C’est ce que je vous invite à découvrir en lisant ce récit.
   
   Mes points de repère sont presque inexistants, puisque de Wharton je n’ai lu jusqu’ici que Xingu. J’ai d’abord trouvé l’écriture élégante, mais un peu moins fine. Les fils de cette histoire sont peut-être un peu grossiers et tiennent plus du conte que du roman, aussi court soit-il. Cependant, après avoir feuilleté ce livre et songé que le texte était un peu moins abouti que le premier que j’avais lu, j’ai découvert à quel âge ce texte avait été écrit. Je l’ai donc lu avec cette information à l’esprit. Et là, on ne peut s’empêcher d’être fasciné par l’extrême maîtrise de l’écriture, bien trop élégante pour que l’on pense qu’elle est celle d’une adolescente. Comment ne pas s’étonner devant l’œil perçant qui sonde tous ces personnages ainsi que leurs faiblesses et appuie là où les conventions sociales sont les plus critiquables ?
   
   Le texte en soi est déjà fascinant lorsqu’on songe à quel âge il a été écrit et lorsque l’on sait que ses thématiques seront reprises dans certains des principaux ouvrages de Wharton (Ethan Frome, The Age of Innocence…). C’est pourtant compter sans les trois critiques imaginées par Edith Wharton et qui suivent le récit. Précisons d’abord que le texte, seulement publié en 1993, avait été écrit sous le nom de David Olivieri.
   
   C’est un triste aspect de la nature humaine que cette passion suicidaire d’écrire des romans qui atteint toute une catégorie de fanatiques inoffensifs, lesquels, sans avoir un grain de talent ni de formation littéraires, profitent de la liberté de la presse pour inonder le public exténué de balivernes sentimentales (…). Parmi les plus récents de ces automeurtriers qui s’ignorent, signalons (avec une compassion particulière, car son cas paraît vraiment désespéré), l’auteur de Libre et Légère.
   
   (…) Et le lecteur écoeuré est nettement incité à se demander si Mr Olivieri n’est pas en réalité une petite écolière mélodramatique qui a commencé son roman avec l’envie féroce et meurtrière d’écrire quelque chose (d’osé) et qui a fini par effacer en rougissant tous les termes scabreux que pouvait lui fournir son maigre vocabulaire.

   
   Quelle n’a pas été enfin ma surprise en découvrant la nouvelle sur laquelle se termine ce livre, Expiation ! Car il s’agit de l’histoire de Mrs Fetherel, auteur en herbe qui vient de publier un roman intitulé… Libre et Légère ! Ici, Mrs Fetherel estime avoir écrit quelque chose de très audacieux et espère choquer son entourage et gagner l’estime du public grâce à la condamnation de la presse. Quelle n’est pas sa déception lorsque son époux aussi bien que son oncle l’évêque ou sa cousine (qui écrit des ouvrages botaniques) trouvent ce livre bien plaisant et lui reprocherait, tout au plus, le titre qui suggère un texte honteux et bien plus osé ! Et là, autant faire place une fois de plus à la plume de Wharton :
   
   (Le mari lit avec enthousiasme une critique devant Mrs Fetherel, la cousine et l’évêque)
   « En cette époque de pessimisme vénéneux, de décadence et de dépravation, le critique écoeuré ne s’étonne plus d’ouvrir un live saturé d’émanations fétides… »
   Comme il n’avait pas l’habitude de lire à haute voix, il s’arrêta pour reprendre sa respiration, et l’évêque lança un regard aigu à Mrs Fetherel, laquelle garda les yeux plongés dans la tasse qu’elle n’avait pas réussi à lui faire boire.
   « … d’émanations fétides, reprit son mari, et sa surprise est d’autant plus grande quand il tombe sur quelque chose d’aussi délicieusement inoffensif que le roman de Paula Fetherel, Libre et Légère. (…) Ce serait une erreur que d’être rebuté par le titre délibérément trompeur de ce charmant tableau de la vie domestique qui, malgré l’évidente faiblesse de la peinture des caractères et de la construction de l’intrigue, mérite d’être qualifié de jolie petite bluette »

   
   J’en redemande !

critique par Lou




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