Lecture / Ecriture
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Baronne Blixen de Dominique de Saint Pern

Dominique de Saint Pern
  Baronne Blixen

Baronne Blixen - Dominique de Saint Pern

Une vie bien remplie
Note :

    Le dernier ouvrage de Dominique de Saint Pern nous raconte dans une biographie romancée mais très fouillée la vie ou plutôt les vies mouvementées de Karen Blixen.
   
    Par la voix de Clara Svensden, qui sera sa secrétaire, son accompagnatrice, son infirmière, et sa exécutrice testamentaire littéraire, elle nous dresse un portrait lumineux et sombre d'une femme qui a rempli sa vie de fougue et de passion.
   
    Suite à un chagrin d'amour, elle épouse par dépit, Bror le frère de son premier amour.
   
    Ils s'installent au Kenya où ils acquièrent une ferme en 1914.
   
    Son mari lui offre dans sa corbeille de mariage le titre de Baronne, dont elle usera jusqu'à la fin, et la syphilis dont elle souffrira jusqu'à son dernier jour.
   
    Sa plus grande passion sera pour la terre et l'âme africaine ainsi que pour Denys Finch Hatton, aventurier, homme de safari, érudit, éblouissant mais épris avant tout de liberté, celui qui l'attendait là-bas.
   
    Sa mort accidentelle ainsi que la faillite de son entreprise de café amènent Karen à quitter l'Afrique, ruinée et meurtrie.
   
    Elle n'y retournera jamais mais sera profondément transformée par son expérience africaine.
   
    De retour au Danemark en 1931, dans la résidence familiale, elle se met à l'écriture et devient la fabuleuse écrivain et conteuse sous le pseudonyme d'Isak Dinesen. Son roman "la Ferme Africaine" est tiré de sa vie et a inspiré le film "Out of Africa".
   
    Mondialement connue, elle entame alors pendant plus de vingt ans une carrière internationale et sera reconnue et invitée par les instances littéraires les plus représentatives.
   
    Mais Karen possède des parts d'ombre et d'abîme, à la fois charmeuse irrésistible elle peut devenir manipulatrice et perverse.
   
    Sa dernière passion sera pour un jeune poète danois, Bjornvig, avec qui elle conclut un pacte. On découvre alors une Baronne machiavélique.
   
    Pourtant jusqu'au bout elle éblouira dans les dîners mondains et envoûtera comme personne par ses dons de conteuse fabuleuse.
   
    Rien de nouveau et d'inédit dans ce roman sur cette femme mais l'originalité de la construction du récit est intéressante.
   
    En partant du tournage du célèbre film "Out Of Africa" avec Meryl Streep et Robert Redford, nous nous retrouvons dans ces paysages que la baronne a tant aimé.
   
    L'intervention de témoignage de personnages qui l'ont côtoyée nous la rendent plus proche et le lecteur est lui aussi conquis par cette femme indomptable et courageuse.
   
    Elle a aimé, vécu, souffert mais elle a entrepris, pris des risques avec une désinvolture audacieuse qui n'a certainement plus cours aujourd'hui.
   
    "J'avais une ferme en Afrique, au pied des colline du Ngong..."
par ces mots commence son livre et son histoire et l'envoûtement nous gagne.
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critique par Marie de La page déchirée




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Out of Africa
Note :

   Dominique de Saint Pern revient sur Karen Blixen d'une superbe manière, non avec une biographie de plus mais avec un portrait joliment brossé qui va au delà du célèbre et très réussi "Out of Africa", bien que Meryl Streep apparaisse dans "Baronne Blixen", qui reste un roman, et ne fait pas l'impasse sur le Danemark après son retour du Kenya. C'est peut-être un peu moins "grand romanesque" mais c'est très attachant.
   
   Clara Svendsen, polyglotte, pianiste, latiniste fut longtemps la secrétaire dame de compagnie infirmière traductrice esclave, oui, tout ça, de Karen Blixen. Dans ce roman elle est la passeuse qui nous immisce dans la complexité de la galaxie Blixen, personnalité décidément bien difficile à circonscrire. Ses triomphes littéraires et sa santé chancelante, en grande partie cadeau de son mari Bror, ses très nombreux paradoxes, ce qu'il faut bien appeler son snobisme, sa passion pour Thornkild Bjornvig, poète plus jeune de trente ans, son amertume et une haute idée d'elle-même parfois nous conduisent à trouver Isak Dinesen Karen Blixen un peu "trop". Son carnet d'adresses nous énerve un peu, Truman Capote, John Gielgud, Cecil Beaton, Carson McCullers. Une scène sublime vers la fin du livre: un homme deux fois immense, à l'Hôtel d'Angleterre, Copenhague, n'ose lui téléphoner. Il repartira, sans la voir, intimidé. Il en fallait pourtant beaucoup pour impressionner Orson Welles. Je me fiche bien de savoir si c'est vrai, mais j'adoube cette anecdote. Citizen Welles adaptera après sa mort Une histoire immortelle. Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende.
   
    Vous voulez savoir pour Denys Finch Hatton. L'Afrique est là bien présente. Les Kikuyus et les Somalis, les fauves et le Gipsy Moth jaune étincelant qui devait l'emporter. Et sa tombe sur la colline. Mais vous savez tous l'histoire. "Jamais plus sa voiture remontant l'allée. Jamais plus sa longue silhouette sur le seuil de sa véranda. Jamais plus ses chapeaux accrochés à la patère". "Baronne Blixen", le livre, a su s'affranchir de son modèle et de sa très belle mise en scène hollywoodienne (ne cherchez pas, c'est un hommage, une qualité). Dominique de Saint Pern a tout bon, les climats, les cocktails, la chasse et la littérature, la grandeur et les petites petitesses du presque Prix Nobel anorexique et tabétique. Allez-y sans crainte de doublonner avec "La ferme africaine", avec "Out of Africa" ou avec une bio traditionnelle. Vous y apercevrez un lion étendu non loin de Mbogani, vous y sentirez le souffle du vent sur Elseneur, et vous y aimerez plus encore la Baronne avec parfois des envies de la gifler.
   
    "Il (le soleil) joue avec son propre reflet dans l'eau puis s'amuse à caresser le pelage tacheté des girafes, ou bien la fine accolade dessinée à l'encre de Chine sur les flancs des impalas venus se désaltérer; enfin, indolent, il glisse sur le plumage des flamants et le lac brûle soudain dans la lumière des couchants."
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critique par Eeguab




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Une femme, un destin
Note :

   Pour tous aujourd’hui elle a le visage de Meryl Streep grâce au film tiré de son livre "La Ferme africaine". Cette femme marquée très jeune par la tragédie avec le suicide de son père, a connu un destin exceptionnel.
   
   Grande amoureuse, exerçant un pouvoir magnétique sur les hommes, détentrice d’un charisme formidable et d’une intelligence étincelante, voilà la femme qui partit à la conquête de l’Afrique au bras d’un mari qui lui transmettra de la syphilis en guise de cadeau de noces.
   
   Il existe plusieurs biographies de Karen Blixen, ici l’auteur Dominique de Saint Pern a pris le parti du roman, donnant la parole à une secrétaire Clara sur qui Karen Blixen, comme sur tout son entourage, exerça son emprise.
   
   Commencé sur le tournage du film de Sidney Pollack, le roman emporte le lecteur sur la piste des lions, dans la ferme où Karen connut tour à tour la passion, les déconvenues, la jalousie, le bonheur et la douleur du deuil.
   
   C’est un vrai plaisir que ce roman biographique même si l’on y apprend que peu de choses nouvelles. On voit vivre Karen Blixen parmi cette aristocratie anglaise et européenne qui venait chasser les grands fauves, on la retrouve défendant bec et ongles les Africains vivant sur sa ferme, mais on voit aussi une jeune femme un peu snob, futile parfois, manipulatrice souvent et pleine des préjugés de son époque.
   
   C’est ce mélange qui la rend attachante et vivante, ce n’est pas une icône, non c’est une femme meurtrie qui quitte l’Afrique et qui va grâce à l’écriture tenter de reprendre en main sa vie. Elle va réussir cela au delà de toute espérance, engrangeant les succès littéraires, frôlant le Nobel par deux fois.
   
   Un bon roman biographique, restituant parfaitement l’ambiance de l’époque, le personnage fascinant de Karen Blixen un rien anorexique, d’un caractère de chien mais sachant conquérir le public par sa voix et par sa plume, Truman Capote, Marilyne Monroe, Carson Mc Cullers furent parmi ses admirateurs.
   
   Laissez vous entrainer jusqu’aux pieds des collines du Ngong sur les traces d’une femme complexe et brillante.
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critique par Dominique




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Une certaine idée de la noblesse
Note :

    »Baronne Karen Blixen, une vie romanesque. Ou plutôt des vies romanesques. D’abord chasseresse africaine au Kenya après son mariage avec le baron Bror von Blixen-Finecke, amoureuse au cœur brisé de Denys Finch Hatton, puis hôtesse mondaine dans sa demeure de Rungstedlund au Danemark, écrivain sur le tard (elle a 52 ans lorsque le futur best-seller La Ferme africaine est publié), conteuse, démiurge mondialement célébrée et lue, amante enfin d’un poète de trente ans son cadet, Thorkild Bjørnvig.
   Dans ce roman vrai, de l’Afrique au Danemark, de New York à Londres, Dominique de Saint Pern ressuscite la femme courageuse et la diablesse, mais aussi l’âme de cet âge d’or où l’on savait aimer, écrire et mourir en beauté. »
   

   Je me suis toujours demandé pourquoi Beryl Markham n’en soufflait mot dans son célèbre ouvrage, aujourd’hui j’ai une réponse.
   
   Bien évidemment, les images de Out of Africa se précipitent pour coller à cette histoire (ah Meryl Streep et Robert Redford), mais le récit à travers la voix d’une fidèle employée-amie trace un portrait plus nuancé de la Baronne. Féministe mais aussi manipulatrice. Dictatoriale avec son entourage, mais courageuse dans tout ce qui touche à sa santé. Une certaine idée de la noblesse.
   
   La partie danoise m’a en effet permis de cerner le pourquoi du grand écrivain connu et pas seulement l’auteur d’un ouvrage sur une certaine époque de l’Afrique. Partie tout à fait méconnue pour mon cas.
   
   Une biographie romancée que j’attendais avec hâte en poche et qui ne m’a absolument pas déçu. J’avais prévu un achat PAL de Karen Blixen chez Bouquin, cela ne fait que renforcer cette envie.

critique par Le Mérydien




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