Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Silo -1- de Hugh Howey

Hugh Howey
  Silo -1-
  Silo – 2 - Origines
  Silo – 3 - Générations

Silo -1- - Hugh Howey

Le premier
Note :

   La Terre, dans un futur indéterminé. Contaminée par des produits extrêmement toxiques, l'atmosphère est devenue irrespirable. Pour survivre, les hommes n'ont eu d'autre choix que de se réfugier dans un immense silo, où la vie communautaire est régie de façon très stricte : répartition des individus en différentes castes selon leurs aptitudes au travail, réglementation des naissances, limitation des échanges entre les habitants...
   
   Depuis plusieurs générations, les voilà donc entassés sous terre, si bien que la population actuelle n'a jamais vu le monde extérieur que par le biais des capteurs installés dehors et qui retransmettent en continu les images d'un monde en ruine, où toute forme de vie sauvage a disparu sous les pluies acides et les poussières corrosives.
   
   Pourtant, certains continuent à espérer un retour à la liberté, et en viennent à se demander si ces images de désolation ne cachent pas une autre réalité, bien moins effrayante... Pour éviter que ces idées insurrectionnelles ne gangrènent les esprits, les dissidents voient leur souhait exaucé : ils sont condamnés à sortir définitivement du silo. Mais qui manipule vraiment qui, dans ce monde où l'équilibre de la communauté et la survie de tous ne tiennent qu'à un fil?
   
   Premier tome d'une trilogie déjà culte, Silo est sans conteste LE roman de science-fiction des cinq dernières années. Mêlant habilement suspense, thriller, manipulation, confusion entre rêve et réalité, luttes de pouvoir et enjeux politiques, il surprend par la profondeur de sa réflexion et la perfection de son architecture.
   
   Les personnages sont parfaitement campés, souvent attachants, et surtout sans aucun manichéisme : pas de "vrais gentils" ni de "grands méchants", tous ont des motivations plus ou moins honorables d'agir, et quand la révolte éclate, les insurgés, avec leurs bombes et leurs gaz meurtriers, ne valent pas nécessairement mieux que leurs adversaires, qui les criblent de balles et entendent maintenir coûte que coûte le fragile équilibre du silo pour éviter une catastrophe.
   
   Si les héros suscitent bien sûr l'intérêt, en particulier le shérif Holston et la fougueuse Juliette, les personnages secondaires ne sont pas laissés de côté, loin s'en faut : de Lukas, l'informaticien amateur d'astronomie, à Knox, le mécanicien bourru au grand cœur, en passant par Solo, un étonnant quinquagénaire à l'esprit d'adolescent, tous apportent leur contribution à l'histoire, et ne se cantonnent pas à un banal rôle de faire-valoir.
   
   Avec son intrigue haletante, maîtrisée d'un bout à l'autre du roman, et émaillée de nombreux rebondissements savamment amenés et souvent imprévisibles, "Silo" constitue un redoutable page-turner, et ses 625 pages se dévorent en un éclair, d'autant que l'écriture, fluide et directe, servie par une traduction particulièrement élégante (ce qui est assez rare pour être souligné!), contribue à faire de la lecture de ce premier opus un vrai moment de plaisir. Et même si ce volume peut se suffire à lui-même, il n'en donne pas moins envie de se plonger dès que possible dans la suite de la trilogie. Le plus dur sera encore d'attendre la sortie du deuxième tome en poche!
   
   En bref, une dystopie palpitante et intelligente, à mi-chemin entre Hunger Games et Le Meilleur des Mondes, bien menée, portée par une écriture efficace et des personnages forts. Avec ce premier opus, Hugh Howey s'impose comme l'un des auteurs SF avec lesquels il va falloir désormais compter.
   4 étoiles
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




* * *



Demain, peut-être...
Note :

   "Silo" fut un événement littéraire aux Etats-Unis. D’abord imaginé sous la forme d’une courte nouvelle, il est auto-publié sur Amazon en format numérique et vendu à 99 cents. Le bouche-à-oreille aidant, le tapuscrit fait un tabac et les lecteurs réclament à corps et à cris une suite. Il y en aura quatre qui donnent lieu à un roman dont les droits ont été rachetés par l’une des plus prestigieuses sociétés d’édition américaine et qui se vendra à 500.000 exemplaires ! C’est également désormais le premier tome d’une trilogie disponible dans la nouvelle collection de SF "exofiction" d’Actes Sud.
   
   Pourquoi ce livre d’anticipation a-t-il connu un tel succès ? A cela, un ensemble de réponses qui en fait son originalité et son intérêt au point qu’il pourrait devenir un roman culte d’une nouvelle branche du genre !
   
   Tout d’abord, parce qu’il joue sur nos peurs dans un monde que l’on sent bien au bord du gouffre écologique, soumis à des changements climatiques, sociaux, économiques et politiques qui le font craquer de toutes parts sans que l’on sache vraiment ce qui en résultera. Cette incertitude est, du coup, pour beaucoup d’entre nous source d’inquiétude : ne serions-nous pas à la veille d’une apocalypse multifactorielle ? Hugh Howey nous apporte sa réponse.
   
   Dans un futur indécis et plus ou moins proche, il imagine une terre seulement peuplée de quelques milliers d’individus, uniques survivants d’un cataclysme dont nous ignorons tout. La conséquence en est que l’air y est devenu toxiquement mortel, rendant la vie seulement possible au sein d’un silo.
   
   C’est à l’intérieur de ce microcosme qu’il faut ensuite chercher les raisons du succès littéraire. L’auteur en fait une réduction parabolique de notre monde, une sorte de fourmilière humaine en réduction dont l’observation distante devient ainsi possible, mettant le doigt sur nos travers et ce qui cause cataclysmes et révolutions en séries.
   
   Tissant une intrigue solide (même si le rythme parfois s’étiole un peu), nous nous mettons à vivre au rythme d’un monde codé, rappelant parfois étrangement, mais en plus horrible, le nôtre. Au sein du silo, tout est normé. L’immense tour est traversée verticalement par un gigantesque escalier de 144 étages. Il faut plusieurs jours pour le gravir, tout ascenseur en est absent car la société y est dûment stratifiée. Tout en haut, les dignitaires. Au centre, le "DIT", centre névralgique informatique et technique qui contrôle tout, espace hypersécurisé, secret et obscur. Tout en bas, les mineurs et les mécaniciens qui font tourner les machines, produisent l’énergie indispensable au maintien de la vie. Les naissances sont partout contrôlées, les pensées encadrées, les communications restreintes, les fonctions hiérarchisées afin de rendre la vie en commun possible à quelque prix que ce soit. C’est sous une liberté toute relative qu’il reste possible de vivre.
   
   Alors, bien sûr, il existe des déviants, des humains restant capables de penser par eux-mêmes, désireux de sortir pour vérifier que le monde extérieur est conforme à ce que les écrans informatiques en retransmettent. Traqués en permanence, ils sont arrêtés sans délai par un shérif, jugés sans procès et expédiés à l’extérieur au cours d’une procédure bien rodée et dantesque qui les voue à une mort assurée et atroce après avoir été obligés de nettoyer les capteurs rendant l’observation extérieure possible, comme une ultime manière de rappeler que nul ne peut échapper au contrôle du silo.
   
   La vie en société étant soumise à des tensions permanentes, enjeux de pouvoir, de désir, objet de spéculations diverses, tout ce microcosme risque en permanence d’imploser. Avec méticulosité, Hugh Howey démonte les rouages qui ne peuvent que conduire à l’explosion qui sera d’autant plus violente que la vérité sur le monde sera progressivement révélée.
   
   Au total, c’est cette combinaison de critique sociale et politique, d’anticipation, de thriller et de western qui font de cet ouvrage un objet littéraire unique, non exempt de défauts, mais à lire absolument. On attend la suite avec impatience !
   ↓

critique par Cetalir




* * *



Futur claustrophobe
Note :

   "Silo" est un roman de fiction prospective moderne. Un peu ce que fut "1984" en son temps. C’est étonnant comme tous les romans de prospective sont dans le même ton : glaçant et pessimiste ! "Silo" ne fait pas exception à la règle.
   
   Dans un futur indéterminé, mais après des évènements non précisés qui ont rendu la Terre inhospitalière au point qu’on ne peut plus respirer son atmosphère sans en mourir, des survivants existent dans une espèce de vase-clos, un silo de 144 étages, en grande partie autonome en énergie et production de nourriture. Vase-clos, le lecteur s’y retrouve aussi, d’autant que les habitants de ce silo sont persuadés d’être les seuls survivants dans le seul silo sur cette Terre dévastée.
   
   Hugh Howey prend avantage de cette situation claustrophobe pour en faire des allégories de notre monde moderne, à une échelle réduite : manipulation de l’information et des individus, organisation de nos sociétés industrielles, … C’est très prenant car en outre fort bien réalisé. Hugh Howey finit bien par passer par quelques incohérences ou invraisemblances mais la tâche était d’une telle ampleur !
   
   Outre la reproduction du fonctionnement d’une société moderne avec ses fractures métiers manuels/métiers intellectuels, il y a quelque chose de particulier propre au silo. Enfermé quasi intégralement sous terre, seuls quelques étages émergent et la vision de l’extérieur, la Terre, est assurée par des capteurs. Des capteurs qu’il faut régulièrement aller nettoyer. C’est le rôle dévolu à des condamnés, pour crimes ou comportement antisocial (remettre en cause le discours officiel). On les équipe alors de combinaisons afin de les protéger dans cette tâche, des combinaisons censées être toujours plus performantes (tous les nettoyeurs meurent rapidement une fois dehors).
   
   Et la grande affaire finalement, pour ceux qui remettent en cause la doxa officielle, c’est d’espérer que l’extérieur ne soit pas le monde létal qu’il semble être. Mais l’intox peut jouer à différents niveaux et "Silo" parvient à nous surprendre sur ce plan-là aussi…
   
   Une lecture claustrophobique qui peut nous amener à de profondes réflexions sur le monde actuel, celui dans lequel nous vivons hic et nunc.
   
   Une œuvre étonnante.

critique par Tistou




* * *