Lecture / Ecriture
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Je ne suis pas là de Slavenka Drakulic

Slavenka Drakulic
  Je ne suis pas là

Je ne suis pas là - Slavenka Drakulic

Témoignage insoutenable
Note :

   Une jeune femme de vingt-neuf ans, serbe par sa mère, musulmane par son père, se trouve nommée institutrice dans un petit village bosniaque peu de temps avant le déclenchement du conflit des Balkans.
   
   Tout à coup, la guerre fait irruption dans sa vie jusqu’alors parfaitement paisible. Les soldats ramassent les femmes et les enfants du village, un matin de juin, pour les embarquer dans un camp. Pendant ce temps, les hommes sont rassemblés pour être exécutés un peu plus loin dans la forêt.
   
   Après avoir cru à un parcage temporaire, les femmes doivent se faire à l’idée que leur installation précaire va durer. Au moins jusqu’à l’hiver.
   
   Bientôt, l’institutrice ira rejoindre la "chambre des femmes" où les plus jolies jeunes femmes du camp ont été sélectionnées et confinées. Débutera l’horreur des viols à répétition, des tortures morales et psychologiques, de l’humiliation constante, des meurtres aussi. Pendant ce temps, à quelques minutes de là, les hommes sont assassinés, après être horriblement mutilés, par les soldats serbes puis brûlés dans les bennes à ordures.
   
   Slavenka Drakulic décrit avec une plume précise et une langue simple l’horreur des camps et l’infinie capacité de la nature à inventer les moyens de détruire les ennemis du moment avec bestialité, après leur avoir fait subir les pires outrages.
   
   Il est difficile de ne pas être bouleversé par ces scènes suggérées, parfois crûment décrites, où la mort violente prend de multiples formes, chaque fois plus inventives, et dont sont les témoins les femmes de ce camp.
   
   L’auteur sait nous indiquer les stratégies de survie, l’importance de ne penser qu’à soi pour sauver sa peau ainsi que la solidarité de ces neuf femmes, esclaves sexuelles d’une horde de soldats ivres et féroces.
   
   Ce livre est aussi une réflexion intime et douloureuse sur la grossesse subie après un viol et sur les interrogations qui entourent la naissance à venir sans qu’on ne puisse jamais connaître le père. La douleur d’être mère sans l’avoir voulu, d’être celle qui assurera la descendance de ses tortionnaires.
   
   Il nous donne enfin à comprendre comment et pourquoi beaucoup de ces mères n’ont eu d’autres choix que d’étouffer ou d’étrangler leurs bébés, à peine nés, pour survivre et effacer une faute dont elles n’ont aucune responsabilité.
   
   Un livre dur, poignant, indispensable pour comprendre de l’intérieur, à travers le destin d’une femme parmi tant d’autres, ce qui s’est passé à trois heures de chez nous il y a quinze ans à peine. Pour ne pas, ne jamais, oublier.

critique par Cetalir




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