Lecture / Ecriture
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Le pigeon de Patrick Süskind

Patrick Süskind
  Le parfum
  La contrebasse
  Le pigeon

Patrick Süskind est un écrivain et scénariste allemand né en Bavière en 1949.

Le pigeon - Patrick Süskind

Un pigeon, et tout bascule
Note :

   Si tout le monde connait, ou au moins a entendu parler de Süskind, notamment à travers son fameux texte : le Parfum, peu sont ceux à connaitre l’existence du Pigeon. Moi la première d'ailleurs! Il aura fallu qu'un membre du groupe de lecture le propose pour que je découvre ce superbe texte.
   
   Très loin de son polar et de l'univers sombre qu'il y impose, Süskind nous offre ici un texte absurde. Un homme, agent de sécurité dans une banque, vit une existence paisible et sans soucis, en toute solitude. Un matin, alors qu'il s'apprête à aller aux toilettes sur le pallier, il se retrouve nez à nez avec un pigeon. A partir de là, toute son existence va être bouleversée et sa propre vie ne sera plus rien... Tout va alors aller de mal en pis.
   
   L'action se déroule sur une journée et ne tourne qu'autour de ce personnage et de cette malheureuse rencontre.
   
   Texte très court (à peine 100 pages), l'intrigue est excellemment ficelée, l'écriture bien tournée et c'est un véritable plaisir pour les sens que de lire ce texte. Bien que d'un aspect simple, et à l'image des habituelles textes absurdes, si le fond semble vide, il est en fait porteur de multiples messages.
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critique par Pauline




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Les épouvantes d’un homme ordinaire
Note :

   L’histoire :
   Un homme d’une cinquantaine d’années, nommé Jonathan Noël, vit dans une chambre de bonne dans le sixième arrondissement à Paris. Cela fait vingt ans qu’il vit là, seul et heureux, et il n’envisagerait pour rien au monde de changer son cadre de vie. Cela fait vingt ans que son existence n’a été marquée par aucun événement notable, et il en est pleinement satisfait. Son métier de vigile, consistant à stationner huit heures par jour devant une banque, sans mouvement et sans initiative, lui convient également très bien. Mais, un vendredi matin, alors qu’il s’apprête à sortir de sa chambre pour aller aux toilettes situées sur le palier, Jonathan Noël se retrouve empli d’épouvante en découvrant un pigeon à quelques centimètres de lui, qui le fixe de son regard froid et sans éclat. Quelques minutes plus tard, après avoir vu les déjections de l’oiseau devant sa porte, il est pris d’un tel dégoût et d’un tel effroi que l’idée de s’installer à l’hôtel s’impose à lui comme une évidence.
   
   
   Mon avis :
    Ce livre m’a semblé illustrer la manière dont événement apparemment insignifiant pouvait faire l’effet d’un cataclysme sur une personne fragile. La présence du pigeon réveille des angoisses probablement enfouies depuis plusieurs décennies. Il faut dire que le passé de Jonathan Noël – avant ces vingt années de calme absolu – a été émaillé de souffrances : ses parents sont en effet morts en déportation alors qu’il n’était qu’un enfant, et sa jeunesse a été triste et pénible.
   
   Ces vingt-quatre heures qui suivent la découverte du pigeon vont être pour notre héros un véritable cauchemar, dans la mesure où toute une série de petites contrariétés sans gravité vont mettre à vif ses angoisses les plus profondes : peur de devenir clochard, sensation d’absurdité et de vide, peur de se vider de sa substance (puisqu’il a fréquemment peur de vomir, se sent mal lorsqu’il transpire, et fait une légère fixation sur la façon plus ou moins digne de "faire ses besoins"), peur de voir son intégrité physique menacée (un accroc dans son pantalon va prendre des proportions démesurées et lui donnera, l’espace d’un instant, l’envie de dégainer son pistolet de vigile et de tirer au hasard dans la foule).
   
   Patrick Süskind montre un talent superbe pour nous faire entrer dans les sentiments et dans les raisonnements de son personnage, qui nous apparaît d’abord comme bizarre ou excessif, mais qui se révèle finalement dans toute son humanité et sa sensibilité.

critique par Etcetera




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