Lecture / Ecriture
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Aucun homme ni dieu de William Giraldi

William Giraldi
  Aucun homme ni dieu

Aucun homme ni dieu - William Giraldi

La chasse est ouverte
Note :

   Titre original : Hold in the Dark, 2014
   
   Voici un roman que je n'aurais pas lu (quoique le titre soit attrayant...) si je n'avais pas constaté l'intérêt qu'il a suscité chez les blogueurs!
   
   Nous sommes dans le village de Keelut, dans le Denali (montagnes en Alaska) et c’est l’hiver.
   
   Des loups sont descendus au village de Keelut, et ont dévoré plusieurs enfants. Superstitieux les habitants croient qu’il s’agit d’un mauvais sort. Russell Core écrivain spécialiste des loups, qui les a souvent observés, reçoit une lettre d’une villageoise, Medora : son petit garçon a lui aussi été victime des loups et elle veut que l’écrivain l’aide à abattre le (ou les) animaux responsables, et retrouver son corps.
   
   Core lui répond se rend au village, lui signifie qu’elle n’est pas maudite ; les loups ne s’attaquent aux hommes que s’ils ont faim (ou peur… comme tous les animaux d’ailleurs).
   
   Après une nuit passée auprès de cette jeune femme, il part observer la meute sans envie de tuer. Fasciné par les loups il doit même lutter contre une envie de se faire dévorer par eux.
   
   De retour au village, Medora s’est enfuie, et Core est mis en présence d’une tragédie dans laquelle le loup ne joue de rôle que totémique. Il existe des masques de loup qui apparemment transforment ceux qui les portent en justiciers redoutables! Pourtant, les flics sont appelés, et le mari de Medora, Vernon, revient d’Afghanistan où il faisait la guerre (seul moyen pour gagner sa vie…)
   
   On comprend très vite pourquoi la petite famille Slone était "maudite" ; s’en suit une course-poursuite sanglante ; Vernon cherche sa femme et détruit tout sur son passage. Et un carnage de flic ; le chef du village Cheeon qui a perdu femme et enfant et n’a plus de travail est prêt à en découdre lui aussi.
   
   L’écriture est d’excellente tenue ; l’histoire intéresse : les conditions de vie des villageois du Denali (fin fond de l’Alaska) sont bien rendues. Leurs superstitions et leur haine d’être abandonnés dans des conditions de vie précaire, aussi. Les paysages sont beaux. Nous avons là un roman d’aventures bien fait qu’on ne lâche pas.
   
   Le message manque évidemment de subtilité : les personnages et les loups sont un peu naïvement idéalisés par l’auteur. Pourtant, j’aime bien la façon dont cela se termine...
    ↓

critique par Jehanne




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Etrange beauté
Note :

   "Tandis que le sommeil le gagnait à présent, il crut entendre les murmures de Medora Slone dans la pièce du fond, des incantations de sorcière, des chansons fredonnées entre deux sanglots. Il savait ce que c'était d'être hanté. Les morts ne hantent pas les vivants. Les vivants se hantent tout seuls".
   
   Dans le village de Keelut, aux confins de l'Alaska, au cœur d'un hiver plus froid que les autres, les loups sont descendus des collines et ont emporté trois enfants. Medora Slone, la mère de la troisième victime, un petit garçon, fait appel à Russell Core, un écrivain qui a vécu une année à observer les loups. Elle veut retrouver les restes du corps pour son mari, parti faire la guerre dans un pays écrasé de chaleur.
   
   Core répond à son appel, rien ne le retient chez lui où sa femme paralysée et muette ne quittera plus le lit. Il se sent vieux, n'a qu'une fille qui vit loin de lui et veut aider Medora, sans trop d'illusions sur ses réelles capacités à le faire.
   
   Core arrive à Keelut, passe la nuit dans la cabane de Medora et part le jour suivant à la recherche de la meute. A son retour, Medora a disparu et il fait une découverte qui bouleverse tout ce qu'il avait pu penser jusqu'à cet instant.
   
   Il est essentiel de ne pas en dire davantage, tant ce roman nous emmène là où on ne pensait pas aller et ce, à plusieurs reprises. Je commence par dire que c'est un coup de cœur pour moi et j'en suis la première surprise, tant les personnages sont âpres et brutaux pour beaucoup d'entre eux, mais il est indéniable que le climat général est captivant, entrechoquant un monde sauvage et poétique à la fois, générant ses propres lois.
   
   L'histoire se déroule de nos jours, puisqu'il y a voitures et portables, mais Keelut situé au bout du monde, isolé de tout, donne l'impression d'être un village venu du fond des âges et d'y être resté. Deux récits se croisent au début, la traque de Core et la guerre de Vernon Slone, le mari, machine à tuer quelque part dans un pays sans doute du Moyen-Orient. Ils finiront par se rejoindre lorsque Vernon rentre à Keelut et apprend la nouvelle de la mort de son fils.
   
   Il y a un souffle puissant dans ce roman, une intensité dramatique constante, on a la certitude que l'on va vers un drame, le monde des animaux et des hommes est encore étroitement uni, des influences s'exercent, des savoirs ancestraux sont à l’œuvre.
   
   Trois hommes sont à la recherche de Medora Slone. Core, Mariam le flic et Vernon le mari. Je ne peux évidemment rien révéler de l'évolution de l'histoire, ce que je peux dire c'est que les derniers chapitres sont éblouissants. Malgré les indices semés au cours du livre, je n'ai pas vu venir le dénouement, dans un paysage de froid, de neige, de glace où la vie humaine ne pèse pas lourd.
   
   C'est un roman dur et sauvage qui bouscule, mais ce que j'en retiens c'est surtout l'étrange beauté et la force.
    ↓

critique par Aifelle




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Plus noir que vous ne pensez
Note :

   Ce bouquin est profond. Ce bouquin est brutal. Sombre et dur comme le titre original "Hold the dark" il campe un Alaska, cette curieuse entité presque animale, ce surnuméraire territoire américain qui commence vraiment bien au delà d'Anchorage, où la persistance de chamans mêlée aux conditions extrêmes et où le culte ancestral du loup frère et tueur constituent le terreau de cette histoire hallucinée, de glaces et de peaux vêtue. Y galope aussi, ou plutôt y glisse sur les rares chemins, l'imaginaire du lecteur que William Giraldi emmène aux confins sans nous tenir trop la main.
   
   Suite à des disparitions d'enfants on incrimine les loups à Keelut, village ravitaillé par les corbeaux mais même ceux là ne s'y aventurent qu'à ailes mesurées. Russell Core, écrivain, spécialiste du genre canis lupus, descend chez Medora Slone dont le fils est le dernier disparu. Vernon Slone le père est alors dans un quelconque désert irakien (il faut s'y habituer, le Vietnam ne se fait plus guère en littérature). Dans ces contrées ultimes, ni le scientifique ni le flic ne sont maîtres des temps, pas plus le temps météo que le temps chrono. Ce noir qui vous tombe sur l'épaule en un souffle, ces taiseux de tout âge qui ne répondent pas, cette omniprésence du métal d'une dague ou d'une crosse de fusil, ces rafales de blizzard à égarer les plus rusés, ce pays est si rude que le titre français pour une fois est acceptable. Ni dieu ni homme pour vivre ici, seulement survivre. et tous ne survivront pas.
   
   L'auteur a l'habileté de ne pas désigner de héros, ni le père, ni la mère, ni l'écrivain, ni le policier, ni l'ami indien. On emboîte les pas des uns, le sillage des autres. Mais rarement roman ne m'a paru aussi tranchant, lame effilée et gorges surprises. C'est qu'on tue beaucoup dans "Aucun homme ni dieu", la plupart du temps vite, et bien. Curieusement c'est d'une langue de poète que nous apprenons, ou plutôt nous devinons quelques mystères. Il ne convient pas d'en dire plus sur ce bouquin qui fera date et nombre de blogs l'évoquent, voir plus bas. Encore deux mots si vous le permettez. Je recommande une extraordinaire scène d'accouchement, plus proche de la grotte que de la clinique. Et un petit extrait de dialogue très court, un chasseur dit au père:"T'as remarqué comme les gens qui vivent ensemble depuis longtemps finissent par se ressembler. C'est pour ça que je vis seul. Je ne veux ressembler à personne d'autre que moi".
   
   Quant aux loups ils finiront par être moins loups que les hommes car eux, au moins, sauront rester à leur place.

critique par Eeguab




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Les loups, les loups...
Note :

   Quand la nourriture manque les loups se rapprochent des habitations, du moins c'est ce qu'on dit.
   
   En Alaska deux enfants ont ainsi disparus. Lorsque le fils de Medora Slone disparait elle fait appel à un spécialiste : Russel Core, un connaisseur et défenseur des loups, il accepte de venir à Keelut et de vérifier si l’enfant a bien été victime des loups. Il écoute le récit de la mère et s’enfonce alors dans l’immensité blanche à la poursuite de la meute de loups alors qu’en son for intérieur il est sûr que les loups ne sont pour rien dans cet enlèvement.
   
   La vie du village a des accents claniques, tous sont plus ou moins liés et parents, Core apparait comme un intrus. L’administration d’ailleurs se tient un peu en réserve et la loi du silence est la règle.
   
   Ce que va découvrir Russel Core a de quoi surprendre et les faits vont s’enchainer à vive allure.
   
   « Les cabanes étaient peu nombreuses, rangées sur deux lignes bien distinctes. La plupart d’entre elles n’avaient qu’une seule pièce de plain-pied. Quelques-unes comportaient un étage et un toit en pente raide hérissé d’antennes radio qui grésillaient dans le froid. Les collines surgissaient tout autour, protectrices, ou bien juste prêtes à se refermer comme un étau sur le village. »
   

   Bon voilà vous êtes plongés dans le grand froid, la glace, la neige, les ours, les loups. Comme Core vous allez devoir survivre dans une nature hostile et puissante.
   
   Je vous préviens malgré le froid vous allez persister car ce roman est non seulement très original mais totalement passionnant.
   
   La sauvagerie, la peur, la culpabilité, les hallucinations, tout est fait pour vous plonger dans un monde où la morale est reléguée loin des hommes, où l’on se sent plus proche de l’animal que de l’être humain.
   
   Vous participerez à une traque où la terreur vous guidera et ou la civilisation s’effacera petit à petit de votre radar.
   
   Un roman très réussi, ambitieux, efficace et dont l’issue est surprenante. L’écriture sert parfaitement le propos. Un nord très très inquiétant.

critique par Dominique




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