Lecture / Ecriture
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Je vous écris dans le noir de Jean-Luc Seigle

Jean-Luc Seigle
  En vieillissant les hommes pleurent
  Je vous écris dans le noir
  Excusez-moi pour la poussière

Je vous écris dans le noir - Jean-Luc Seigle

La violence des hommes
Note :

   Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016
   
   En s'emparant d'un fait divers des années 50, le meurtre très médiatisé de Félix Bailly par Pauline Dubuisson, Jean-Luc Seigle signe un portrait émouvant et profond d'une femme au destin brisé.
   
    Le fait divers a d'ailleurs inspiré à Clouzot un film, "La Vérité", où Bardot dans le rôle de Pauline, explose de féminité et de sensualité troublante. Sorti en 1962, il montrait d'elle l'image d'une femme légère et manipulatrice.
   
    L'auteur, ici écrit à la première personne et prend l'identité de cette femme, pour raconter à travers des cahiers jamais retrouvés, ce qu'elle aurait pu écrire.
   
    Un travail de recherche, où l'empathie que l'on ressent pour son personnage n'empêche nullement le désir de comprendre et d'approfondir une vie détruite par la faute des hommes.
   
    Étudiante en médecine, âgée de 23 ans elle tue son amant. A son procès en 1953, la peine de mort est demandée. Condamnée à perpétuité, elle sortira 9 ans plus tard pour bonne conduite.
   
    Beaucoup d'injustice et d'acharnement s'abattent sur Pauline. Aucune femme n'est condamnée à mort pour un crime passionnel. C'est surtout son passé que l'on juge,ses mœurs légères, sa liberté, et aussi toutes les femmes tondues à la libération comme elle.
   
    Victime des hommes, de son père d'abord qui la jette dans les bras d'un médecin allemand pour pouvoir nourrir sa famille. Cette relation passionnelle avec son père est la première blessure.
   
    Arrêtée, battue, violée, tondue à la libération, elle est une fois encore livrée à la haine et la violence des hommes.
   
    C'est cette vérité que Pauline tentera toute sa vie de dire, et contre laquelle se briseront toutes ses illusions.
   
    Jean-Luc Seigle émeut par son écriture et sa recherche de vérité. Son style reste toujours fluide et très fort.
   
    Il y a beaucoup d'émotions dans ce texte, une grande compassion qui nous submerge.
   
    Bien sûr, Jean-Luc Seigle invente ce qu'elle aurait pu écrire ou dire. Il comble les silences. Mais il le fait en nous mettant face à une femme pour laquelle personne n'a eu d'attention, ni de pardon.
   
    Au fur et à mesure, le récit livre des moments de grande cruauté, quand on découvre le visage du père pas si aimant que ça, l'enfer carcéral, le délitement familial, les amours en fuite.
   
    Pauline fera tout pour être reconnue, aimée. Elle le sera mais mal, très mal.
   
    La sortie du film de Clouzot la contraint à s'exiler au Maroc. Dernière ligne droite, dernier amour et encore la vérité qu'elle voudra dire et qui va la chavirer à jamais.
   
    Une vie noire, un destin injuste, une indifférence totale de la part d'une société qui voulait régler ses comptes.
   
    Jean-Luc Seigle avec maîtrise nous montre toute l'ambiguïté de cette femme qui finalement a toujours été seule.
   
   
   PS: Au même moment, Philippe Jaenada publiait "La petite femelle", roman sur le même sujet

critique par Marie de La page déchirée




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