Lecture / Ecriture
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Le garçon aux icônes de Desmond Hogan

Desmond Hogan
  Le garçon aux icônes

Le garçon aux icônes - Desmond Hogan

Solitude et passage du temps
Note :

   Dans la librairie, il était sur la fameuse table magique pleine de pépites avec écrit dessus "coup de cœur". Quand j’ai vu que c’était irlandais, je l’ai pris sans aucune hésitation.
   
   Je l’ai commencé (j’ai lu 50 pages) puis abandonné deux jours pour finalement terminer les 200 pages restantes d’une traite. Parfois cela fait du bien de se concentrer entièrement sur un livre. Après en général, je me sens coupable parce qu’il y a tellement de choses à faire dans la maison, pour le travail… que du coup je ne fais pas. Mais là, ce livre en avait besoin (et moi aussi).
   
    C’est un roman qui est paru une première fois en 1976. Son auteur a été acclamé par la critique mais il a préféré fuir la scène littéraire. Il a quand même continué à écrire et à publier. Ce roman est reparu en 2013 et est traduit aujourd’hui (pour la première fois je pense) en français.
   
   On est dans le comté de Galway (patrie de Ken Bruen), à Ballinasloe exactement, en 1972. Le personnage principal est Susan O’Hallrahan, couturière, la cinquantaine, veuve, avec un fils Diarmaid, âgé de 18 ans. La vie n’a pas été facile pour Susan. Après avoir épousé George, le père de son fils, été à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, son mari l’a quittée car cette vie ne lui convenait pas. Parti, il meurt peu de temps après. Elle va donc donc vivre seule avec son fils. À l’adolescence, elle va l’inscrire dans un internat où il fera la connaissance de Derek O’Mahony, souffre-douleur de ses camarades et qui finira par se pendre à un arbre. Très marqué par la mort de son ami, Diarmaid part à Londres, puis revient, puis repart.
   
   Tous ces évènements ne sont pas racontés comme cela, de manière linéaire dans le livre. La narration commence juste avant le retour de Diarmaid. Susan évoque son passé, sa solitude, son envie de voir son fils. Son fils arrive pour rester plusieurs mois. Elle commence à se rapprocher de lui, qui reste taciturne à faire des icônes. Chaque moment rappelle quelque chose à Susan. Au bout de quelques mois, une certaine complicité commence à renaître. Pourtant, il repart à Londres. Suite à un pressentiment, Susan part à sa suite pour le retrouver et voir s’il va bien.
   
   Tout le roman parle de solitude et du passage du temps. C’est particulièrement vrai pour le personnage de Susan. Elle n’est pas vraiment liée au reste du village et elle n’est pas plus liée à son fils. Elle l’aime bien évidemment. Elle vit, en regardant le temps passé, dans ses souvenirs, dans une vie rêvée un peu aussi. Elle est aussi très sensible et intuitive. En allant en Angleterre, elle retrouve sa jeunesse et un peu d’envie de vivre. Elle se réalise en redevenant quelqu’un. Sans aucune prétention. C’est très intéressant de lire l’évolution de ce personnage au fil du roman car sa personnalité semble marquée autant par les évènements que par le paysage. Diarmaid évolue aussi. Au début, il reste pour le lecteur un être énigmatique, renfrogné, marqué par le suicide de son ami mais au fur et à mesure du voyage de Susan en Angleterre, on le découvre à travers le regard des autres. Par contre, je n’en dirais pas plus pour ne pas dévoiler tout le roman non plus.
   
   L’écriture rend réellement ce livre formidable ; je pense que l’histoire seule n’aurait pas suffi. Le roman est raconté en suivant le personnage de la mère. On suit le vagabondage de ses idées. Ce n’est pas vraiment du flux de conscience mais cela y ressemble un peu. Dans le cas de notre "héroïne", un rien peut lui faire penser au passé. La narration n’est jamais monotone, la phrase change de rythme. Les idées se suivent de manière évidente ou non. C’est une manière de penser que je trouve très naturelle (en tout cas, dans mon cas). Desmond Hogan a très bien su rendre cela.
   
   Vous aurez compris que c’est un vrai coup de cœur pour moi. Si vous le lisez, n’hésitez pas à me dire ce que vous en aurez pensé.
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critique par Céba




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À la recherche du fils
Note :

   Auteur irlandais qui semble cultiver un grand mystère autour de lui. Ce livre a été édité, semble-t-il, pour la première fois en 1976, puis réédité en 2013. Il a fait l’admiration de plusieurs grandes plumes irlandaises : Colm Toìbin ou Colum McCann, ainsi que Joyce Carol Oates, excusez du peu !
   Une excellente préface du traducteur donne le ton de ce livre tentant de percer les zones d’ombres voulues par Desmond Hogan lui-même.
   
   Nous sommes à Ballinascloe, à l’ouest de l’Irlande dans le comté de Galway au début des années mille neuf cent soixante-dix. Susan Hallrahan, depuis le décès de son mari, attend, non plus George, qui ne reviendra pas, mais qui reste très présent dans son souvenir. Non, elle attend son seul fils, Diarmaid, qui fuyant l’Irlande s’est réfugié dans le "Swinnig-London" avec ce que pour Susan cela comporte d’interdits ! Elle revient à ses premières années de mariage, en 193o, époque où les hommes allaient travailler à Londres, Birmingham, bref vers l’Angleterre ennemie héréditaire. Puis George lui annonce son intention de départ pour les États-Unis, terre où il fera fortune ! Cruel destin en 1954 à la naissance de leur seul enfant, il était déjà décédé, lui qui avait fait la guerre, dans un accident d’ascenseur ! Il était représentant de commerce au chômage. Rêves d’opulence envolés, il faut qu’elle gagne sa vie et qu’elle élève seule ce garçon venu au monde sur le tard.
   
    Elle se remémore également l’enfance de Diarmaid, garçon solitaire et silencieux, silence qui allait jusqu’à effrayer sa mère. Il a connu un jeune garçon de son âge, Derek, il s’en était d’après sa mère épris, mais Derek n’avait pas supporté les moqueries dont il était l’objet et s’était suicidé !
   
   Nous passons par à-coup en 1972, maintenant après le père, c’est son fils qu’elle attend, elle trompe son monde en donnant de bonnes nouvelles alors qu’elle n’en reçoit pas ! Mais un jour la missive tant attendue arrive, il rentre à la maison… bientôt.
   
   Les nouvelles du monde sont alarmantes, la situation en Irlande du Nord se dégrade, Belfast est, d’après la radio, à feu et à sang.
   
    Son fils tant attendu arrive enfin, il a changé, elle s’aperçoit qu’elle ne le connait pas, qu’elle ne l’a peut-être jamais connu ou compris. Mince et cheveux longs, visage aminci, elle trouve qu’il ressemble à un Rolling-Stone, son groupe favori.
   
    Quelques temps après le retour de son fils en Angleterre, elle partira à sa recherche, et découvrira l’ambiguïté de leurs relations, elle fera également connaissance de certaines de ses relations, femmes ou hommes, et comprendra que plus rien n’est dorénavant comme avant. Le monde n’est plus le même et Diarmaid non plus !
   
   Susan Hallrahan est le principal personnage de ce roman, son défunt mari George l’a laissée jeune et peu fortunée pour élever leur fils ; elle travaille comme couturière et est appréciée de son entourage. Son fils, le taiseux Diarmaid Hallrahan, étouffe en Irlande surtout qu’ailleurs un vent de liberté souffle sur la jeunesse.
   
   Puis plein de personnages durant le voyage anglais qui ne sera pas uniquement londonien. Bridget, tante de Susan, malade d’un cancer, des jeunes filles, Eléonore, des jeunes gens, Michael en particulier vivant dans une communauté un peu bohème.
   
    Une construction pleine de retour en arrière, l’auteur prenant un malin plaisir à revenir dans la vie de Mrs Susan Hallrahan. Une plongée dans la vie de Londres des années soixante-dix, ville déjà à la mode !
   
    Il était difficile de ne pas mentionner l’IRA et Bernadette Devlin dans ce livre.
   
    Une très belle écriture très personnelle, encore une belle découverte!
   
   
    Extraits :
   
   - La défaite était encore vive dans les mémoires, évoquée sans cesse par les balades, les récits folkloriques, les légendes agonisantes d'une race.
   
   - Tous ces petits morceaux d'Irlande, ces fragments dispersés au gré de l'immigration, singuliers dans l'esprit de Susan à présent.
   
   - Susan était stupéfaite. Diarmaid heureux. Oui, elle irait là-bas pour en savoir plus.
   
   - C'était tous les deux des produits de l'environnement catholique. Ils n'avaient rien à perdre et se retrouvaient beaucoup l'un dans l'autre.
   
   - Elle pleura comme les femmes pleuraient les morts, jadis, en Irlande.
   
   - Il vit avec une bande d'Irlandais qui parlent à tout bout de champ de l'IRA provisoire et des attentats comme si tout ça était drôle et admirable.
   
   - Et aussitôt Susan pensa au club pour Messieurs de Ballinasloe, sauf qu'ici il y avait au mur un
    portrait de Patrick Pearce et les couleurs républicaines.
   
   - Au sens le plus fort du terme, ils s'étaient tous deux comportés en traîtres.
   
   - L’Irlande, depuis longtemps déjà, l'avait mutilé, déformé, dégoûté.

   
   Titre original : The Iron Maker

critique par Eireann Yvon




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