Lecture / Ecriture
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Noël en février de Sylvia Hansel

Sylvia Hansel
  Noël en février

Noël en février - Sylvia Hansel

Difficile adolescence
Note :

   J'ai décidé d'écrire cette chronique à l'envers (après tout, je suis chez moi ici, alors je fais ce qui me plaît ! Misère, Camille commence à déteindre sur moi).
   
   Je démarre donc par la chanson qui ne m'a pas quittée pendant cette lecture, tant elle fut représentative d'une partie de mon adolescence, une partie de la vie que Sylvia Hansel a su mettre en lumière (et franchement, elle a fait fort parce que je me suis tellement retrouvée en Camille que j'ai cru un instant que l'auteure avait vécu à ma place). Il s'agit de "Jamais Nous " d'Elsa.
   
   Synopsis : Camille , adolescente de quinze ans, découvre les arts appliqués au lycée des Grands-Bois. Assez grande gueule tendance sauvageonne, elle a du mal à communiquer avec les autres : ses années collège ne furent guère épanouissantes, la reléguant au rang des infréquentables parmi ses congénères. Forte de cette expérience douloureuse, Camille a décidé d'y remédier fissa dès son entrée au lycée et ça tombe bien : le beau Mathieu lui fait les yeux doux, bon pour pas très longtemps...
   
   Cela a très mal démarré avec ce premier roman de Sylvia Hansel. La prose employée par l'auteure, représentant le fameux franc-parler de Camille, m'a longtemps indisposée et surtout l'intrigue m'a semblé longue à se mettre en place. Donc pendant cent pages, j'ai râlé, râlé, soufflé, soufflé (un peu comme Camille, quoi). Et puis, est arrivé le moment où l'attente de Camille m'a touchée, où son ressenti a si bien représenté le mien au même âge, où ses expériences de vie (brinquebalantes) ont eu un écho en moi (non, je vous rassure de suite, je ne suis pas Camille).
   
   Camille est une jeune fille qui tombe raide dingue de Mathieu, son premier grand amour. Comme elle n'est guère chanceuse, il se barre très vite (d'abord géographiquement). "Noël en février " raconte les émois d'une adolescente qui se cherche et qui se perd dans des expériences (amoureuses, alcoolisées) parce qu'elle a cristallisé et qu'elle veut malgré tout vivre sa jeunesse, quitte à se brûler un peu les ailes. C'est une héroïne d'un courage extraordinaire, à fleur de peau, un petit cœur très volontaire qui n'a pas peur de paraître idiot, qui met ses émotions à nu, se répand, souffre mais jamais ne désespère.
   
   Bien sûr, le sujet est sûrement et souvent traité en littérature jeunesse. Mais son originalité tient au fait de sa temporalité : l'action se déroule dans les années 1996-1997. Des correspondances épistolaires (à la place des courriels actuels), des échanges de cassettes audio (ancêtres des CD musicaux), une adolescence provinciale marquée par les nombreux déménagements maternels (Camille aspire à un ancrage quelque part, histoire d'y construire un nid, n'importe lequel, mais un nid tout de même.)
   
   Sylvia Hansel a vu juste sur cette période, sur une partie de la génération adolescente de l'époque. Comme Camille, j'ai eu une correspondance foisonnante (j'ai même été surprise qu'elle ne compose pas elle-même ses enveloppes, vu qu'elle est bien branchée artistiquement), j'ai espéré, j'ai moins pleuré (je me suis moins saoulée aussi !). Cette petite mémère m'a semblé à la fois pleine d'espoir et forte d'une acuité sur la réalité assez saisissante : elle ne transige pas avec les adultes, porte un regard sur les relations humaines assez vif (c'est, quand même elle, la meilleure conseillère conjugale des copines de son père lepéniste) ou parfois féroce (ah, les fameux week-ends picards !).
   
    Pourtant avec Mathieu, elle ne voit rien : il la fait mariner, elle espère toujours. Il bouge le petit doigt, elle plaque son petit copain de remplacement (je comprends, j'ai fonctionné pareil). Trois ans de la vie de cette héroïne nous sont relatés : trois années remplies de rencontres, d'amitiés, de beuveries, de clopes, de dessins, d'initiatives, de flirts sans lendemain, vont l'aider à éclore. La fin est à son image : brut de décoffrage !
   
    Une citation parmi tant d'autres pour constater le style employé et qui à mon avis résume parfaitement cette petite mais si fraîche Camille :
   "Depuis une semaine, je n'avais quasiment rien avalé, j'étais passée de quarante-neuf à quarante-quatre kilos en l'espace de huit jours, que Slim Fast et Weight Watchers aillent se rhabiller. Être amoureuse, le meilleur régime du monde. Mathieu était parti, l'appétit était revenu. "Quand l'appétit va, tout va." Mon cul."

critique par Philisine Cave




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