Lecture / Ecriture
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La petite lumière de Antonio Moresco

Antonio Moresco
  La petite lumière
  Fable d'amour

Antonio Moresco est un écrivain italien né en 1947.

La petite lumière - Antonio Moresco

Fascinant
Note :

   "Ma journée commence tôt.
   Je me lave, je m'habille. Je vais ouvrir les fenêtres. Je regarde pendant un moment tout ce monde végétal immobile comme une apparition. La petite lumière n'est plus là. Il n'y a que ces montagnes recouvertes de forêts à perte de vue. Elles descendent à pic, creusées de grands ravins et de sillons que l'on entrevoit à peine derrière le voile épais du feuillage, comme un paysage primordial modelé à coups de pouce. On distingue seulement, en regardant fixement de ce côté-là, une minuscule surface plus claire qui émerge à peine des arbres."
   

   Le narrateur vit seul, dans un hameau abandonné, au milieu de maisons en ruines. Il a voulu disparaître du monde pour une raison que nous ne connaîtrons pas. Dans une région montagneuse, couverte de forêts, il est intrigué tous les soirs par une petite lumière qui s'allume au loin.
   "Qu'est-ce que ça peut bien être, cette petite lumière ?Qui peut bien l'allumer ?" je me demande tout en marchant dans les rue empierrées de ce petit hameau où personne n'est resté".

   
   L'endroit où s'est réfugié le narrateur n'est pas un cocon, il charrie son lot d'angoisse. Les pierres tombent, les maisons craquent, les éléments se déchaînent souvent, parfois la terre tremble ; il y a aussi ces lumignons le long du petit cimetière, que signifient-ils ? Le soir, il tape sur des casseroles pour éloigner des bêtes qu'il ne voit pas, la nature l'enserre, étouffante.
   
   Dans la journée, il marche longtemps, tient minutieusement propre son intérieur, sort quelquefois sa voiture pour faire des courses dans le village le plus proche. Et toujours le soir, lorsqu'il s’assoit et contemple l'horizon, la petite lumière qui s'allume.
   
   Jusqu'au jour où il décide d'aller à la recherche de l'endroit d'où elle vient et le récit prend toute son ampleur. Nous passons de l'histoire d'un homme sans doute très blessé, se retirant volontairement du monde, à une atmosphère étrange, tournant au fantastique.
   
   J'ai été subjuguée par ce roman, pour plusieurs raisons. D'abord l'écriture magnifique et poétique, l’omniprésence de la nature est rendue de manière saisissante, le bruit de la moindre pierre qui tombe, l'envahissement des arbres, la présence des oiseaux, des insectes, le silence, l'opacité de la nuit, les étoiles, la petitesse du narrateur devant cette vie foisonnante.
   
   Ensuite, sa recherche de la petite lumière. Ce qu'il y trouve est assez fascinant. Le récit devient très intrigant, soulevant des questions, suscitant des suppositions. Différents niveaux de lectures peuvent en être faits, le réalisme n'est plus de mise, c'est la métaphysique qui s'invite, le fantastique ou la fable.
   
   C'est le genre de roman exigeant que vous pouvez relire plusieurs fois sans en épuiser tous les aspects. Je sais que je n'en ai pas saisi toutes les nuances, par contre je me suis régalée de sa beauté. Premier roman traduit de l'auteur, il laisse présager de futures découvertes passionnantes.
   
   "Je regarde le feu, assis sur une petite chaise aux pieds sciés, tandis qu'il s'entortille autour des bûches en changeant constamment de couleur. Il gémit longuement et puis il éclate d'un coup en mille grandes étincelles, monte en allant lécher l'écorce et les éclats de bois disposés en pyramide. Du dehors, de l'extérieur, on peut voir ma cheminée qui se met à fumer, la seule parmi celles qui subsistent sur les toits de ces maisons inhabitées et déglinguées, si tant est qu'il y ait encore quelqu'un qui puisse la regarder."

critique par Aifelle




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Dans un village abandonné
Note :

   "On n’entend que le bruit de mes pas qui résonnent dans les ruelles, j’aperçois les marches de pierre d’un petit escalier sur le point de s’effondrer, la porte enfoncée d’une étable, les restes de toits en ardoise écroulés et recouverts de plantes grimpantes, d’où jaillissent les cimes de figuiers ou de lauriers poussés entre les gravats, deux abreuvoirs en pierre remplis d’eau, des portails à la peinture éblouissante et craquelée."
   
   Un homme, le narrateur de cette histoire, vit seul dans un hameau abandonné. S’il reste quelques habitants dans les villages voisins, la plupart de ceux-ci ont été désertés, et malgré la présence d’éléments familiers et quotidiens l’atmosphère donne une impression de fin du monde imminente.
   
   La nature est très présente parfois très oppressante, les objets sont à la fois beauté et ennemis potentiels.
   
   La marche rythme les journées de l’homme, la nature s’avère dangereuse : grêle, secousses sismiques, les plantes pourrissent, les insectes grouillent, les chiens sont agressifs.
   
   Chaque nuit l’homme aperçoit une petite lumière loin dans la vallée. Au village le plus proche personne ne semble savoir ce qu’est cette lumière.
   
   Le héros se décide un jour à aller voir de plus près. Ce qu’il va trouver ressort de l’étrange.
   
   Le village déserté et abandonné que l’auteur décrit est le point de départ d’un récit envoûtant et d’un questionnement sur le réel, sur le bien et le mal et la mort. Une quête métaphysique.
   
   Roman étrange, qui fait la part belle à la poésie mais une poésie parfois dérangeante, déroutante. Le silence tient une grande place, les dialogues sont courts et peu nombreux. Les descriptions donnent une allure crépusculaire et angoissante au récit qui est partagé entre réalisme et merveilleux.
   
   L’écriture est forte, magnifique et exigeante, la traduction vraiment parfaite.
   
   C’est un livre qui a une certaine parenté avec "Maison des autres" pour la beauté de l’écriture.

critique par Dominique




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