Lecture / Ecriture
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20 manières de se débarrasser des limaces de Jan Thirion

Jan Thirion
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  20 manières de se débarrasser des limaces
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Jan Thirion est un écrivain français né en 1952 et mort en 2016.

20 manières de se débarrasser des limaces - Jan Thirion

Roman policier mais pas que...
Note :

   De quoi va donc vous parler ce roman policier ? De limaces. Vous voyez aussitôt l'image (en tout cas, je la voyais, moi) : les limaces dont il faut se débarrasser sont les méchants de l'histoire et le récit va illustrer différentes façon d'en venir à bout en s'appuyant sur des métaphores jardinières...
   
   Eh bien non.
   
   Les limaces sont des limaces, orangées le plus souvent, boulimiques, toujours. Elles ravagent nos jardins et le père de Samuel (Sami pour les intimes), tueur refoulé, a dressé un catalogue des diverses façons d'en protéger son jardin. Ces recettes destructrices, habituelles chez les jardiniers, vont parcourir ce gros roman, et si métaphore il devait y avoir, les limaces, se seraient plutôt nous tous, pauvres pékins lambda manipulables et corvéables à merci, rampant dans un existence bien difficile...
   
   On reprend.
   
   L'histoire va progresser selon différentes optiques en chapitres portant le nom de celui ou celle dont nous allons partager la vision. Sami est le principal narrateur, mais la caméra est largement distribuée. Sami est un écrivain qui n'arrive pas encore à vivre de son art et qui surnage en faisant des piges. Il a deux principaux amis qui, comme lui rêvent de se faire reconnaître en tant qu'écrivains, mais sans plus de succès. Il a une sœur, une petite amie (liens lâches) et un père qui en dehors de sa passion pour le meurtre de limaces est globalement un bien vilain coco. Mais Sami, fils apathique ne condamne rien, ce qui m'a semblé un peu difficile à avaler, mais bon, la vie est souvent comme cela en effet.
   
   Dans la région où ils habitent, tout près d'eux, même, en fait, sévit un groupuscule détaché de l'ETA militaire et ayant décidé de poursuivre une lutte armée. Des gens pas antipathiques hormis le fait qu'ils sont déterminés à commettre à peu près n'importe quoi "pour la cause" et donc, là aussi, le lecteur répugne à s'attacher.
   
   Il y a également un tueur professionnel, quelque peu handicapé, sans rapport avec l'histoire, si ce n'est qu'il est proche de la sœur de Sami, ce que tout le monde ignore.
   
   Il y a un Président de la République, qui nous fait furieusement penser à un autre (mais ce n'est pas lui, bien sûr), et qui est entouré d'un grenouillage de réseaux et combines si totalement inavouables qu'on se rend bien compte tout de suite que l'on ne colle pas à la réalité (évidemment). On est dans le "no limit". Ça ouvre des horizons...
   
   Les personnages sont intéressants et bien campés. On les reconnaît, on y croit (même les plus invraisemblables) et on a toujours envie de voir ce qu'il deviennent et ce qui va leur arriver. C'est capital dans un polar, surtout quand il sont assez nombreux, comme ici. Le décor et riche et bien documenté, avec des arrière-plans d'opéra, de pastel et d'ornithologie qui ne sont pas juste vaguement esquissés. Il y a plusieurs meurtres, beaucoup, même, (pas seulement de limaces), un enlèvement d'enfant, des poursuites en hélico, des crimes d'état, des crimes de droit commun, de la vie quotidienne facile ou non (plutôt non), et pour couronner le tout, voilà que dans ces âpres luttes de pouvoir, de survie, de rapacité, de vengeance et de haine, l'amour fait de sacrés dégâts, et il n'y a pas que lui.
   Un suspens bien mené, une fin... qui règle tout, et surtout, partout, un humour un peu noir, un peu décalé que pour ma part, j'apprécie beaucoup.

critique par Sibylline




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