Lecture / Ecriture
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L'Orangeraie de Larry Tremblay

Larry Tremblay
  L'Orangeraie

L'Orangeraie - Larry Tremblay

Cercles vicieux
Note :

   "-Vous ne savez pas de quoi vous parlez, monsieur. -Tu as raison, je ne sais rien. J'ai osé écrire une pièce sur la guerre dans la plus totale ignorance de ce qu'elle comporte, de ce qu'elle provoque. De quoi je me mêle, hein?"
   

   Des émotions fortes, très fortes ; des convictions ébranlées ; un énorme coup de poing au cœur... Pas vraiment de mots finalement pour parler de ce roman.
   
   C'est en quelques pages, à peine quelques heures de lecture, que Larry Tremblay nous fait chavirer. Ici, deux frères jumeaux, liés à jamais, l'un complétant l'autre à la perfection, vont être séparés par une guerre terrible et absurde, dont ils ne connaissent même pas les prémisses.
   
   Nous sommes dans un pays d'Orient, qui pourrait être l'Iran, l'Irak, ou encore un autre, dans le fond peu importe. Un homme vient de ramasser les restes de ses parents morts sous les bombardements. Pour les venger, il va suivre les conseils d'un homme "sage" et certainement "avisé". Ce dernier va lui demander de choisir entre ses fils celui qui partira se faire exploser dans le camp "ennemi"...
   
   Il est très simple de se faire un avis à brûle-pourpoint de ce que l'on aurait soi-disant fait, nous pauvres occidentaux riches et heureux que nous sommes. La réalité n'est pourtant pas aussi simple pour qui la vit chaque jour. Et c'est ce que nous démontre ici l'auteur, qui sans prendre de parti, nous fait comprendre à quel point une âme fragilisée et en deuil peut se laisser influencer par les abîmes de la vengeance.
   
   Si l'histoire ainsi racontée est terrifiante et dure à encaisser, elle n'est pas pour autant difficile à lire. Bien au contraire, l'auteur a su jouer avec les mots et les alternances de voix afin d'apaiser, si faire se peut, le lecteur.
   
   Un très beau roman à découvrir et à partager...
    ↓

critique par Pauline




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Dérangeant
Note :

   Dérangeant, le ressort même du roman.
   
   Puisqu’en effet, on nous présente comme tout à fait naturel et accepté par des parents, Zohal et Tamara, qu’un "combattant terroriste", Soulayed, vienne chez eux peu de temps après la destruction de la maison des grands-parents et la mort pendant la destruction des dits grands-parents, pour leur demander de choisir un de leurs fils jumeaux, Amed et Aziz, afin de devenir martyr de la cause (?) et aller se faire exploser dans le camp d’en face, de l’autre côté de la montagne.
   C’est ce postulat et la manière dont Larry Tremblay le traite qui me dérange et affaiblit à mon sens le roman dans son entier.
   
   Nous sommes... au Moyen-Orient, manifestement. Pas davantage situé mais on pense irrésistiblement à Israël et aux territoires occupés. Zohal, Tamara, Soulayed... sont arabes manifestement et subissent le joug d’une occupation, dont les combats conduisent à l’occasion à bombarder ou faire sauter des maisons. C’est ce qui s’est passé avec les grands-parents.
   
   Le mode de combat des Soulayed et autres semble plus "rustique", artisanal, moins doté de moyens et de structures. D’où les ceintures d’explosifs et le concept de "martyr" (martyr, certainement, mais pas au sens où voudraient le faire passer les commanditaires !).
   
   Alors, oui. Ceci existe. Et à mon sens Yasmina Khadra l’a traité de manière plus crédible dans "L’attentat". Mais ces scènes qu’imagine Larry Tremblay au cours desquelles un chef terroriste viendrait voir des parents pour qu’ils choisissent un de leur (très) jeune fils (9 ans si je ne m’abuse ?) pour le désigner "volontaire" pour se faire sauter avec une ceinture d’explosifs... désolé, je ne marche pas. Pas ainsi. Je puis imaginer qu’un exalté puisse prendre ce type de décision, ou se la faire imposer, d’une certaine manière, mais traiter froidement cette problématique de la désignation d’un enfant par ses parents... ?
   
   Il y a d’autres incidences dans ce roman mais le départ tellement improbable à mon sens a submergé tout mon ressenti.
   
   La dernière partie, traitant les états d’âme du jumeau survivant, bien plus tard, dans le cadre d’une représentation théâtrale au Canada manifestement où il vit dorénavant..., m’a paru "intello", dans le mauvais sens du terme. Une sorte de "branlette intellectuelle", loin de la réalité terrible et désespérante des territoires occupés évoqués plus haut. Qui elle est bien réelle. Et fabrique effectivement des "martyrs" au quotidien.

critique par Tistou




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