Lecture / Ecriture
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La maladroite de Alexandre Seurat

Alexandre Seurat
  La maladroite
  L'administrateur provisoire

La maladroite - Alexandre Seurat

Dure réalité
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   
   "...et je me souviens que je me suis dit, Diana aura quand même eu droit à ce que maman pleure pour elle."
   
   "Quand j'ai vu l’avis de recherche, j'ai su qu'il était trop tard."

    Ainsi s'exprime dès la première ligne l'une des institutrices de Diana, celle qui avait donné l'alerte, dressant la liste des meurtrissures, blessures diverses que la petite fille expliquait à chaque fois soigneusement.
   
   Tous ceux qui ont côtoyé Diana, huit ans, ont tenté ou non d'intervenir, prennent ici la parole, à l'exception notable de ses parents, et ces paroles distillent un profond malaise.
   
   En effet, si chacun, professionnel, ou non, sent bien que les récits des parents et celui de Diana concordent trop bien, s'il y a suspicion de maltraitance, la rigidité du cadre institutionnel, le fait que les parents soient "soudés comme les mécanismes d'une machine, et la machine marchait toute seule", sans oublier "le nœud d'énergie, de résistance, dans ce petit corps sur cette chaise", rien ne peut freiner la tragédie qui se met en marche, quasiment dès la naissance de l'enfant.
   
   La grande force du premier roman d'Alexandre Seurat est de ne jamais tomber dans le pathos, de ne jamais accuser qui que ce soit et surtout de donner la parole d'une manière qui sonne très juste à des personnes extrêmement différentes. La situation n'est jamais envisagée de manière sordide, voire méprisante. Tout est dans l'ambiguïté et dans la difficulté que ressentent les différents témoins à poser des mots justes sur une situation qui se dérobe.
   
   On lit ce roman d'une traite, la gorge serrée, car, même si on en devine l'issue, on ne peut s'empêcher d'espérer, et il entre en nous "par petits éclats, comme une multitude d'échardes dans la peau" avant de nous laisser groggy.
   
   A lire et relire, un premier roman qui file droit sur l'étagère des indispensables.
   
   122 pages qui résonnent longtemps en nous.
    ↓

critique par Cathulu




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Pourquoi cette impuissance ?
Note :

   Alexandre Seurat s'empare d'un fait divers effroyable, celui du calvaire d'une petite fille de 8 ans, enfant maltraitée et battue à mort par ses parents. Elle s'appelait Marina, elle est morte en 2009 sans que rien ni personne vienne adoucir un seul jour de sa très courte existence.
   
   Un premier roman très fort et très émouvant où l'auteur donne à cette petite fille martyre, le prénom d'une princesse sans étoile, d'une princesse sans royaume, Diana.
   
   Le livre s'ouvre sur la disparation de Diana, 8 ans et la description de la petite fille le jour de son enlèvement. Très précise, pour une fillette absente depuis longtemps.
   
   Tout au long de ce court récit des personnes qui ont connu l'enfant témoignent et racontent, comment elle était et ce qui a pu arriver.
   
   De la grand-mère qui n'avait plus de nouvelles aux institutrices qui remarquaient et notaient ses dégradations physiques en passant par les services sociaux et les gendarmes, les témoignages se succèdent et les blancs et les silences font mal.
   
   Effroi, parce que tout le monde savait et qu'il fallait peut de choses pour la sauver : une administration moins lourde et moins bornée, une action plus conséquente des acteurs sociaux et une urgence que personne n'a donné à cette affaire.
   
   Effroi parce que nous voyons nous aussi les bleus sur le corps, les doigts tordus, la démarche en canard, et le regard de cette petite fille perdue.
   
   Le style se maintient dans une distance ne permettant ni pathos, ni voyeurisme et ça c'est bien.
   
   L'auteur a choisi certainement de ne montrer aucun sentiment extérieur et donne une version très clinique et administrative en enchaînant les récits comme on lirait un procès-verbal.
   
   Il restera une fois le livre l'image de cette petite fille pas comme les autres, la maladroite comme disait ses parents car elle se cognait partout, une enfant martyre et un regard auquel personne n'a répondu.
   
   Et une question se pose lancinante : que fait-on actuellement face à une situation d'enfance maltraitée ?

critique par Marie de La page déchirée




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