Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Léviathan de Paul Auster

Paul Auster
  Le diable par la queue
  Dès 10 ans: Auggie Wren's Christmas Story
  Moon Palace
  Tombouctou
  Le voyage d'Anna Blume
  Laurel et Hardy vont au paradis
  Pourquoi écrire?
  La Trilogie new-yorkaise
  Brooklyn follies
  La nuit de l’oracle
  Dans le scriptorium
  Mr Vertigo
  La cité de verre
  Léviathan
  L'invention de la solitude
  Le livre des illusions
  Le carnet rouge
  Seul dans le noir
  Invisible
  Sunset Park
  Chronique d’hiver
  4321

AUTEUR DU MOIS DE NOVEMBRE 2005

Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Il vit aux Etats Unis (Brooklin) avec de fréquents séjours en Europe, France en particulier. Il a fait des études littéraires à la Columbia University et il parle fort bien le français puisqu'il fut le traducteur de Mallarmé, de Sartre et d'autres.


Il connaît une dizaine d'années de galère durant lesquelles il écrit tout en exerçant différents métiers, jusqu'au décès de son père. A ce moment, son héritage lui permet de s'adonner plus complètement à l'écriture et il sera plublié 3 ans plus tard.
Il écrit également des scénarii de cinéma.
C'est maintenant un auteur largement reconnu.
Il est le compagnon de Siri Hustvedt.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"


Léviathan - Paul Auster

Plus analytique du talent que véritablement talentueux
Note :

   Je vais devoir rapidement m’expliquer sur ce titre, je le sais. Ce livre obtint le prix Médicis Etranger en 1993, il n’est donc pas mauvais. Nous connaissons particulièrement le talent de l’américain Paul Auster. Je ne dirais jamais cela d’un de ses livres bien que certains ne m’enchantent que plus ou moins.
   
   Concernant LEVIATHAN, cette œuvre m’a plus laissé le goût d’une performance d’écrivain qu’autre chose. Auster nous livre des portraits du peu de personnages qui se télescopent dans ce livre sur des dizaines et des dizaines de pages. Des descriptions psychologiques par tranches de vie, certes d’un talent fou, mais d’une longueur à faire passer Balzac pour un rédacteur de synopsis de journal télévisé. Le talent est là, de la première page aux trois cents suivantes. L’histoire vient ensuite, après cette éternité descriptive. Et d’un coup tout s’accélère, et d’un coup les mécanismes de l’écrivain se mettent en branle et l’action nous prend de vitesse et le livre nous retourne en tous sens sans réellement comprendre ni où l’on tend ni pourquoi un tel chemin.
   
   Peter Aaron, un écrivain au talent incertain et à la production plus qu’hésitante devient l’ami de Ben Sachs, auteur à succès à la plume innée et talent redoutable. Ils partagent tout, jusqu’à une passion pour la même femme avec dix ans de décalage. Et quand Peter voit son ami sombrer, son œuvre majeure avec lui (Léviathan), il va reconstituer son histoire afin de parer aux investigations des agents du FBI. Son ami lui échappe, sa propre vie comme celle qu’il tente de sauver par écrit sombrent. Les œuvres et les talents avec. Et l’esprit aussi. Et le lecteur s’il n’est pas totalement alerte.
   
   C’est un grand ouvrage qui a justement été récompensé. Toutefois il ne vaut pas les merveilles auxquelles Paul Auster a pu nous convier tant et tant. Léviathan se prend comme il est, à lire rapidement pour la plume de l’auteur, patiemment pour une étude des arts des lettres anglophones (mais alors dans le texte !).
   ↓

critique par Kassineo




* * *



Terreur et liberté
Note :

   Il faut persévérer un peu au début de ce livre, pour se rendre au moment où Auster nous entraîne dans un tourbillon du hasard qui va relier tous les fils de son ouvrage. Une fois rendu, il est difficile de lever les yeux.
   
   L’auteur analyse tous ses personnages avec une précision chirurgicale. Sauf étrangement, Reed Dimaggio, un individu clé dans la séquence des événements qui ont amené Sachs, le personnage principal, à se faire littéralement exploser. Le narrateur, que l’on devine être Auster, raconte la vie de Sachs avant cet incident, en profondeur tout en conservant un retrait parfois dérangeant. Il aborde ainsi le terrorisme, le patriotisme et fait un plaidoyer tiède pour une nouvelle Amérique. Tous ces thèmes sont en sourdine tellement l’aspect introspectif du roman prend tout l’espace, comme si Auster avait eu peur d’être trop politique.
   
   Mais bon, je ne pourrais pas lui reprocher d’avoir livré une œuvre infiniment humaine et complexe dans l’émotion. Le charme fonctionne à merveille et j’ai été séduit par l’écriture et le récit pas banal du tout.
   
   Certains suspectent que Benjamin Sachs est inspiré par l’écrivain américain Don Delillo. Lui aussi a écrit un roman politique dont le projet d’adaptation au cinéma a avorté (Libra) et Léviathan lui est d’ailleurs dédié.
   
   Ce roman a reçu le Prix Médicis étranger.
    ↓

critique par Benjamin Aaro




* * *



Pour faire la bombe
Note :

   Ce roman est paru en 1992, traduit pour les éditions Actes sud en 1993.
   Porte en exergue «Tout état actuel est corrompu » Ralph Emerson.
   
   1) Le Léviathan est dans le Livre de Job un monstre gigantesque, qui sera plus tard représenté par une gueule ouverte; dans la langue, il passe pour désigner toute chose monstrueuse et terrifiante.
   
   Avec Thomas Hobbesen 1651, il devient l’Etat, l’état despotique, le pouvoir absolu, le seul qui, malgré son visage peu amène semble au philosophe le garant d’une vraie société civile.
   
   Le romancier allemand Arno Schmidt intitule «Léviathan» une de ses nouvelles qui décrit la fuite désespérée de civils à Berlin, sous les bombes en 1943. On y rappelle que Nietzsche appelait l’état «un monstre froid».
   
   2) La narration est classique en cela qu’elle commence par la fin et reprend tout de suite à un moment antérieur où se sont rencontrés les deux personnages principaux; puis des allées et venues dans le passé, au hasard semble-t-il des souvenirs du narrateur qui cherche à reconstituer le pourquoi de l’événement qui ouvre le livre.
   
   3) Pete Aaron, écrivain et narrateur de l’histoire, vient de lire dans la journal le récit de la fin «explosive» de son ami Benjamin Sachs. Entouré de dynamite, jusqu’à devenir une véritable «bombe humaine», il s’est donné la mort dans sa voiture sur une autoroute.
   Pete s’attend à la visite de la police, et n’est pas étonné de cette fin pour Benjamin. Le destin de ce dernier fut marqué par la bombe qui explosa à Hiroshima au moment de sa naissance le 6 août 1945.
   Pete évoque la vie de son ami: un itinéraire de quarante ans qui passe par l’écriture. Si Pete et Benjamin sont tout deux écrivains de fiction, Benjamin n’a écrit qu’un seul roman: un livre dans lequel il essaie d’imiter «tous les styles» moins pour faire preuve de virtuosité que faute de pouvoir opter pour une seule solution. Le parcours de Sachs est semé de détails significatifs quant à son problème d’identité et sa conviction d’être «l’enfant de la bombe».
   
   Par exemple, la mère de Ben l’emmena enfant avec ses copains visiter la statue de la Liberté. Saisie de vertige, elle s’assied sur une marche, tandis que son fils grimpe tout seul dans la «torche» et s’y livre à des contorsions dangereuses… au cours d’une fête, déjà marié, Ben se laisse séduire par une «allumeuse» et la fuit jusqu’en haut d’un échelle de secours d’où il tombe de plusieurs mètres de haut. Sa vie change; il divorce, cesse d’écrire, se retire dans une maison en forêt.
   L’itinéraire de Sachs prend un relief inattendu; le nouveau livre sur lequel il travaille «Léviathan», dont on reste à ignorer le contenu, ne l’empêche pas de rencontrer un homme en voiture, qu’il tue, en état de légitime défense. Dans le véhicule, il trouve des explosifs, et beaucoup de billets de banque. Apprenant que l’homme est marié et père, il ne veut pas se livrer à la police et s’obstine à vivre chez sa femme, lui donner l’argent, adoptant sa fillette. Tout cela ne lui apporte guère de satisfaction; alors, il commence une carrière de terroriste à l’image de l’homme qu’il a tué.
   Cet homme travaillait pour le FBI: Sachs, lui, ne s’attaque qu’à des statues de la Liberté en miniature contre lesquelles il commet nombre d’attentats, avant de s’en prendre à sa propre personne.
   
   En conclusion, le couple Pete/Benjamin apparaît comme un organe qui comprend deux individus complémentaires l’écrivain qui a réussi et veut croire aux valeurs de la création littéraire (c’est aussi un personnage mineur, effacé) et celui qui n’y croit plus et cesse vite d’écrire, pour se lancer dans l’action. Des actions un peu dérisoires: attenter à des statues de la Liberté… sans pouvoir s’en prendre à la principale… mais courageuses et d’une valeur symbolique.
   
   Ce roman témoigne à travers ses personnages d’une nation en quête d’identité, qui a perdu ses repères.
   
   Plutôt intéressant mais les femmes présentées dans le roman sont un peu stéréotypées.

critique par Jehanne




* * *