Lecture / Ecriture
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Le Village évanoui de Bernard Quiriny

Bernard Quiriny
  Contes carnivores
  Les assoiffées
  Une collection très particulière
  Le Village évanoui
  L'affaire Mayerling

Bernard Quiriny est un écrivain, critique et professeur belge né en 1978.

Le Village évanoui - Bernard Quiriny

Du particulier au général
Note :

   Né en Belgique en 1978, Bernard Quiriny vit aujourd'hui en Bourgogne et enseigne le droit à l'université. Il écrit des articles littéraires ou musicaux pour la revue Chronic'Art ainsi que des critiques pour le Magazine Littéraire. Ecrivain depuis 2005, "Le Village évanoui", vient d’être réédité dans une collection de poche.
   
   Le 15 septembre 2012, les habitants de Châtillon-en-Bierre, un petit village du centre de la France, ont la désagréable surprise de constater qu’ils sont désormais coupés du monde. Il est impossible de quitter physiquement le canton, une barrière invisible les en empêchant, et toutes les communications téléphoniques, internet ou télévision sont coupées. Nul ne sort et nul ne rentre. Passé la stupeur, les habitants vont tenter de s’organiser.
   
   Dans un premier temps, certes, on ne peut s’interdire de penser à la série télévisée tirée du roman éponyme de Stephen King, "Le Dôme", mais ça s’arrête là. J’ai immédiatement été conquis par ce bouquin, le sujet intrigue évidemment et placer des gens ordinaires, d’un village quelconque, dans cette situation extraordinaire qui ne dégénérera jamais en excès extravagants, m’a semblé très malin de la part de Bernard Quiriny car très vite le lecteur se sent concerné, et si moi aussi j’étais dans cette situation quelle serait ma réaction ?
   
   Bien que le roman soit court – rendons-lui grâce car il aurait été aisé d’en faire un pavé – l’auteur parvient à envisager toutes les réactions humaines que pourrait engendrer cet état de fait. D’abord on se retourne vers le maire qui préconise des mesures, rationnement etc. puis l’unité se fissure, un sécessionniste monte un ranch sur ses terres, engage des habitants et crée une sorte de pays devenu indépendant, ce qui fait dire à quelqu’un qu’il est "absurde de créer, à l’intérieur d’un territoire ceinturé de clôtures invisibles empêchant qu’on ne sorte, un autre territoire, plus petit, ceinturé de clôtures barbelées pour empêcher qu’on n’entre."
   
   Les jours, les mois vont passer, les caractères des habitants vont évoluer, les rapports de force aussi, le curé va retrouver du prestige, le microcosme humain va connaître des hauts et des bas. On pense un peu à Jules Romain pour le ton général de l’ouvrage et bien sûr à Marcel Aymé pour la peinture de caractères mais en beaucoup moins acerbe, Bernard Quiriny est un "gentil", il n’appuie jamais là où ça pourrait faire mal.
   
   "Le Village évanoui" est une fable résolument moderne, politique et écologique. Quand le territoire est menacé, certains ne voient d’issue qu’en se refermant sur leurs biens allant jusqu’à se séparer du groupe auquel ils ne font plus confiance, préférant l’individualisme organisé et la création d’un nouveau clan. C’est aussi l’occasion pour d’autres de réfléchir sur leur mode de vie passé et de l’adapter à la nouvelle donne, "nous sommes un village pilote, puisque nous expérimentons l’obligation de subvenir à nos besoins et de relocaliser les activités productives." On recycle, on réactive les petits savoirs domestiques.
   
   Un bon petit roman qui ouvre de multiples pistes de réflexion, sans trop se prendre au sérieux, tout en étant très proche de nous, faisant de ces "gens normaux (…) les acteurs d’une aventure inédite dans l’Histoire.
   
   
   
   "L’épidémie fit des ravages toute la matinée. La rumeur se répandit : un mal mystérieux frappait les voitures. Dès qu’ils étaient prévenus, les Châtillonnais fonçaient vérifier si la leur démarrait, et se trouvaient soulagés de voir que oui. Ils n’avaient pas compris que les problèmes ne se déclenchaient qu’à certains endroits précis, dans une zone maudite qui faisait le tour du village. Outre les moteurs, il y avait la question du téléphone. On se rendit compte que les appels locaux passaient normalement, mais que les appels nationaux n’aboutissaient pas. Le problème touchait les fixes, les portables, et tous les opérateurs. Ainsi les gendarmes et le maire Sylvestre Agnelet échouèrent-ils à joindre la préfecture, malgré de nombreuses tentatives."

critique par Le Bouquineur




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