Lecture / Ecriture
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Corps désirable de Hubert Haddad

Hubert Haddad
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  Le peintre d'éventail
  Quelque part dans la voie lactée
  Corps désirable
 

Hubert Haddad est un écrivain français né en 1947 en Tunisie.

Corps désirable - Hubert Haddad

Un livre qui bouscule
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   
   Cédric est le fils du richissime homme d'affaire Morice Allyn-Weberson. Il est journaliste et très engagé contre les trusts pharmaceutiques et la finance, c'est à dire tout ce que représente son père. Il publie sous un pseudonyme, Cédric Erg et est la cible de certains groupes qui voient en lui un empêcheur de faire des affaires. Cédric est très amoureux de Lorna, très belle grand reporter ; ils vivent une histoire intense, passionnelle. Un jour, il est victime d'un accident qui le laisse cloué sur un lit d'hôpital. Sa seule chance de pouvoir continuer sa vie est de se faire greffer un nouveau corps, car cette technique est presque au point, un médecin italien la maîtrise, mais pas encore sur des humains. Cédric sera donc le premier, sa tête sera greffée sur le corps d'un donneur cliniquement mort dont personne ne sait rien.
   
   Que voilà un roman formidable, à la fois classique : une histoire d'amour, de passion et un homme qui ne veut pas perdre la femme qu'il aime et en même temps, résolument moderne : la greffe de corps et les questions éthiques, humaines et morales qu'elle pose. Pendant la première partie du roman, j'hésitais entre la fascination pour l'exploit d'une telle opération et la peur qu'elle se réalise vraiment un jour. Un véritable malaise naît de la lecture, et franchement, un livre qui bouscule, c'est excitant.
   
   Imaginez un roman classique d'un homme qui se pose des questions sur le sens de sa vie, qui aime profondément une femme qui veut le quitter, qui est donc prêt à tout pour la garder, qui veut continuer à se battre pour ses idées ; bon, on en a lus, ils sont parfois très bien et d'autres fois moins. Maintenant, prenez tout cela -mais un bon roman déjà- et ajoutez-y cette greffe de corps et donc les questions d'identité, du désir, de la jalousie (est-ce lui, Cédric, qui fait l'amour à Lorna ou l'autre, surtout lorsqu'elle ne regarde pas son visage ?), ... Toutes ces questions sont amplifiées par cette double identité au sein d'un même individu. Est-ce le cerveau qui a la mémoire du passé ou est-ce le corps ? Les informations passent-elles nécessairement du cerveau vers le corps, en descendant donc, ou bien, peuvent-elles remonter ? Si oui, quels sont les souvenirs, les réflexes, les apprentissages ou les choses innées qui sont de Cédric ou du donneur de corps ? Finalement, le nouveau Cédric Erg est-il le même qu'avant ou un mélange entre lui et le donneur de corps ? Et qui est ce donneur ?
   
   Autant d'interrogations auxquelles Hubert Haddad répond ou tente de répondre dans une belle langue, comme d'habitude chez lui, absolument pas alambiquée ou artificielle ; elle est magnifique, parfois poétique -le chapitre où Cédric découvre son nouveau corps (p.103/107) est d'une grande beauté- qui use de mots savants -parfois médicaux, mais point trop, l'écueil est largement franchissable- ou de mots tombés en désuétude que l'auteur réhabilite avec talent et plaisir pour le lecteur. Les chapitres sont courts, rapides, ce qui donne à cet ouvrage un rythme de roman à suspense dont il a la densité et la force de vouloir absolument le finir vite pour connaître le fin mot de l'histoire.
   
   Dans un thème ressemblant, n'hésitez pas à vous procurer et à lire, l'excellent roman de Roque Larraquy, "La Madrivore".
    ↓

critique par Yv




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168 pages troublantes et dérangeantes !
Note :

   Journaliste d'investigation, Cédric Erg a coupé les ponts avec son passé et son père depuis bien des années. Sous son patronyme d’emprunt, il dénonce le lobby de l’industrie pharmaceutique avec laquelle son père a fait fortune. Avec Lorma une très belle femme, il vit le grand amour. Mais suite à un accident, il est entre la vie et la mort, et son corps est un tombeau. Des chirurgiens veulent tenter une première : greffer sa tête sur un autre corps. L’opération est une réussite et les différents risques comme celui du rejet sont écartés, mais Cédric vit mal avec ce corps qui n’est pas le sien et ressent cette impression d’être un usurpateur. Est-ce le cerveau qui commande tout ? Et la mémoire du corps ? Qui du corps ou de la tête est le greffon?
   
   Avec une écriture travaillée et si délicieuse à lire, sans nous noyer sous des termes médicaux, Hubert Haddad ouvre de nombreuses portes d’où surgissent des questions. L’éthique, la morale, les progrès et/ou les dérives de la science, la folie surgissent à travers les lignes.
   
   En peu de pages l’auteur non seulement installe un suspense mais décrit parfaitement les émotions avec beaucoup de subtilité.
   
    A lire incontestablement car ce roman est troublant, dérangeant et fascinant en même temps car il touche à l’identité de la personne.
   
   "Même s'il parvenait à accepter sa transplantation, la symbiose promise avec son hôte inconnu lui semblait tout à fait révulsante et contre-nature. Mais qu'allait-il faire de cette réalité hybride et dédoublée maintenant, car il éprouvait de manière irrépressible une dualité charnelle et mentale, une impression de coexistence monstrueuse. "

critique par Clara et les mots




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