Lecture / Ecriture
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La variante chilienne de Pierre Raufast

Pierre Raufast
  La fractale des raviolis
  La variante chilienne

La variante chilienne - Pierre Raufast

Souvenirs, souvenirs... ♪♫
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   
    Après les raviolis, Pierre Raufast nous sert du bon vin et des histoires. Comment Florin, qui ne peut plus emmagasiner des souvenirs dans sa tête, y parviendra en remplissant de cailloux des bocaux. Un souvenir, un caillou. Avec la possibilité pratique de ne pas garder les trop mauvais souvenirs. Avec ses nouveaux amis Margaux et son professeur de français, il va partager une partie de sa collection, par exemple l'histoire du village où il a plu pendant des années sans discontinuer, celle de son épouse infidèle, celle des fossoyeurs, même Borges apparaît, et ses amis ne seront pas de reste pour raconter leur vie (sans cailloux). Mais l'histoire d'Emma? Elle manque. Ainsi que toute la lumière sur ce rubis promeneur, n'est-ce pas?
   
   Cela se confirme : Pierre Raufast est un chouette conteur d'histoires, on en redemande. Je n'ai pas pu lâcher ce roman avant de l'avoir terminé. Et c'est vrai, nos souvenirs sont associés à des émotions fortes, pour pouvoir s'imprimer.
   
    "Vous croyez que c'est ce que vous gardez qui vous fait riche. On vous l'a dit. Moi je vous dis que c'est ce que vous donnez qui vous fait riche." Giono (Que ma joie demeure)

   
   Il faut partager les histoires, et les livres!
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critique par Keisha




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Facétieux, en plus
Note :

   Après "La fractale des raviolis", il me tardait de comprendre le devenir du rubis : c'est chose faite grâce à "La variante chilienne" ! Je pourrai même ajouter qu'un diamant y passe un sale quart d'heure (scientifique).
   
   C'est l'histoire de trois âmes solitaires, prêtes à se rencontrer puis à se raconter. Il y a Florin l'homme sans passé mais chargé de cailloux pour ne pas oublier, Pascal le philosophe qui prend à cœur son métier d'éducateur et enfin, Margaux frêle lycéenne à l'affect dépassé par une culpabilité trop lourde à gérer et un quotidien devenu violent. Un été pour tout recomposer, pour se réconcilier et inventer !
   
   Indubitablement, Pierre Raufast est un vrai conteur, facétieux en plus. Débutant son histoire sous un faux air de Lolita de Nabokov, il dérive très vite vers le polar, le fantastique, l'historique et l'exotique !!! Il y a des images très belles dans "La variante chilienne" : celle d'abord des cailloux de Florin (détails physiques d'un événement achevé), sa recherche vaine de marquer le premier échange pipé avec Pascal, la délicatesse de Margaux qui se dévoile sur le fil (tendu comme ses déclarations) etc. Il y a de la joie, de la bonne humeur et des enfantillages (les vers luisants en feront l'amère expérience, tout comme l'arrière d'une auto), il y a de la tension, des pressions et une jeunesse rambaranesque que n'aurait absolument pas reniée Véronique Ovaldé.
   
   Pierre Raufast continue l'exploration des scénettes par l'intermédiaire de Florin, son vecteur/souffleur d'histoires (les siennes), handicapé de l'émotion et pourtant doté d'une grande sensibilité et doué d'une belle humanité. Alors on voyage dans le temps (Clovis et son vase), à travers le jeu (partie de capateros qui peut rapporter une jolie maison avec piscine suspecte), sous des mœurs légères (où les mariages arrangés couvrent des amours inavouables), sous une pluie décennale, où des corps enterrés se révèlent être de vraies fortunes, où un débat métaphysique pourrait foudroyer le premier des bijoutiers.
   
   Alors, oui, j'ai passé un excellent moment avec ce trio de choc, drôle, émouvant et bienveillant, avec ces cailloux au destin attendu (et qui marquent enfin l'émancipation de Florin) : j'ai voyagé, j'ai souri, j'ai appris ! Et oui, comme "La fractale des raviolis", je ressors frustrée de quitter un si beau chantier (où la divine Emma restera résumée à son esquisse exquise mais là, c'est voulu).
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critique par Philisine Cave




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Suivre les cailloux
Note :

   "Je contemplai Florin dans le silence de cette nuit. L'obscurité lui allait bien, dessinait autrement son visage. J'éprouvais une inexplicable sensation de quiétude. Nous étions comme des personnages de Giono. De ceux qui discutent fraternellement sur un plateau de Haute-Provence, avec la complicité d'Orion-fleur de carotte et la beauté poétique d'un champ de narcisses".
   

   Si j'ai souvent entendu parler de Pierre Raufast à propos de "La fractale des raviolis", je ne l'avais pas encore lu. "La variante chilienne" est arrivé fort opportunément chez moi, c'est donc par celui-ci que j'ai commencé.
   
   C'est l'histoire de trois personnes qui se rencontrent par hasard dans un coin perdu de campagne. Pascal, professeur de philosophie a loué une maison pour l'été. Il est arrivé en douce avec Margaux, adolescente qui semble se cacher. Pascal va faire rapidement connaissance avec Florin, curieux voisin dans la soixantaine, fumeur de pipe et collectionneur de cailloux.
   
   Florin a eu un accident à treize ans qui l'a plongé dans le coma. Il en est sorti, par contre il y a laissé ses émotions, il n'en éprouve plus et sa mémoire a disparu elle aussi, hormis ses treize premières années. De quoi se forger une vie pas banale et expérimenter ce que bien d'autres ne pourraient pas se permettre.
   
   Ce serait dommage de vous en dire plus, c'est un roman dans lequel il faut plonger sans se poser trop de questions. Sachez seulement que si Florin collectionne les cailloux, c'est que chacun d'entre eux représente un souvenir et lui permet de retrouver les évènements qu'il a vécus. Au fil des jours, il raconte ses péripéties à Pascal et à Margot et c'est un formidable conteur.
   
   Au début, j'ai eu peur d'être submergée par l'abondance et l'extravagance de certaines histoires et puis non, je m'y suis faite et ai accepté sans broncher d'être transportée dans un village où la pluie ne cesse pas pendant des années, de croiser Borges, de traîner dans un cimetière pourtant peu recommandable etc.
   
   Un moment de lecture fantaisiste qui passe comme un éclair.

critique par Aifelle




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