Lecture / Ecriture
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D'après une histoire vraie de Delphine De Vigan

Delphine De Vigan
  No et Moi
  Les heures souterraines
  Rien ne s’oppose à la nuit
  Les Jolis Garçons
  D'après une histoire vraie

Delphine de Vigan est une romancière française née en 1966.

D'après une histoire vraie - Delphine De Vigan

Un passionnant débat littéraire
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   Prix Renaudot 2015
   Prix Goncourt des Lycéens 2015

   
   "D’après une histoire vraie", aux éditions JC Lattès, de Delphine De Vigan est un livre que j’ai n’ai pu lâcher une fois que je l’ai commencé tant j’ai été happée par l’histoire et par le personnage dont le lecteur ne connaîtra que l’initiale L., mystérieuse et fascinante image du double, allégorie contemporaine du vampire.
   
   Le récit est autobiographique puisque le personnage, Delphine, écrivaine, est perturbée par le retentissement imprévu de son dernier livre dans lequel elle parlait de la maladie de sa mère, un livre qui a touché les lecteurs et qui a été douloureux pour elle. Fragilisée, elle a du mal à se remettre à écrire. En effet, on sait que Delphine De Vigan après la parution de "Rien ne s’oppose à la nuit" en 2011 n’a rien écrit jusqu’à cette année. De plus, c’est le moment où ses jumeaux quittent le nid familial pour poursuivre leurs études après le bac et d’autre part son compagnon, François, part à l’étranger pour son travail. C’est dans cet état de vulnérabilité qu’elle rencontre L., une jeune femme séduisante qui va devenir son amie et peu à peu s’immiscer dans sa vie privée et professionnelle à tel point qu’elle semble vouloir prendre sa place.
   
   Le livre qui est un hommage à "Misery" de Stephen King se lit comme un roman à suspense et épouse les codes du genre; la tension narrative est maintenue avec beaucoup d’habileté par l’écrivaine jusqu’au dénouement et même au-delà car le lecteur peut légitimement conserver un doute quand le récit se termine; mais je ne peux vous en dire plus! Sachez cependant que le personnage de L. devient de plus en plus inquiétant et l’on se sent totalement impliqué dans le récit, dans l’expectative du drame qui, semble-t-il, ne peut manquer de se produire.
   
   Ce livre est pourtant bien autre chose qu’un roman à suspense. Reprenons le titre "D’après une histoire vraie" et voyons avec quelle malice Delphine De Vigan nous oblige à nous demander ce qui est vrai dans ce récit? Elle mêle si machiavéliquement des éléments autobiographiques et d’autres qui ne le sont sûrement pas, savant brassage entre réalité et fiction, que nous sommes obligés de nous poser la question. Et c’est là le sujet du livre. A notre époque ou sévit la téléréalité, où chacun se met en scène à la télévision et dans les réseaux sociaux, la littérature peut elle encore être fictionnelle? Faut-il, pour toucher le lecteur, ne raconter que des histoires "vraies"? Et d’ailleurs la vérité existe-elle en littérature? "Mais tout écriture de soi est un roman" écrit l'auteure. Un passionnant débat littéraire auquel ce roman est une brillante réponse!
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critique par Claudialucia




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Fiction ou Réalité?
Note :

    Un livre très attendu de l'auteur de "Rien ne s'oppose à la nuit", dans lequel Delphine de Vigan raconte "une histoire vraie", celle de sa mère et de sa famille. Après un immense succès, l'angoisse de la page blanche apparaît. Que peut-on écrire après ça ?
   
    C'est cette histoire là que Delphine de Vigan décide de nous raconter ici. "D'après une histoire vraie" met en scène l'auteur remplie de doute et assaillie par les questions du public sur sa prochaine œuvre. Va-t-elle poursuivre dans la biographie ou innover avec une fiction ?
   
    Elle fait la connaissance d'une jeune femme L de son âge, qui écrit des biographies pour artistes, très charismatique. Elles deviennent amies et L est présente dans sa vie même si ses proches ne la connaissent pas, parfois elles se ressemblent trop.
   
    Delphine de Vigan, doute de plus en plus sur le sujet de son prochain livre et sur sa fonction d'écrivain. L la pousse dans ses doutes, l'accule dans son refus d'écrire, prend un peu plus le pouvoir sur elle, d'une façon perverse.
   
    Victime d'une profonde dépression, Delphine de Vigan s'en sort in extremis...
   
    Une histoire simple, très simple, si ce n'est que l'auteur nous manipule admirablement.
   
    Je n'en dirai pas plus, c'est tout simplement bluffant et réussi.
   
    Les exergues des chapitres nous plongent dans un suspense grandissant, puisqu'il s'agit des morceaux choisis de "Misery" de Stephen King.
   
    Alors fiction ou histoire vraie ?
   
    Delphine de Vigan a un talent d'écrivain extraordinaire pour nous captiver tout au long de ce récit hautement psychologique.
   
   A lire absolument.
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critique par Marie de La page déchirée




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D'après une histoire vraie? Vraiment?
Note :

   D'après une histoire vraie, de Delphine de Vigan.
   Etre passionnée par un roman au point de le lire quasiment d’une traite, voilà ce qui vient de m’arriver avec le dernier ouvrage de Delphine de Vigan, "D’après une histoire vraie". J’avais déjà beaucoup aimé "Rien ne s’oppose à la nuit", publié fin août 2011, où l’auteur racontait le douloureux parcours de sa mère dont la fin tragique l’avait laissée désemparée. Après le succès extraordinaire du livre, elle avouait se sentir "toute nue au milieu de la route". Une manière de reconnaître que l’écriture est toujours une mise en danger qui vous rend vulnérable : "L’écriture est un sport de combat. Elle comporte des risques, elle rend vulnérable. Sinon elle ne vaut rien" affirme L., un des deux personnages du roman.
   
   Avec son dernier opus, l’auteur illustre brillamment cette idée d’une mise en danger. L’œuvre met en scène la narratrice Delphine, un écrivain à succès séparé de son mari, dont les enfants, les jumeaux Paul et Louise, quittent le toit familial parisien pour faire leurs études supérieures. Son compagnon François, qui n’habite pas avec elle, est un critique littéraire connu, sollicité par ses nombreuses lectures et ses voyages à l’étranger. Dans cette période de semi-isolement, elle se retrouve en proie au vertige de la page blanche. Marquée par l’épuisement occasionné par les salons littéraires et les rencontres multiples avec ses lecteurs, la jeune femme va tomber sous l’emprise d’une femme de son âge qui s’immisce insidieusement dans sa vie, sous le prétexte de la réconforter et de l’aider à retrouver l’inspiration.
   
   Structuré en trois parties (Séduction, Dépression, Trahison) et placé sous les auspices du "Misery" de Stephen King, le récit s’apparente à un thriller psychologique. Le suspense y est ménagé avec subtilité et l’on voit peu à peu le personnage s’engluer dans les rets tendus par celle qui devient son double. La narratrice exprime ainsi avec lucidité ce qu’elle éprouve : "Parfois me vient l’image un peu galvaudée d’une araignée qui aurait tissé sa toile avec patience, ou d’une pieuvre aux multiples tentacules, dont j’aurais été prisonnière. Mais c’était autre chose. L. était plutôt une méduse, légère et translucide, qui s’était déposée sur une partie de mon âme. Le contact avait laissé une brûlure, mais elle n’était pas visible à l’œil nu."
   Usant des codes du genre (l’isolement, la menace, les lettres anonymes, les souvenirs induits, le double…), le livre fait alors penser à "Muholland Drive" (2001), ou à "JF partagerait appartement" (1992).
   Mais le livre est bien plus que cela puisque l’intrigue, prenante s’il en est, se double d’une passionnante réflexion sur l’écriture, le vrai et la fiction. L., qui devient l’amie intime, la confidente de Delphine, est en effet un ghost writer, un nègre, qui écrit des biographies de personnes célèbres. Elle apparaît donc comme étant le mieux à même pour conseiller l’écrivain en panne d’inspiration. Delphine de Vigan met ainsi en place un vertigineux jeu de miroirs entre la narratrice, l’auteur connu, et L., l’écrivain ignoré. On ne dévoilera pas la fin de ce roman vénéneux (ou de cette histoire vécue, qui le sait ?) qui réserve au lecteur une ultime surprise très délectable.
   
   Delphine de Vigan manie le faux-semblant et l’ambiguïté avec un art confondant mais la victime n’est-elle pas à demi-consentante ? La narratrice reconnaît "le mensonge, les subterfuges, cette association de malfaiteurs" qu’elle forme avec L. Elle avoue s’être "enfoncée dans le mensonge avec un mélange de peur, de dégoût et, sans doute, une certaine délectation."
   
   Dans ce roman aux nombreuses pistes, on aime aussi cette manière de jouer avec la littérature, en en faisant un substrat surprenant (et poétique) de la construction de l’intrigue. L’auteur, par ailleurs cinéphile, ne métamorphose-t-il pas la bibliothèque de Delphine en boîte de Pandore ? Ce personnage nous interroge aussi sur les rapports de l’écrivain et de son lecteur, lui-même grand contributeur de l’œuvre. Quant à celui de L., il nous invite à réfléchir sur les cicatrices laissées par l’enfance : "Nous portons tous la trace du regard qui s’est posé sur nous quand nous étions enfants ou adolescents." De subtiles remarques sur la féminité, la psychologie féminine, l’amitié entre femmes viennent encore nourrir l’intérêt de l’ouvrage.
   
   Ce qui m’a surtout passionnée, c’est l’affrontement entre les deux personnages à propos de la portée et des enjeux de la littérature. Au cours de leur compagnonnage de plusieurs mois, Delphine, la narratrice, et L. divergent sur le choix à opérer entre le vrai et le romanesque. Se fondant sur le succès du précédent livre de Delphine, dans lequel celle-ci avait dévoilé son intimité familiale, L. encourage son amie à aller toujours plus loin dans la vérité nue, même si elle conduit à la solitude. Consciente de la fragilité psychique de son "amie", elle l’affirme : " […] c’est le sort de l’écrivain, creuser la fosse autour de lui, je ne pense pas qu’il y ait d’autre voie, l’écriture ne répare rien […], elle creuse, elle laboure, elle dessine des tranchées de plus en plus larges, de plus en plus profondes, elle fait le vide autour de toi. Un espace nécessaire."
   
   Selon L., la violence est "l’une des conditions nécessaires à la création" et d’ajouter : "Les gens savent que seule la littérature permet d’accéder à la vérité. Les gens savent combien cela coûte d’écrire sur soi, ils savent reconnaître ce qui est sincère et ce qui ne l’est pas. […] Les gens ne croient plus à la fiction […]. Ils croient à l’exemple, au témoignage. […] Parce que ce matériau est le seul valable."
   
   En lisant ce roman, on se pose donc des questions sur la porosité entre autobiographie et fiction. Delphine de Vigan brouille les cartes avec habileté, faisant sauter les genres et les catégories, entraînant le lecteur sur un terrain de plus en plus mouvant. Si, comme celui-ci, Delphine est "troublée" par les arguments de L., elle est dans l’incapacité "d’adhérer à son discours". On lit en effet : "Le personnage n’avait-il pas le droit de surgir de nulle part, sans aucun ancrage, d’être une pure invention ? Devait-il rendre des comptes ? Non. Je ne le croyais pas. Car le lecteur savait à quoi s’en tenir. Le lecteur était toujours partant pour céder à l’illusion et tenir la fiction pour de la réalité. Le lecteur était capable de ça : y croire tout en sachant que cela n’existait pas. Y croire comme si c’était vrai, tout en étant conscient que c’était fabriqué. Le lecteur était capable de pleurer la mort ou la chute d’un personnage qui n’existait pas. Et c’était le contraire de l’imposture." Et dans une interview Delphine de Vigan l’auteur le répète : "Il y a pour moi quelque chose de magique, d’unique dans cette aventure."
   
   Le lecteur passionné ne pourra que souscrire à cette assertion tout comme Oscar Wilde qui aurait dit d'un personnage de Balzac : “La mort de Lucien Rubempré est le plus grand drame de ma vie.” Il en va de même pour Proust déclarant dans l’un de ses essais avoir pleuré à la mort de certains personnages ou encore Vargas Llosa qui écrit : “Une poignée de personnages littéraires ont marqué ma vie de façon plus durable qu'une bonne partie des êtres en chair et en os que j'ai connus.”
   

   On se demande par ailleurs si Delphine et L. n'incarnent pas toutes deux les déchirements qui se posent à tout écrivain. Celui-ci apparaît ainsi bien souvent schizophrène et Delphine de Vigan n'échappe sans doute pas à la règle. En outre, on ne saura pas non plus si le personnage de Delphine n'est pas vraiment atteint de cette maladie de la bipolarité dont souffrait le personnage de Lucile dans "Rien ne s'oppose à la nuit". Cette mise en abyme est une des grandes réussites du livre.
   
   Vers la fin du roman, François, le compagnon de Delphine lui dit : "Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi". Cette prise de possession par son ghost writer conduira Delphine "jusqu’au fond du trou" et le lecteur jusqu’au bout de la nuit, l’invitant peut-être à relire le beau livre de René Girard, récemment décédé, "Mensonge romantique et vérité romanesque".
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critique par Catheau




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Un vrai bon roman
Note :

   De ce roman intrigant, on peut tirer toutes les pelotes pour dévider les nombreux thèmes qui sont abordés, de front ou en filigrane. Il restera sans doute comme l’un des plus brillant de cette rentrée littéraire 2015; il démontre de surcroît l’immense talent de Delphine de Vigan.
   
   Pour tous les lecteurs de l’ouvrage précédent, "Rien ne s’oppose à la nuit", "D’après une histoire vraie" peut accrocher comme la suite du roman. La narratrice porte le prénom de l’auteur, elle a écrit un livre intime fondé sur la vie et la mort de sa mère, en développant le contexte familial qui met en cause de nombreux membres de cette famille, elle évoque sans détour son compagnon que tout fan reconnaîtra sans hésitation. De nombreux éléments se réfèrent ainsi à ce que le lectorat habituel de Delphine de Vigan ne peut ignorer. Tel est donc le thème principal de ce récit : l’écrivaine mêle habilement réalité et fiction et construit une intrigue prenante qui fonctionne comme un thriller.
   
    De fait, ce livre se lit d’une traite. Le plus fort est que le lecteur se sent parfaitement manipulé mais est prêt à en redemander. Il peut même, ce lecteur, se sentir interpellé par l’auteur à travers les propos prêté à l’un des personnages : "voilà ce que le lecteur attend des romanciers : qu’ils mettent leurs tripes sur la table. L’écrivain doit mentionner sans relâche sa manière d’être au monde, son éducation, ses valeurs, il doit remettre sans cesse en question la façon dont il pratique la langue qui lui vient de ses parents (…) Il doit créer une langue qui lui est propre, aux inflexions singulières, une langue qui le relie à son passé, à son histoire. Une langue d’appartenance et d’affranchissement. L’écrivain n’a pas besoin de fabriquer des pantins, aussi agiles et fascinants soient-ils. Il a suffisamment à faire avec lui-même. "( Page 188189)
   Nous voilà au cœur du premier thème. Delphine, la narratrice, a été fragilisée par certaines réactions suscitées par son livre précédent, des lettres anonymes notamment, lourdes de reproches et de menaces confuses. Malgré sa volonté de résister, elle se sent minée d’autant qu’une nouvelle donne de sa vie, le départ des enfants hors du nid, conjugue la crise du parent abandonné aux questions récurrentes du sens de son art. Ces dilemmes superposés entraînent une réaction inattendue et redoutée par tout auteur : Delphine peine à entamer un nouvel ouvrage, elle est victime du syndrome de la page blanche.
   
   C’est alors que Delphine rencontre une jeune femme, qui s’appellera simplement "L". Comme ça se prononce. "D’après une histoire vraie" se présente alors comme un récit chronologique et méthodique de la prise de possession de L sur la vie de Delphine. En trois phases, évidemment, comme dans tous processus de manipulation. L est belle et intelligente, intuitive, compréhensive. Elle devient indispensable. Puis installée chez Delphine, mais assez habile pour ne jamais rencontrer de témoins, L devient intrusive et s’identifie de plus en plus à Delphine, au point de s’immiscer dans sa vie, elle en prend les rênes. Enfin, et je vous défie de reposer le livre à ce moment-là, la relation des deux femmes devient vénéneuse… Mais qui trahit qui ? Delphine elle-même n’est-elle pas partie prenante dans la déclaration de cette guerre larvée ?
   
    Ainsi après la question de l’implication de l’auteur dans son œuvre vient la grande question de la manipulation. Deuxième pelote qui peut s’alimenter sans fin. Car si toute histoire est vraie durant le temps qu’elle est racontée, selon Rudyard Kipling, l’écrivaine joue à merveille des mille facettes du récit, effets de miroirs et tiroirs en cascade de poupées russes. Au point que dès la moitié du roman, on se pose la question de savoir si L existe vraiment… Et vous ne le saurez jamais.
   "Quiconque a connu l’emprise mentale, cette prison invisible dont les règles sont incompréhensibles, quiconque a connu ce sentiment de ne plus pouvoir penser par soi-même, cet ultrason que l’on est seul à entendre et qui interfère dans toute réflexion, toute sensation, tout affect, quiconque a eu peur de devenir fou ou de l’être déjà, peut sans doute comprendre mon silence face à l’homme qui m’aimait.
   C’était trop tard." ( Page 325)

   
   Sur une intrigue qui semble construite chronologiquement, se greffe un art consommé des retournements de situation, des rebondissements et des faux-semblants. On peut relire trois fois le roman, on ne trouvera pas la faille qui donne la clé. Mais vous serez sans cesse interpellés par toutes les bonnes et mauvaises raisons qui gouvernent nos affects : peur de la solitude, joie et angoisse de voir les enfants partir, sens de ses choix affectifs, mauvaise conscience et mensonge ordinaires, anodins avant que leur récurrence ne devienne poison. Delphine (la vraie et la fictionnelle) pose la question du risque d’exposition du créateur. Qui ne l’a ressenti ?
   
   Un vrai bon roman qui ne se referme pas impunément, vous pouvez m’en croire…
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critique par Gouttesdo




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Pas encore de la littérature
Note :

   Après le succès de son roman autobiographique "Rien ne s’oppose à la nuit", Delphine se sent un peu dépassée par les événements. Pendant des heures elle à dû signer des autographes à des gens qu’elle ne connaît pas ! Prise de vertige, elle se sauve, et se sent mal : ce roman lui a valu trop de médiatisation, et de l’inimitié parmi certaines personnes de sa famille, mises en scène dans le récit avec une transparence peut-être exagérée.
   
   Delphine aspire à tourner la page ; elle dispose d’une intrigue fictionnelle, dans laquelle nul ne se reconnaîtrait ; mais elle peine à écrire cette nouvelle histoire. C’est dans ce contexte que surgit L., une femme que la narratrice ne nous désignera que par cette initiale bien qu’elle connaisse son nom. Tous les autres personnages ont un nom, mais L. reste anonyme dans le récit.
   
   Cette femme, est élégante, à l’aise en public, dynamique, dominatrice ; en même temps elle semble dépendre de Delphine, car elle en vient à la contacter quotidiennement voire plusieurs fois par jour sous des prétextes divers. Pire encore, lorsque Delphine lui confie son problème d’écriture et sa nouvelle intrigue de roman, L. l’encourage à persister dans l’autobiographie. Il faut dire que L. est auteur de biographies pour les stars : elle écrit, certes, mais se tient en deçà de la littérature, et la littérature c’est en principe ce que vise Delphine…
   
   Là où n’importe qui se sentirait harcelée, Delphine se laisse faire : elle croit avoir trouvé une amie parfaite à qui elle peut tout dire.
   
   Le lecteur se demande jusqu’où ce duo mortifère va pouvoir aller. Il espère quelque chose de corsé ! Et il sera exaucé, plus ou moins, mais il faudra être patient…
   
   Pour moi, c’est à peu près tout ! D’autres lecteurs ont trouvé que les longues conversations de Delphine et son double machiavélique enrichissaient le propos. Je n’en suis pas certaine. L. se borne à affirmer que Delphine doit rester dans "le vrai" le "vécu" le "réel", en gros ce qui se réfère clairement à une réalité tangible en dehors de la fiction. Et Delphine de rétorquer que peu importe : Le roman c’est une histoire à laquelle le lecteur veut croire ; il sait bien que l’auteur ne l’a pas inventée de toutes pièces : suivant les cas, il cherchera à démonter le processus, à identifier derrière les personnages des personnes existantes. Ou non.
   
   J’avoue m’être ennuyée à suivre cette controverse. Toutes ces discussions à propos du degré de fiction requis pour faire un roman ne sont pas d’un grand intérêt parce que Le débat ne progresse jamais, elles ne font que répéter longuement les mêmes propos, tout en resserrant leur lien.
   
   L’auteur voudrait nous livrer à la fois un genre de thriller psychologique à suspense et une réflexion sur le roman. La réflexion commence bien mais elle piétine ; le thriller est lent à venir. Le style est assez plat, l'écriture peu travaillée : même si je n'aime pas trop les fioritures, je souhaite être emportée par une belle écriture, quelques trouvailles, un rythme...! Ici, nous sommes bien dans le roman, mais ce n'est pas encore de la littérature.

critique par Jehanne




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