Lecture / Ecriture
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Une forêt d'arbres creux de Antoine Choplin

Antoine Choplin
  L'impasse
  Le héron de Guernica
  Cour Nord
  La nuit tombée
  Radeau
  Une forêt d'arbres creux
  L'incendie

Antoine Choplin est un romancier et poète français né en 1962.

Une forêt d'arbres creux - Antoine Choplin

Touchée en plein cœur !
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   Si j'ai lu "Une forêt d'arbres creux" d'Antoine Choplin, c'est grâce à Jérôme qui me l'a offert, connaissant mon attachement à "La nuit tombée". Et je vais rajouter qu'"Une forêt d'arbres creux" fait partie des rares livres que j'ai relus. La première fois, j'ai ressenti du vague, du flou, je n'étais pas complètement en adéquation avec le texte parce que mon esprit n'était pas si reposé que cela. La seconde fut la bonne et là, l'émotion m'a submergée. Non, je n'ai pas pleuré, j'ai juste ressenti l'infinie délicatesse d'Antoine Choplin pour ses personnages, sa prose toujours aussi poétique, le respect de ne pas trahir ce qui fut et d'éviter le sordide malgré la période relatée. Antoine Choplin est décidément un auteur d'une très grande classe.
   
   Bedřich Fritta, dessinateur satirique tchèque, est déporté en 1941 dans le camp de Terezin, avec sa femme Johanna et leur fils Tomi. Là, il est affecté à l'atelier "architecture", lieu qui conçoit les agrandissements de bâtiments avant l'élaboration de crématoriums. Façade funeste des nazis, Terezin fait semblant d'accueillir, diminue assurément, berne la Croix Rouge internationale effrontément. Là donc, Bedřich retrouve d'autres faisant-fonction comme lui, des artistes opprimés, un conservateur de musée, des hommes garants de la culture, que les nazis tentent de bâillonner, d'anéantir. Mais la réalité doit être annoncée et la résistance s'opère.
   
   Tout est beau dans ce roman, malgré l'atmosphère lourde. Non, Antoine Choplin ne prend pas le risque de "La vie est belle" de Roberto Benigni. Parce que les parents de Tomi ont décidé de ne pas mentir, mais de vivre tout simplement, le plus longtemps possible. Malgré la mascarade de ce ghetto, on sent le manque, l'humiliation constante, ces infirmeries qui servent d'anti-chambres ferroviaires, la violence sur les corps, la faim. On respire l'immense force des déportés qui gardent la tête haute et cherchent à transmettre leur vécu à l'extérieur. Avec sensibilité, Antoine Choplin décrit les œuvres, héritages artistiques et historiques, testaments insupportables du troisième Reich. Elles témoignent à la place de leurs créateurs et contredisent le fameux discours du "On ne savait pas".
   
   Comme Alex qui clôture chaque chronique par une image, je n'oublierai pas de sitôt le bonhomme de neige (tout comme la porte de "La nuit tombée"). Touchée en plein cœur !
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critique par Philisine Cave




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Journal du camp
Note :

   En 1941, Le dessinateur Bedrich Fritta de Prague est déporté à Terezin (le camp de Theresienstadt) avec sa femme Johanna et son petit garçon. Dans un premier temps ils souffriront de la faim et du froid mais ne seront pas torturés. Bedrich doit passer ses journées à dessiner des plans pour l’agrandissement du sinistre domaine ; il partage l’atelier avec d’autres juifs tous spécialisés dans les arts graphiques.
   
   La nuit, les dessinateurs reviennent en secret dans l’atelier et se remettent au travail pour mettre ne scène sur papier leur quotidien et celui des autres déportés. Les réalisations sont dissimulées derrière un mur. Elles sont destinées à servir de témoignage quant à la vie réelle dans le camp. Une vie que l’on nous décrit avec simplicité et précision, un récit qui émeut et terrorise aussi.
   
   Le titre se réfère aux deux arbres que Bedrich aperçoit par delà les barbelés à son arrivée au camp. Des arbres qui ne cachent pas la forêt de supplices au-delà d’eux.
   
   Deux arbres (des ormes pense-t-il) qui sont beaux jeunes et luxuriants déjà mais dont l’entrelacement complexe et chaotiques des branches induit une sensation angoissante, suggère la souffrance de ceux qui vivent au-delà de ces arbres. Pour lui, ce ne sont pas de vrais arbres, il visualise "un gouffre … s’ouvrant à la base du tronc". Le narrateur compare les fils de fer barbelés derrière les arbres, à une portée musicale inférant des sons discordants "Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à y bien regarder, semble se disloquer la promesse des choses". Au cours du récit, il y aura effectivement un concert…
   
   La métaphore est très juste, et ce prologue donne le ton de l’ensemble. Le style est magnifique, travaillé sans être surchargé, une poésie amère et vraie s’en dégage.
   
   A lire, impérativement ! j’avais déjà remarqué cet auteur avec "le Héron de Guernica"
   
   Les dessins de Bedrich Fritta ont été exposés au musée Juif de Berlin ; vous pouvez télécharger le fichier et en profiter. Son style de dessin me fait penser à Bruno Schulz…
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critique par Jehanne




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Terezin
Note :

   Un beau texte empreint de gravité et de retenue.
   
   Terezin 1941, aux confins de la Bohême, dernière étape sur la route d’Auschwitz. Un camp à visage "humain". Bedrich, sa femme et leur fils débarquent sur la place aux allures paisibles avec ses deux ormes. Les familles se côtoient librement, les enfants jouent, les femmes vaquent à leurs occupations. La vie semble ordinaire avec ses ateliers, son orchestre. Rien ne transparaît. Bedrich est affecté comme responsable au bureau des dessins techniques avec une quinzaine de ses compagnons. Mais très vite, il se rend compte que cette façade lisse cache une horrible réalité. Des convois partent régulièrement. Comment dire Terezin ? Nuitamment, les hommes se réunissent dans la salle de travail pour dessiner la réalité du camp espérant alerter le monde par ces dessins clandestins, qu’ils cachent. L’issue laisse peu de place à l’espoir pour ces hommes et ces femmes mais leur témoignage grâce à leurs œuvres survivra après leur disparition.
   
   On peut aujourd’hui voir à Prague, les 4000 dessins des enfants du camp-ghetto de Terezin exposés au musée juif, retrouvés dans une valise, dissimulés dans un dortoir d’enfants.

critique par Michelle




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