Lecture / Ecriture
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Un air à faire pleurer la mariée de Gérard Alle

Gérard Alle
  Un air à faire pleurer la mariée

Un air à faire pleurer la mariée - Gérard Alle

Fest-noce
Note :

   Réédition d’un roman noir de Gérard Alle datant de l’an 2000 !
   
   Texte, noir et rural ! En regardant la couverture, on se dit que la mariée est en blanc mais elle semble broyer du noir ! Cachez votre joie, jeune fille.
   
   Un matin qui semble être comme de nombreux autres dans un village breton, sauf que c’est jour de fête. En effet un mariage va avoir lieu.
   Dédé sur son tracteur va au champ, Lonk est dans l’attente de l’ouverture du bistrot, Yann, dit l’Ankou, est sur son Solex et lui aussi se prépare pour sa cuite hebdomadaire.
   Isabelle est dans le TGV qui la ramène en Bretagne, vingt ans qu’elle n’est pas venue. Aujourd’hui elle marie Juliette, sa jeune sœur. Voyage d’agrément, mais plein de périls aussi. Certains souvenirs et faits divers sont bien présents dans son esprit.
   
   Elles étaient quatre sœurs, Sylvie, Isabelle, Juliette qui se marie aujourd’hui et Monique, morte dans un accident de voiture voilà des années. Mais son ombre plane encore dans les mémoires familiales. Pour Isabelle reste aussi la trahison de sa sœur vis-à-vis d’elle et de Dédé… blessures anciennes. Dans la tête de certains membres de la famille demeure encore le mystérieux incendie du moulin qui était dans la parenté depuis plusieurs générations, fait divers encore inexpliqué de nos jours. Isabelle est au courant de tout cela, et pas très encline à revenir vivre en Bretagne.
   La journée s’écoule plus ou moins bien, Isabelle oscille entre les deux groupes, celui des autochtones purs et durs en piste de leur côté et la famille tout à la joie du mariage.
   La nuit commence et là tout bascule.
   
   L’auteur, en plus de l’intrigue de ce roman, nous décrit l’ordinaire d’un bourg du centre Bretagne (le Kreiz-Breizh) avec son histoire, ses faits divers et ses secrets de famille. Ses histoires d’amour aussi !
   Trois types de Bretonnes ou de Bretons, les exilés, Isabelle par exemple, les paysans de l’intérieur, Dédé, l’Ankou, et de nombreux autres, la Bretonne de la côte Gwenola au caractère aussi bien trempé dans l’eau de mer. Les discussions sont rudes pour ne pas dire furieuses surtout entre les deux femmes, car en supplément elles se disputent farouchement un homme.
   
   Une belle écriture même si on peut penser que Gérard Alle force un peu le trait sur les habitants de l’intérieur des terres, (hommes surtout) et leur "art" de vivre. Vieux garçons un peu taiseux et alcooliques, vivants, pour les plus chanceux, chichement dans la ferme familiale avec leurs mères.
   
   
   Extraits :
   
   - La vie prépare sa comédie d'un jour, sous la férule du temps.
   
   - Pour Isabelle, Michel et Sylvie sont les champions du monde du couple à la con. L'archétype, comme dirait l'autre.
   
   - Elle les voit toujours comme des tristesses en sursis.
   
   - Tout le contraire d'un vrai mariage breton. La cérémonie ayant lieu en septembre, certains expatriés n'ont pas pu s'y rendre, travail oblige.
   
   - Ici, le français n'est pas la langue naturelle.
   
   - Dédé s'arrête sans se retourner. À part sa mère, personne ne l'a plus appelé André depuis des années.
   
   - Quand ils ont trop mal, les mâles se pendent et les femelles se jettent dans les puits.
   
   - Et le fier célibataire s'en va vers de nouveaux combats, vers ces troquets où il faudra batailler ferme à faire et défaire le monde, très loin, croit-il, des douceurs assassines et du chant des sirènes. Il y a vingt ans que l'amour est mort, point final.
   
   - Peut-être que moi aussi, je suis à la recherche de ma propre histoire...
   
   - La Bretagne, c'était bon pour les vacances. Et puis, il y a eu la mort de Monique, la mort du père, tous ces drames... La mise en vente du moulin, l'incendie... Ce soir, j'ai envie d'une grande lessive, de repartir à zéro...

critique par Eireann Yvon




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