Lecture / Ecriture
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Péchés capitaux de Jim Harrison

Jim Harrison
  De Marquette à Veracruz
  Faux soleil
  Lointains et Ghâzals
  L'été où il faillit mourir
  Sorcier
  En marge - Mémoires
  Julip
  Un bon jour pour mourir
  Dalva
  Retour en terre
  Lettres à Essenine
  Nord-Michigan
  Les jeux de la nuit
  Légendes d'automne
  Une odyssée américaine
  Grand Maître
  Péchés capitaux
  La Route du retour
  Nageur de rivière
  Le Vieux Saltimbanque

Auteur des mois d'avril et de mai 2006

Jim Harrison est né en 1937 dans le Michigan. Il a commencé à écrire dès l´adolescence, par conviction et par ennui, dit-il à peu près.
Il a fait des études de littérature et a commencé à publier de la poésie, puis, des articles, des scenarii, des recueils et ses premiers romans.
Alors qu´il avait débuté dans l´enseignement dans l´état de New York, il abandonne rapidement cette voie pour se consacrer uniquement à l´écriture, et retourner dans le Michigan.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Péchés capitaux - Jim Harrison

Faux roman policier
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   Jim Harrison, de son vrai nom James Harrison, est un écrivain américain, né en 1937 dans le Michigan aux États-Unis. La mère de Jim Harrison est d'origine suédoise et son père était agent agricole. A l'âge de huit ans, son œil gauche est accidentellement crevé au cours d'un jeu. A 16 ans, il décide de devenir écrivain et quitte le Michigan pour vivre la grande aventure à Boston et New York. En 1960, à l'âge de 23 ans, il épouse Linda King. Ils ont eu deux filles, Jamie et Anna. Il obtient cette même année une licence de lettres mais renonce rapidement à une carrière universitaire. Pour élever ses filles, il rédige des articles de journaux, des scénarios, en même temps que sont publiés ses premiers romans et ses recueils de poèmes. En 1967, la famille retourne dans le Michigan pour s'installer dans une ferme et depuis il partage son temps entre le Michigan, le Nouveau-Mexique et le Montana.
   
   Jim Harrison (et curieusement, j’ai exactement la même problématique avec Philippe Djian) m’oblige toujours à un long préambule avant d’attaquer mon billet. J’ai adoré ses premiers romans en leur temps (Légendes d’automne (1981), Dalva (1989), etc.) puis il y a eu de grosses déceptions mais trop tard, j’étais ferré et je continuerai à le lire jusqu’à la fin. Depuis plusieurs années donc, j’ai fait mon deuil des grands romans espérés et je m’efforce de le lire en tenant compte de l’état actuel de sa production. C’est aussi pourquoi, je me rue sur ses ouvrages dès leur parution en évitant de lire les commentaires médias/blogs, pour me faire ma propre opinion – que j’espère objective – et écrire mon billet sans répéter comme un perroquet ce que les autres en disent.
   
   "Péchés capitaux" remet en selle l’inspecteur Sunderson que nous avions découvert dans "Grand maître" (2012). Le flic à la retraite s’est offert un bungalow dans le Nord Michigan pour se consacrer à son activité favorite, la pêche. Mauvaise pioche quand il constate bien trop vite que ses voisins, la famille Ames, sèment la terreur dans toute la région. Même les autorités locales s’avouent impuissantes face à ce clan (hommes, femmes, enfants) qui vit en dehors des lois et commet les crimes les plus abjects. Quand une série de meurtres dans cette famille, éclate en pleine saison de pêche à la truite, Sunderson se sent obligé à reprendre du service.
   
   Honnêtement, le début du bouquin m’a fait craindre le pire, une histoire de chantage pas très claire qui amorce très chaotiquement le reste du roman mais, une fois le livre refermé, je le dis très clairement, ce nouveau Jim Harrison n’est pas mauvais du tout, il est même d’un bon niveau au regard de ses dernières productions. Disons qu’il m’a agréablement surpris, ce qui est déjà beaucoup.
   
   Alors certes, ses détracteurs vont nous ressortir les sempiternelles mêmes critiques, les fameux 3 B si chers à l’écrivain, c’est-à-dire, Baise/Boisson/Bouffe dans l’ordre de ses préférences (?). Oui, les allusions sexuelles sont permanentes, mais il y a très peu de sexe réellement décrit et les fantasmes d’un homme âgé (Sunderson a 66 ans/Harrison a 78 ans) pour les petits culs de jeunettes (ou non) délurées peuvent agacer dans un premier temps (je ne l’avais pas accepté dans l’un de ses précédents romans) mais ici, sans m’en réjouir plus que cela, j’y ai trouvé une sorte d’humour mêlé à ce qui pourrait s’apparenter à une preuve de vitalité forçant l’admiration, qui n’empêche pas la lucidité, "Je crois que l’instinct sexuel est profondément ancré, enfoui, encodé au fond de nous, et qu’il nous pousse à nous ridiculiser." Oui encore, Sunderson boit comme un trou et ça lasse. Oui enfin, il bouffe énormément. Mais ces trois types d’excès, dans ce roman du moins, m’ont paru une provocation contre les diktats imposés par le monde moderne, sur nos modes de vies, hygiène alimentaire et le politiquement correct en général. Le vieux, qui pour moi n’est pas un mauvais bougre, n’a que faire de ces cris d’orfraie, il assume ses choix de vie. Et tant qu’à mourir, que ce soit après avoir vécu pleinement, même si quand le roman s’achève, Sunderson semble avoir opté pour une sorte de rédemption…
   
   Je ne m’attarde pas sur l’intrigue qui vaut ce qu’elle vaut (le bouquin est sous-titré "faux roman policier") mais permet à Jim Harrison de critiquer vertement les violences, toutes les violences : maltraitance des femmes et des enfants, viols sur mineures, incestes, crimes de sang… Un mal profond dans son pays, "La violence est une tradition ancestrale en Amérique". C’est aussi le thème que Sunderson, se sentant des velléités d’écrivain, se propose de traiter en rédigeant un essai sur ce qu’il nomme le huitième péché capital. L’écriture étant un des autres sujets abordés par l’auteur, "Il faut travailler toute une vie pour écrire correctement, et même ça ne suffit pas. Il y a des centaines de milliers d’écrivains sur terre ; mais quelques-uns seulement savent écrire."
   

   Il faut lire Harrison comme on lit Rabelais, sous la truculence et l’outrance se cache une réflexion critique sur le monde, sur l’Amérique.
   
   "Peut-être devrait-il rédiger un essai sur le huitième péché capital, la violence. Peut-être pourrait-il devenir pasteur, ayant eu la vocation sur le tard ? Grâce à sa longue expérience d’inspecteur de police, il avait beaucoup à dire sur la violence. Pourquoi certains hommes se mettent-ils à boxer des femmes qui ne peuvent pas se défendre ? Il avait assisté à de vrais bains de sang. Il avait détesté prendre certaines dépositions à l’hôpital. On n’avait pas le droit de fumer dans les hôpitaux, alors il avait rejoint les toilettes en quatrième vitesse pour tirer quelques bouffées. Rien ne donne plus envie de fumer ou de siffler un verre que de parler à une femme qui a le visage en bouillie, quelques dents manquantes et un bras dans le plâtre. Si elles lui posaient la question, il leur conseillait toujours le divorce."

    ↓

critique par Le Bouquineur




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Pas pour moi
Note :

   (abandonné après 150 pages lues : quand cela ne veut pas, eh bien ça ne veut pas !)
   
   Sunderson, flic à la retraite a une libido en éveil. Rien ne l'effraie, la jeunesse l'attire, tout est bon à prendre. Et visiblement la proximité avec une famille à problèmes, les Ames, va l'émoustiller, surtout lorsqu'il commence à fricoter avec une descendante.
   
   Je n'ai pas adhéré à l'histoire (j'ai trouvé le rythme lent -mais lent-, les digressions sur les sept péchés capitaux me sont passées au-dessus de la tête) mais je remarque que Jim Harrison est un petit coquin. Il sait évoquer la luxure à bon escient. La qualité de la plume est toujours là, il m'a semblé évident que l'auteur a laissé un peu plus de lui-même dans cette intrigue : l'évocation du désir sexuel à un âge avancé ne doit pas lui être complètement étrangère (un peu comme Philip Roth dans "Un homme").
   
    Bien sûr, Monsieur Harrison s'amuse à titiller son lectorat, à le choquer avec une version trash de Lolita mais voilà, à tant espérer le moindre petit frisson, eh bien j'ai lamentablement lâché et je n'ai absolument pas envie de reprendre "Péchés capitaux" : je crois que la prose de Jim ne me convient pas. À la maison, je possède un exemplaire de "Dalva" depuis quinze ans, toujours pas lu : j'aurais dû y voir un signe... du destin ?
    ↓

critique par Philisine Cave




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Pour les fans !
Note :

   Une interview de Jim Harrison m'a donné envie de m'offrir ce livre. J'ai eu le plaisir d'y retrouver l'inspecteur Sunderson découvert dans "Grand maître".
   
    Désormais à la retraite, ne rêvant que d'une vie paisible dans son bungalow du Nord Michigan, il consacre ses journées à sa grande passion : la pêche. Mais ses nouveaux voisins -la famille Ames, totalement sans foi ni loi- vont l'obliger à reprendre du service, en raison des actes criminels qu'ils commettent à deux pas de lui.
   
   Il est toujours amoureux de son ex-femme Diane. Ils ont fini par adopter la jeune voisine qu'il passait son temps à reluquer Mona. Mais quand cette dernière décide de partir avec un rocker, son ex l'appelle à l'aide. Peine perdue... Il n'arrivera pas à la ramener au bercail et va porter son attention sur une autre jeune femme en la personne de Monica, une Ames pour qui il se prend d'affection. Tout comme il se prête au jeu de la lecture du roman policier qu'un autre membre de la famille Ames lui soumet pour avis.
   
   Une autre de ses occupations est de s'interroger sur les sept péchés capitaux qu'il craint bien de tous posséder, à commencer par la luxure en se demandant si le huitième ne serait pas la violence... Eu égard aux nombreuses exactions dont il est témoin. Car de la violence, il y en aura dans ce livre où les relations humaines sont des rapports de force, colt à l'appui, où le sexe est trop souvent synonyme de viols ou d'incestes. Avec une galerie de personnages tout à fait impressionnante... Même l'inspecteur se prend à sauter sur tout ce qui bouge et surtout sur bien plus jeune que lui... Car il pense beaucoup (trop) au sexe...
   
   Reste la formidable et talentueuse écriture de Jim Harrison, qui fait qu'on aime malgré tout ce roman même s'il n'est pas son meilleur et s'il va parfois très loin dans une sexualité dépravée et rebutante. Il offre un portrait désenchanté de l'Amérique mais aussi de l'inspecteur Sunderson, à tel point qu'on finit par se demander si ne se cache pas derrière un portrait sans complaisance de Jim Harrison lui même, de son penchant pour l'alcool ou le sexe.
   
   Les fans de Harrison prendront du plaisir, les autres risquent d'être déconcertés par ce roman qui manque peut être un peu de consistance et de structure. Mais moi je me suis bien régalée quand même !
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critique par Éléonore W.




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Un Grand Monsieur
Note :

   Jim Harrison revient ici avec son héros, l'inspecteur Sunderson, découvert avec Grand Maître, son précédent roman. "Péchés Capitaux" le voit à la retraite installé dans un bungalow qu'il vient d'acheter dans le Nord du Michigan.
   
    Amoureux de la pêche, il compte couler des jours paisibles avec son vieux copain.
   
    Mais rien n'est simple dans la vie de cet homme divorcé, père adoptif d'une trop jolie jeune fille aimant la bouffe, l'alcool et le sexe, le tout avec excès bien sûr.
   
    Si beaucoup de meurtres sont commis et qu'une enquête devient indispensable pour l'ex inspecteur Sunderson, l'intrigue ne mène pas ce roman, à la limite elle n'a pas grand intérêt.
   
    Il est question ici de violence, la violence profonde qui fait partie selon l'auteur de la constitution américaine, son huitième péché capital.
   
    L'auteur lui même amoureux des grands espaces, de la nature et de la pêche nous raconte une fois de plus l'Amérique dans ses paradoxes. L'ultra puritanisme abrutissant face à la réalité violente de la société habitent ce livre.
   
    Les personnages sont à l'image de Harrison et portent en eux une réflexion profonde sur la vie, la vieillesse, l'alcool, les thèmes chers à l'auteur.
   
    L'auteur évoque aussi la littérature et son pouvoir, l'inspecteur Sunderson s'y laisse prendre et écrire sur ce fameux huitième péché capital.
   
    Alors peut-être pas, le meilleur Harrison si l'on recherche une intrigue et un suspense bien ficelés, mais un excellent roman pour ceux qui aiment ce grand auteur qui atteint ici la perfection dans son style.
   
    Un style à lui, unique, que l'on découvre plus direct, rempli d'humour et de désespoir à l'image de cette Amérique où il vit.
   
    A lire pour ce Grand Monsieur.

critique par Marie de La page déchirée




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