Lecture / Ecriture
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Miami Blues de Charles Willeford

Charles Willeford
  Les grands prêtres de Californie
  Miami Blues

Miami Blues - Charles Willeford

Sergent Moseley
Note :

   J'aime beaucoup les romans policiers du trop oublié Charles Willeford (mort en 1988 à 69 ans) et en particulier ceux dans lesquels on retrouve le peu spectaculaire mais très humain sergent Hoke Moseley.
   
   Ce roman-ci est particulièrement réussi car l’intérêt du lecteur est autant capté par le personnage du "méchant" que par celui du héros. Aucun des deux n'est ni tout blanc ni tout noir, bien que cela n’empêche pas le Méchant, Freddy Frenger, d'être un type particulièrement dangereux et qui va faire beaucoup de dégâts .
   
   Notre sergent, lui, se débrouille tant bien que mal dans une Miami en déroute où la moitié des flics sont aussi corrompus que leurs proies officielles. On voit bien que l'on est soit corrompu, soit pauvre. Freddy lui, ne comprend même pas que l'on puisse manquer d'argent, ni de quoi que ce soit d'ailleurs. Quand il veut quelque chose, il le prend. Ce n'est pas toujours facile, mais il est si violent qu'il y parvient néanmoins toujours rapidement. Il appelle cela "travailler". Il faut dire aussi, qu'ayant débuté maladroitement, il a fait un long stage en prison où il s'est assez battu pour apprendre un tas de coups vicieux et a passé assez de temps pour remuer les tonnes de fonte qui permettent de les réaliser. De plus, malgré une intelligence tout à fait convenable, la sensibilité physique ou mentale, tant en ce qui concerne les autres que lui-même, n'a jamais été sa marque de fabrique. Bref, il est redoutable et Moseley va se trouver en plein sur son chemin.
   
   "Le détective vivait de manière incroyablement étriquée et Freddy n'arrivait pas à comprendre pourquoi. Sur la commode se trouvait de quoi se faire beaucoup d'argent : un insigne de policier et une pièce d'identité dans un porte-carte de cuir usé, un 38 spécial police dans un étui d'épaule, une matraque et des menottes."

   
   Moseley est expérimenté, il voit tout, remarque tout et connaît toutes les ficelles, mais il n'est ni très costaud, ni vicieux, ni héroïque. Il a de gros problèmes avec ses dents, maintenant toutes fausses -mais cela ne règle pas tout-, avec la pension alimentaire à payer, sa carrière médiocre et son incorruptibilité chronique. Mais quand il se sent vraiment menacé, même le plus petit chat fait face au molosse et peut manifester des talents imprévus.
   
   Une très bonne histoire, une très bonne peinture d'une société malade, des personnages tous intéressants. On comprend même Freddy. On voit bien qu'on ne peut pas laisser un type pareil dans la nature, mais on suit parfaitement son raisonnement et sa philosophie est cohérente. De plus, bon point selon mes critères, c'est un polar "à l'ancienne". On n'est pas dans les "thrillers" à la mode actuellement où des tarés rivalisent de sadisme inutile, Freddy est violent, brutal, n'hésite pas à tuer, mais n'en tire pas de plaisir particulier. C'est juste un prédateur qui suit sa voie. Quant à sa compagne... qui sait?
   "Ce que je dirais, si vous me demandiez mon avis sur Miami, ben c'est que c'est pas un endroit bien pour une fille seule."

critique par Sibylline




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