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Délivrances de Toni Morrison

Toni Morrison
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  Délivrances

Toni Morrison, de son vrai nom Chloe Anthony Wofford, est née en 1931, à Lorain (Ohio), dans une famille ouvrière.
Elle fait des études de littérature et une thèse sur William Faulkner.
Elle a longtemps été éditrice chez Random House, enseigne à l'Université de Princeton et a remporté le prix Nobel de littérature en 1993.

Délivrances - Toni Morrison

Résiliences
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   
   Peut-on se libérer de son passé, de ses traumatismes infantiles ? Tout comme Jeanne Benameur dans “Otages intimes ” Toni Morrison explore cette thématique. Fillettes jadis mal aimées, fils renié, tous les personnages, surtout féminins accèdent à leurs “Délivrances” dans la douleur. En situant son récit dans les années 1990, entre Californie et Pennsylvanie, l’auteure dénonce le racisme et les prédations sexuelles des blancs dont les enfants noirs sont victimes. Dans ce roman polyphonique où seules parlent les femmes, le souffle de l’écriture, —réaliste, poétique, parfois magique—ponctué de références musicales, fascine d’autant plus le lecteur que Toni Morrison sait distiller le mystère...
   
   Dès sa naissance Sweetness a rejeté sa fille, Lula Ann, en raison de sa noirceur d’ébène. Sans contacts ni baisers elle l’a élevée avec sévérité pour la protéger des blancs. Devenue Bride, la jeune femme déterminée à n’être plus jamais "une négresse" a su s’affirmer ; "beauté profondément ténébreuse" toujours vêtue de blanc, elle roule en Jaguar, adulée et célèbre dans l’univers bling-bling de la mode. Mais elle n’est pas heureuse. "Son corps ne (cesse) de rétrécir", elle perd ses poils pubiens, ses seins disparaissent comme ses règles. Sa conscience la taraude : elle avait huit ans lorsqu’elle a accusé à tort son institutrice, Sofia, d’attouchements intimes, pour que sa mère soit fière d’elle. Quinze ans après, le remords la pousse à l’aveu.
   Booker, son compagnon, n’a jamais fait le deuil d’Adam, son frère aîné, victime d’un pervers sexuel. Devenu cynique et désespéré, son père l’a chassé ; seule sa tante Queen le soutient. Si Bride et lui réussissent leur résilience c’est grâce aux circonstances qui les ont poussés à sortir de leur égocentrisme. Recueillie par des bûcherons après un accident de voiture, leur générosité ouvre à la jeune femme un autre horizon, celui du bonheur malgré la pauvreté. Enfin, lorsqu’avec Booker elle soigne la tante Queen à l’hôpital, le souci d’un tiers les rapproche et le corps de Bride retrouve ses formes.
   
   Dans ce roman plus optimiste que celui de J. Benameur, la prise de conscience de leur responsabilité, l’altruisme et le dialogue délivrent les personnages de leurs traumatismes. Surtout, Toni Morrison lance avec “Délivrances” une magistrale exhortation au respect de l’enfant.
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critique par Kate




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Une beauté exotique
Note :

   "Mais cela nécessiterait du courage, chose que, puisqu'elle réussissait dans son métier, elle croyait posséder en abondance, ça et une beauté exotique."
   

   De Lula Anne à la peau beaucoup trop noire pour sa mère, "sa couleur est une croix qu'elle portera toujours." , à Bride, la jeune femme qui ne porte que du blanc, et dont la peau "rappelle la crème fouettée et le soufflé au chocolat" a su tracer son chemin dans la société américaine et se réinventer.
   
   Tout semble lui réussir, elle évolue dans l'univers de la beauté et enchaîne les succès jusqu’à ce que la mécanique se grippe : Brooker la quitte sans un mot et elle se fait rosser par une femme qu'elle entend aider.
   
   Commence alors une ultime métamorphose où le corps de Bride régressera vers l'enfance, une touche de "fantastique" de l'ordre du symbolique qui ne m'a pas tout à fait convaincue, et partira à la recherche de celui qui l'a abandonnée.
   
   Racisme, pédophilie mais aussi résilience, sont les thèmes de ce court roman choral qui nous donne à voir sous plusieurs angles le personnage de Bride. Un roman fluide et prenant qui marque ma rencontre -réussie- avec cette auteure partout célébrée.
   
   J’avoue préférer le titre américain"God Help the Child" (que Dieu aide l'enfant), bénédiction qui clôture ce roman.
    ↓

critique par Cathulu




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Une sensibilité unique
Note :

    "Délivrances" est le 11ème roman de Toni Morrison, auteur remarquable et Prix Nobel de la Littérature en 1993. A la différence des autres romans celui-ci est ancré dans une Amérique contemporaine.
   
    L'auteur évoque ici, avec un regard triste et profondément pessimiste, les violences faites à l'enfance, la négligence perverse des adultes trop égoïstes pour comprendre et les failles irrémédiables que de tels comportements entraînent.
   
    Sur fond de racisme et de discrimination, elle brosse le portrait d'une Amérique aux prises avec ses démons de toujours.
   
    A sa naissance Lula-Ann est beaucoup trop noire, trop sombre. Pour ses parents, mulâtres au teint très clair, c'est un outrage, une catastrophe. Le père quitte le foyer et la mère sera dans l'incapacité de donner le moindre amour à sa fille. Sa couleur de peau lui renvoie le plus profond dégoût. La douleur de la peau trop noire.
   
    Adulte, Lula-Ann est devenue Bride, une très belle femme à la peau superbement sombre.
   
    Quand son amoureux, Booker la quitte en lui faisant comprendre qu'elle n'est pas la femme qu'il veut, Bride se sent moralement et physiquement anéantie. Le passé revient la bousculer et elle se lancera sur les routes de sa vérité en quittant pour un temps son travail.
   
    Des délivrances, il y en aura pour elle, la petite fille qui a tout fait, y compris une accusation terrible pour sentir la main de sa mère toucher sa peau, pour Booker qui pansera ses blessures et fera le deuil de son frère victime de la folie des adultes. Délivrance du mensonge pour permettre de continuer un peu moins mal qu'avant.
   
    Beaucoup d'enfants habitent ce roman, enfants meurtris, enlevés, violés, pas aimés, blancs et noirs, vivant ou pas.
   
    Toni Morrison martèle les douleurs, crie les innocences bafouées, revendique la couleur de peau et avec audace et sensibilité fait de ses romans un hymne à la mémoire des Noirs.
   
    Dans un récit à l'écriture épurée, Toni Morrison mêle le fantastique comme toujours et c'est un plaisir. Il rend la réflexion plus profonde, et montre combien l'oubli et le pardon sont difficiles.
   
    C'est l'histoire d'un beau couple aussi, celui de Bride et Bokker qui balaient les mensonges pour sortir des non-dits et qui portent en eux désormais un espoir lumineux.
   
    A lire parce que Toni Morrison possède une sensibilité unique.
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critique par Marie de La page déchirée




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Un passage de relais
Note :

   Bride, jeune femme à la peau noire, cabossée par la vie et en quête d'amour (parce que mal-aimée originellement) tente de reconstruire le puzzle de sa vie, reprendre petit bout par petit bout son histoire, pour mieux se retrouver. Son périple passe par l'étape de rédemption.
   
   Toni Morrison peut écrire n'importe quel texte court, mon cœur de lectrice lui sera définitivement acquis. Elle a cette façon subtile d'aller à l'essentiel avec un phrasé travaillé mais d'une simplicité déconcertante. Il n'y a aucune vulgarité chez elle même lorsqu'elle relate des faits divers sordides. Et pourtant, on ne peut pas dire qu'elle ménage son lectorat avec "Délivrances" (titre sublime au pluriel : c'est volontaire et veut tout dire). Elle ne joue pas la facilité, ne reste pas dans son petit domaine de prédilection, parle d'amour, de retrouvailles (peu heureuses), de combats internes, d'hypocrisie et d'amoralité : le bonheur se gagne à la sueur de son front (et avec une bonne panne automobile). Parce qu'aimer nécessite avant tout sincérité et franchise qu'on doit à l'autre mais avant tout à soi-même. Alors Bride va ramer, vers cet autre qui l'appelle, son pendant masculin et son miroir. Ses pérégrinations l’amèneront vers une autre petite fille sauvage, un passage de relais pour le meilleur. Saisissant et très beau.

critique par Philisine Cave




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