Lecture / Ecriture
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Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose de Edouard Moradpour

Edouard Moradpour
  Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose

Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose - Edouard Moradpour

Mauvais ! Non. Pire
Note :

   Né à Téhéran d'une mère russe ayant immigré après la révolution soviétique, Edouard Moradpour s'installe en Russie juste avant la chute du Mur, où il sera rapidement considéré comme le "père de la publicité". Il a déjà publié deux romans et celui-ci, paru en mars 2015.
   
   Peut-on encore tomber amoureux lorsque l'on a choisi de mettre fin à sa vie? Eleonore, violoniste dans un orchestre symphonique et Julien, grand avocat d’affaires, ont trois jours pour décider de mourir ou de commencer à s'aimer car atteints de maladies graves, ils ont choisi la mort programmée, le suicide assisté, en Suisse.
   
   Quand l’éditeur m’a proposé ce roman, j’ai été sensible à son argument "Il s’agit d’une histoire d’amour tournant autour du thème avant-gardiste du suicide assisté (euthanasie), sujet sur lequel l’état français devrait prendre position au printemps prochain (projet de loi à voter)". J’attendais donc un bouquin traitant de ce sujet grave, une voix parmi d’autres pour éclairer un débat important. Quelle arnaque !! A moins que ce ne soit ma mauvaise compréhension de son email, le "tournant autour" devant être pris au pied de la lettre, on tourne autour effectivement mais on n’y arrive jamais !
   
   En fait et plus simplement, tout est mauvais dans ce livre qui aurait dû paraître dans la collection Harlequin (avec tout le côté péjoratif accolé à cette remarque). Une histoire d’amour à l’eau de rose, digne des romans photos d’antan, les héros ont des professions libérales ou artistiques, ils évoluent dans des décors de luxe et font des voyages à Venise… L’écriture est formatée, les poncifs abondent et l’auteur plaque lourdement à son intrigue des références culturelles qui font chic et permettent de tirer à la ligne. La psychologie des personnages ne peut s’adresser qu’à des gamines, et encore, pas celles de notre époque.
   
   Quant au fond, le suicide assisté, il est à peine abordé réellement, tellement vu de loin et tellement peu crédible d’un point de vue factuel que c’en est gênant pour ceux qui se sentiraient directement concernés par ce problème. J’arrête là mon billet car le fait qu’un tel bouquin existe, c’est déjà triste, mais qu’un éditeur le vende en mettant le suicide assisté en avant, c’est carrément une honte. Nul, archinul !
   
   Je pense avoir été clair ?
   
   "La brume froide surprit Eleonore, fatiguée, consumée par ces deux heures de travail. Elle releva le col de son manteau jusqu’à lui couvrir la bouche, elle eut l’impression curieuse de rentrer dans un tableau tout en sfumato ; la rue Saint-Séverin était baignée d’une lumière irréelle, confuse. Elle discernait à peine le boulevard Saint-Michel. Il y avait encore devant l’église un groupe compact, obscur, d’une dizaine de personnes emmitouflées, des exhalaisons blanches s’évaporaient de leurs bouches. Elle eut une drôle d’image dans la tête : celle de colonies de pingouins agglutinés contre le froid, elle en sourit. Elle aurait bien aimé écouter ce que disaient tous ces gens du concert."

critique par Le Bouquineur




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