Lecture / Ecriture
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Adrienne Mesurat de Julien Green

Julien Green
  Adrienne Mesurat

Adrienne Mesurat - Julien Green

« Quelle idée de tomber amoureuse! »
Note :

   Quand un livre commence par décrire la médiocrité d’une ville de province, puis met l’accent sur une jeune femme en particulier, je ne sais pas vous, mais je le sens mal. En général on peut s’attendre au pire : regardez Emma Bovary.
   
   J’ai découvert Julien Green grâce à Stricky, mon prof bien-aimé. Il nous avait donné un thème extrait d’Adrienne Mesurat, qui a eu le mérite de m’intriguer. Il y était question d’une jeune femme angoissée, au restaurant d’un hôtel, qui ne voulait pas retourner dans sa chambre. Puis elle sort dans la nuit. Ayant eu l’occasion d’examiner ce passage sous toutes les coutures pendant quatre petites heures, je me suis posée quelques questions : il y a quoi dans cette chambre ? un mari ? un mort ? elle a tué son mari ? non, c’est un vampire !
   En fait pas du tout.
   
   Le pitch : Adrienne Mesurat habite à La Tour-L’Evêque, avec sa grande sœur Germaine, vieille-fille-malade-chronique-jalouse-aigrie-et-méchante (ça fait beaucoup) et leur père retraité. Leur vie est soigneusement réglée, avec ses codes, ses habitudes et on ne saurait y apporter du nouveau. "Il y a quelque chose de terrible dans ces existences de provinces où rien ne paraît changer, où tout conserve le même aspect, quelles que soient les profondes modifications de l'âme. Rien ne s'aperçoit au dehors de l'angoisse, de l'espoir et de l'amour, et le coeur bat mystérieusement jusqu'à la mort sans qu'on ait osé une fois cueillir les géraniums le vendredi au lieu du samedi ou faire le tour de la ville à onze heures du matin plutôt qu'à cinq heures du soir." Un jour, Adrienne aperçoit pendant quelques instants le visage d’un homme qui la bouleverse ; elle s’en éprend passionnément. Pas toujours de bonnes idées Adrienne. Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance? disait un bon ami à moi. Ca sonne bien comme ça, mais bon…
   
   Je l’ai lu alors qu’il faisait moche et que j’étais seule la journée cet été. Je n’aurais pas dû.
   Ce livre est un des livres les plus oppressants que j’ai lu, avec Belle du Seigneur. L’histoire et la vie d’Adrienne se referment sur elle comme un piège : d’abord prisonnière de sa famille, sa maison et sa ville, elle se retrouve seule avec son angoisse, sa culpabilité, ses pauvres espoirs. De plus, si le point de vue est d’abord celui d’Adrienne, nous enfermant donc dans son moi ô combien troublé, il finit par adopter le regard jugeur de La Tour-L’Evêque sur elle. Ainsi, Adrienne devient irréductiblement étrangère aux yeux de tous, y compris du lecteur, qui l’observe s’en aller seule vers sa perte, d’un œil soulagé car délivré de ce huis clos interne.
   
   Grande amoureuse, mais surtout grande passionnée. En effet, son amour vient du plus profond d’elle-même, avec un simple regard comme catalyseur. Ce n’est pas une relation amoureuse qui la transporte, mais l’amour silencieux qu’elle s’est construit seule. Il me semble que sa nature passionnée mais refoulée ne peut plus s’accommoder de sa vie d’ennui, et l’amour semble donc intervenir comme en réaction face à celle-ci. Il est une affaire privée. Voilà qui en fait une belle héroïne - je dois avouer que j'ai un faible pour le côté envers et contre tous.
   
   Son entrée dans sa vie de femme - de personne à part entière (et non plus seulement « sœur » ou « fille ») - se fait donc par la recherche du nouveau. Elle devient ce qu’elle est. Même si ce n’est pas une innovation de ouf, sa lutte discrète, sans cesse contrariée mais obstinée, contre la médiocrité de son existence en fait un beau portrait de femme.
    Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
   Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !
   (Baudelaire, « le voyage » Les Fleurs du Mal)

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critique par La Renarde




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Les fenêtres
Note :

   Je lis Julien Green pour la première fois ! C’est accablant ! Un romancier qu’on ne lit plus guère. Impossible de trouver un article genre "actualité de Julien Green" ! Même Jeanneney ne s’y est point frotté ! Il me reste à fouiller dans mes archives du Magazine littéraire (le vieux modèle) voir si je trouve quelque chose.
   
   J’appelle cela incursion dans ma vieille PAL* celle qui n’est pas forcément la mienne… qui passa dans d’autres mains avant la mienne !
   Challenge "incursion dans de vieilles PAL :
   Le livre doit dater d’au moins vingt ans révolus (achevé d’imprimer) et ne pas avoir été lu
   Il est dans votre bibliothèque depuis vingt ans au moins et bien plus si possible.
   
   C’est Daté ? Pas l’histoire en tout cas… Adrienne a dix-huit ans, et elle est tenue enfermée par un père tyrannique. Le matin, elle fait un peu de ménage (sous la surveillance de sa sœur malade) , l’après midi elle cueille les fleurs au jardin pour en faire des bouquets. Elle a droit de temps à autre à une petite promenade dans la campagne. Elle ne rencontre jamais personne. C’est la domestique qui fait les courses, ce serait l’occasion de parler avec d’autres gens (nous sommes en 1907, il n’y a pas de supermarchés) . S’il y a une sortie (un bal de printemps) elle y va avec son père. Cet homme ne bouge pas de la journée : la sœur aînée Germaine a déjà dépassé la trentaine : elle ne sort pas non plus ; elle souffre d’une maladie qui n’est pas traitée. Sans doute une tuberculose (on ne saura pas) ; son père fait mine de ne s’apercevoir de rien. Elle n’a jamais vu un docteur.
   
   Adrienne jeune et en bonne santé, est attirée par le sexe opposé. Sa seule distraction c'est de regarder par sa fenêtre. Les fenêtres jouent un grand rôle dans le roman.
   
   Un jour elle aperçoit un homme dans une de ces voitures à cheval, leurs regards se croisent. Rien que de très ordinaire, mais Adrienne a le coup de foudre ; elle voit un homme pour la première fois dirait-on. Il est bien plus âgé qu’elle, n’a rien de particulier, mais… il est plus ou moins son voisin. Sa sœur se rend compte qu’elle commence à se promener le soir, après le couvre-feu maison… elle est jalouse et va cafter…
   
   L’écriture est classique, mais le roman est fort bien écrit, les personnages parfaitement campés, l’intrigue bien menée, et l’on se promène dans la tête d’Adrienne, et ça va de plus en plus mal… C’est complètement déprimant mais tellement bien observé.
   
   
   * PAL Pile A Lire

critique par Jehanne




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