Lecture / Ecriture
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Miniaturiste de Jessie Burton

Jessie Burton
  Miniaturiste

Miniaturiste - Jessie Burton

Pourquoi tout embrouiller ?
Note :

   Titre original : The miniaturist
   
    Amsterdam, fin du 17ème siècle. La toute jeune Nella Oortman arrive de son village et pénètre enfin dans la belle demeure de son nouveau mari, Johannes Brandt, riche marchand de la ville. L'y accueillent sans chaleur particulière les serviteurs, Cornelia et Otto, ainsi que sa belle-sœur Marin. Mais pas son mari, épousé il y a deux mois en vitesse et pas revu depuis.
    Johannes lui offre une maison de poupée, qu'elle entreprend de meubler, faisant appel à un miniaturiste.
   
    "Jusqu'ici, elle n'a été qu'une marionnette, un réceptacle pour le discours des autres. Ce n'est pas un homme qu'elle a épousé, mais un monde -argentiers, belle-sœur, curieuses relations, une maison dans laquelle elle se sent perdue, une autre plus réduite qui l'effraie. "
   

   Une vraie Petronella Oortman a existé, on voit sa maison de poupée au Rijksmuseum, Amsterdam
   De nombreux blogs ont présenté ce roman, avis enthousiastes, ou moins enthousiastes. Par bonheur je n'étais pas au courant des quelques révélations du roman, donc mon plaisir fut intact et j'ai dévoré ses pages (deux après-midi de pluie, ça aide). Petronella est une héroïne absolument attachante et j'ai aimé suivre son évolution, de petite jeune fille mal à l'aise à femme prenant en main son destin et celui de la maisonnée.
   
    Ce roman offre aussi une belle reconstitution de l'ambiance régnant dans cette Amsterdam de l'époque, ses marchands, commerçants, l'emprise d'une religion rigoriste, l'intérieur et la vie domestique d'une demeure aisée.
   
    La quatrième de couverture parle de conte fantastique, domaine qui en général suscite chez moi un "mouais et alors", ce qui n'a pas manqué. Je me pose la question, ne pouvait-on se passer de la partie Miniaturiste? (oui, carrément!). Surtout avec ce prénom, pourquoi tout embrouiller?
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critique par Keisha




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Poupées d'Amsterdam
Note :

   Amsterdam, octobre 1686. Le marchand Johannes Brandt, quadragénaire et partenaire de la VOC, vient d'épouser une jeune provinciale de dix-huit ans, Petronella Oortman issue d'une famille respectable mais ruinée. C'est elle l'héroïne à laquelle on s'attache. La voici qui s'installe dans la maison de son mari et apprend à connaître sa vie nouvelle de femme d'homme d'affaires dans une société calviniste à la fois prospère, pieuse et puritaine. Mais au lieu d'une vie de couple ordinaire, le mari lui offre en cadeau de mariage une maison miniature où elle disposera meubles et personnages miniatures comme si elle devait seulement jouer à la poupée. L'agencement de cette maison est affaire de miniaturiste — d'où le titre de ce premier roman fascinant et cette absence d'article qui crée un premier suspense relativement au sexe de l'artiste qui expédie bientôt à Nella des reproductions saisissantes de tous les personnages qui vivent dans la maison y compris les deux chiens que le marchand adore.
   
   La description de la société amstellodamoise du XVIIe siècle est parfaite. Elle s'appuie sur les tableaux de peinture hollandaise présents sur les murs de la maison des Brandt. Assez souvent on retrouve les images d'intérieurs hollandais ou de scènes de la vie quotidienne que l'on a vues par exemple dans les collections du Rijksmuseum. L'importation des produits tropicaux par les marchands hollandais, l'activité des guildes, la morale calviniste stricte en matière sexuelle : on dirait que rien n'est oublié pour satisfaire l'attente des lecteurs.
   
   Johannes et Nella ne vivent pas seuls. Ils sont servis par une domestique, Cornelia, à peine plus âgée que sa nouvelle patronne, et par Otto, un jeune Africain que le négociant hollandais à soustrait à un destin d'esclave et qu'il a formé pour devenir son majordome. Et puis surtout il y a Marin ; c'est la sœur de Johannes, la vraie maîtresse de maison, au courant des affaires de son frère, curieusement restée célibataire et bien mystérieuse pour Nella comme pour le lecteur. D'ailleurs qu'est-ce qui n'est pas énigmatique dans ce roman ? Sa construction même crée le mystère puisque tout commence par la fin.
   
   L'œuvre s'ouvre en effet sur une cérémonie à la Vieille Eglise d'Amsterdam le mardi 14 janvier 1687. Une femme se cache dans les stalles du chœur pour assister discrètement à des funérailles d'une personne inhumée dans l'église et quand tout est fini elle dépose son offrande sur la pierre tombale, c'est "une maison miniature, assez petite pour tenir dans sa paume, neuf pièces et cinq personnages confectionnés avec un art consommé, travaillés hors du temps". Ce prologue est comme l'épilogue que l'on aurait changé de place et le roman va combler un trimestre de temps durant lequel une jeune fille sans expérience va peu à peu prendre sa vie en main.
   
   Au fil de l'intrigue, on s'interroge sur le comportement des uns et des autres, sur la froideur de Marin face à sa jeune belle-sœur, sur la distance que Johannes conserve à l'égard de Nella, sans oublier l'origine des miniatures... Leur créateur, tel un deus ex-machina, voyeur, sorcier, devin, joue avec les destins comme un romancier avec ses personnages — et c'est au féminin qu'il faudra redire ces mots. La tragédie des Brandt se noue au tiers du roman quand Nella débarque à l'improviste au bureau de son mari, "légère comme un chat, excitée à l'idée de la surprise qu'elle va lui faire." Les rebondissements suivants tiendront en haleine le lecteur : pour un premier roman c'est une réussite incontestable !
   
   Jessie Burton confesse que le point de départ de son écriture a été la visite du Rijksmuseum où est conservée la maison miniature de Petronella. Comme quoi c'est bénéfique de fréquenter les musées...
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critique par Mapero




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Une société de négociants prospères et cupides
Note :

   Le récit se déroule à la fin du 16 me siècle à Amsterdam, pendant quatre mois. Le prologue nous montre des obsèques en janvier 1687 ; c’est la fin de l’histoire. Nous ne savons encore rien des protagonistes, de simples silhouettes qui nous mettent l'eau à la bouche...
   
   Ensuite, on revient en arrière, lorsque Nella Oortmann, une jeune fille de 18 ans, toque au perron d’une grande maison bourgeoise, au début d’octobre de l’année précédente. Elle vient de la campagne et a épousé le maître de maison, Johannes Brandt, un riche marchand de vingt ans plus âgé qu’elle. Elle est impatiente de commencer sa nouvelle vie. Malgré son âge, le mari qu’elle a vu l’espace d’un après midi lui a fait une bonne impression. Il a une belle prestance, un visage buriné, et a visité moult pays exotiques...
   
   Nella est accueillie froidement par sa belle sœur Marin, célibataire endurcie, et sa servante Cornelia dont les manières lui semblent très osées pour une domestique. Johannes a aussi un serviteur noir, Otto ; Nella n’a encore jamais vu une personne de couleur. Mais le plus étonnant c’est que les jours passent et Johannes se fait désirer. Il tarde à consommer son mariage, et reste très distant. Nella se voit offrir une maison miniature, réplique exacte de celle qu’elle habite à présent, et Johannes l’enjoint de la décorer… Nella est très déçue, irritée et intriguée aussi par les propos sibyllins des gens de la maison, et leur attitude envers elle.
   
   Ce roman a été comparé à celui de Tracy Chevalier "la jeune fille à la perle" ; il se déroule au même endroit, à la même époque. Ayant déjà lu un roman de Tracy Chevalier (pas celui-là) je pense que l’écriture de Jessie Burton est davantage travaillée, plus élégante, et l’ensemble paraît d’une autre habileté. Les descriptions sont très belles et ressemblent à ces fameux tableaux qu’on admire encore souvent, pleins de vie, de crudité, et d’un mûrissement excessif comme des fruits talés.
   
   A l’aide d’une documentation très sérieuse, l’auteure a brossé une étude de mœurs de cette société de négociants prospères, aussi cupides qu’hypocrites et corsetés dans un calvinisme sévère. Les Brandt cultivent une liberté d’esprit qui en fait des marginaux, et le monde dans lequel ils vivent est trop étroit pour eux.
   
   A mesure qu’on avance dans l’histoire et que les protagonistes perdent leur mystère, ils changent aussi de visage. Le drame fait son apparition, le traitement de l’intrigue se révèle très romanesque. La troisième partie pourra sembler longuette, les sentiments soudain outrés dans leur manifestation, les personnages plus idéalisés que je ne l’aurais imaginé.
   
   Il n’empêche que voilà un premier roman d’une grande qualité qui se lit avec plaisir.
   
   Je m'aperçois que je n'ai pas parlé du (ou de la) miniaturiste! c'est que pour moi, comme pour Nella au début, cette maison de poupée si parfaite soit-elle, ne m'inspire pas, et guère plus les inquiétudes et les passions qui se cristallisent sur ces petits personnages et objets, répliques de ceux de la maison sur lesquels on croit lire je ne sais quelle marque d'un drame. En fait, l'objet en question ne sert à rien pour l'intrigue.
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critique par Jehanne




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Lecteur en laisse
Note :

   Un livre phénomène outre-manche cela éveille la curiosité, alors en route pour les canaux et les riches maisons d’Amsterdam au XVII ème siècle.
   
   1686 Petronella Oortman vient de se marier, elle a juste 18 ans et son mari est le beau et riche marchand Johannes Brandt, un homme important de la communauté marchande et qui a deux fois son âge.
   
   Elle arrive seule dans sa nouvelle demeure et l’accueil de Marin, la sœur de son époux est pour le moins froide et compassée. Marin est une vieille fille prude, rigide et qui n’a aucunement l’intention de laisser le gouvernement de la maison à Nella.
   
   Deux domestiques seulement dans la maison ce qui est pour le moins surprenant pour un homme de la qualité de Johanne. Cordelia la servante délurée et Otto un homme à la peau sombre comme jamais Nella n’en a vu.
   
   La jeune épouse s’ennuie vite, solitaire, inoccupée et ignorée par son mari sauf lorsque celui-ci lui offre un extraordinaire jouet : une maison miniature stricte reproduction de la demeure cossue des bords du Herengracht.
   
   D’abord vexée par la cadeau Nella commande à un miniaturiste quelques petits objets pour meubler la maison, ils sont de parfaites reproductions mais bientôt les objets arrivent sans qu’elle ne les ait commandés et leur précision semble montrer que celui qui les fabrique connait la maison et même les secrets de ses occupants. Le miniaturiste finit par obséder Nella.
   
   Les liens entre Marin, Nella et les deux serviteurs vont se resserrer, les femmes vont devoir faire face avec courage aux événements qui vont s’abattre sur la maisonnée. Et chacun va se montrer sous un jour plus digne, plus riche que prévu.
   
   C’est vraiment un grand plaisir de se plonger dans ce monde plein de paradoxes que ce siècle d’or à Amsterdam. La prospérité de la ville et de la Compagnie des Indes Orientales, l’enrichissement sans limites des marchands se paient d’un rigorisme religieux qui porte chacun à espionner son voisin, qui oblige chacun à masquer sentiments et à se garder de tout écart de conduite. La liberté n’est qu’apparente. Les entrepôts regorgent de biens odorants, parfumés et savoureux mais le puritanisme condamne les personnes à une vie grise et sans charme et à se nourrir de hareng plutôt que des délices en provenances d’orient.
   
   Les personnages de Jessie Burton sont très bien mis en scène, sa puissance d’évocation est grande et l’on n'a aucune peine à imaginer dans cette maison tout droit sortie d’un tableau de Vermeer.
   
   Nella et Marin sont deux très beaux personnages féminins, l’une par son ouverture d’esprit et son imagination, l’autre par son caractère passionné bien caché derrière un autoritarisme calculé.
   
   Les rebondissements tiennent le lecteur en laisse et même s’il y a parfois une ou deux longueurs la lecture est très prenante.
   
   Il semble que l’auteur a été comparée à Tracy Chevalier, il y a certes quelques ressemblances mais Jessie Burton me semble un écrivain plus ambitieux.

critique par Dominique




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