Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Quête du Saint Graal de Collectif

Collectif
  Ce que je ne sais pas
  Le musée de l'art
  Hontes
  A table!
  Dès 06 ans: Mes 66 plus belles poésies
  11 femmes, 11 nouvelles
  Les aventures de Jean Conan
  Les cent ans de Dracula
  L'ombre du mur, Chroniques du mur de Berlin
  Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France
  Dès 06 ans: Coffret de contes
  La France des écrivains - Guide Gallimard
  Anthologie, Les Femmes Vampires, de 1823 à 1905
  Poèmes de Paris: Une anthologie à l’usage des flâneurs
  Romans grecs et latins
  Dès 02 ans: Enfantilles
  Dès 10 ans: La revue Dada
  Beowulf
  Dès 08 ans: Mon premier Larousse de l'histoire
  Le Monde de George Sand
  Dès 10 ans: Contes et légendes Nathan
  La plus belle histoire des femmes
  Luc Tuymans
  Les Fantômes des Victoriens
  Dès 08 ans: Magritte, le double secret
  Révolutions animales
  Dès 01 an: Mes plus belles berceuses jazz
  Voyages en train
  La Quête du Saint Graal
  L'une et l'autre
  Séoul, vite, vite !
  Les contes des mille et une nuits
  Dictionnaire des mots manquants
  Déflagrations
  Beyrouth noir
  Les Avatars de Sherlock Holmes
  Contes de Noël : les grands classiques

La Quête du Saint Graal - Collectif

Il fallait que Galaad s’annonce
Note :

   (v. 1225)
   
   La Légende du Roi Arthur aurait été favorisée par la dynastie des Plantagenêts pour justifier leur pouvoir en liant la légende et la réalité politique. L’entreprise fut une réussite populaire considérable au-delà de ses ambitions politiques originelles. Il semble en effet que la légende arthurienne ait rencontré un succès tel qu’elle n’épargna pas même les moines. Les instances chrétiennes les plus sérieuses ne considéraient pas d’un bon œil ces ferments d’hérésie. L’affirmation du pouvoir religieux chrétien au Moyen Âge se révèle clairement en analysant les romans successifs qui constituent la légende arthurienne. Les premiers romans font la part belle aux éléments païens de la mythologie celtique mais avec la Quête du Saint Graal, le paganisme trouve sa condamnation la plus explicite.
   
   Il faut d’abord lire le Conte du Graal de Chrétien de Troyes pour réaliser que cette continuation, attribuée à Gautier Map, se présente comme l’itinéraire pratique de conversion à l’usage du pur chrétien. On retrouve les personnages de Lancelot et de Perceval, amoindris ici par la présence d’un nouveau chevalier de la Table Ronde : Galaad. Alors que Lancelot et Perceval renvoient aux origines celtiques de la légende, Galaad arrive avec sa pureté toute chrétienne. Il relève les épreuves du Siège Périlleux et de l’Epée fichée dans le roc. Ces épreuves qui semblaient merveilleuses jusqu’alors ne l’étaient qu’à cause de l’ignorance dans laquelle étaient maintenus les pêcheurs, c’est-à-dire les mauvais chrétiens.
   "Et s’ils trouvent peu d’aventures, c’est parce que "les aventures qui adviennent maintenant sont les signifiances et les manifestations du Saint-Graal, dont les signes n’apparaîtront jamais aux pécheurs".
   

   Le Saint-Graal apparaissait à Lancelot et Perceval comme le symbole horrifique et fascinant d’un monde inaccessible. A travers eux, le lecteur pouvait aussi s’effrayer de ce vase légendaire qui, depuis Robert de Boron, aurait recueilli le sang du Christ. Galaad semble au contraire étrangement creux, inconsistant, sans personnalité. Peu d’émotions le traversent et il avance sur le chemin de sa quête comme s’il ne devait jamais réfléchir : parce qu’il le doit. Et devant les merveilles du Siège Périlleux et de l’Epée magique, son humilité seule semble lui permettre d’accéder à leur signification véritable.
   
   La lecture de cette Quête du Saint-Graal est éblouissante car elle révèle comment l’histoire primitive de Chrétien de Troyes a été réutilisée pour permettre à une conception religieuse de s’exprimer, dans la tentative de persuader ses lecteurs de suivre l’exemple de Galaad et de devenir comme lui un pur chrétien. Lancelot et Perceval, détournés de Dieu par l’amour de la chevalerie ou par l’excès de courtoisie, sont trop ancrés dans le monde pour pouvoir comprendre les merveilles d’un territoire enchanté. Il fallait que Galaad s’annonce pour que l’étendue magique d’un royaume trouve enfin sa signification. On comprend également en quel sens le christianisme se percevait comme processus de sur-rationalisation.
   
   La Quête du Saint-Graal constitue un parfait exemple du pouvoir que la littérature peut exercer sur le monde. La légende arthurienne constitue un bon exemple qu’il nous est facile d’observer de notre point de vue détaché de lecteurs de l’ère moderne. Reste ensuite à s’interroger sur les modalités d’expression de notre propre Légende arthurienne, sans doute encore trop enveloppante et proche pour se laisser enrober facilement par nos regards.
   
   
   Citation :
   
   "Après cette table, il y eut encore la Table Ronde établie selon le conseil de Merlin et pour une grande signifiance. On l’appelle Table Ronde pour désigner par là la rondeur du monde, et le cours des planètes et des astres au firmament ; dans les révolutions célestes on voit les étoiles et mainte autre chose, aussi peut-être dire que la Table Ronde représente bien le monde."
   
   "Quand ils furent tous assis, ils entendirent approcher un bruit de tonnerre, si prodigieux qu’ils crurent que le palais allait s’écrouler. Et voici qu’entra un rayon de soleil qui fit la salle sept fois plus claire qu’elle n’était auparavant. Ceux qui étaient là furent comme s’ils étaient illuminés par la grâce du Saint Esprit, et commencèrent à se regarder les uns les autres : tous, grands et petits, étaient silencieux. Lorsqu’ils furent demeurés longtemps, sans que nul d’entre eux eût pouvoir de parler, à s’entre-regarder comme bêtes muettes, le Saint-Graal parut, couvert d’une pièce de soie blanche ; mais personne ne put voir qui le portait. Il entra par la grand-porte et, dès qu’il y eut pénétré, la salle se remplit de bonnes odeurs comme si toutes les épices de la terre s’y fussent épandues."

critique par Colimasson




* * *