Lecture / Ecriture
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L’Amie prodigieuse de Elena Ferrante

Elena Ferrante
  Poupée volée
  Les jours de mon abandon
  L'Amour harcelant
  L’Amie prodigieuse
  Le nouveau nom
  Celle qui fuit et celle qui reste
  L'enfant perdue

Elena Ferrante est le nom de plume d'un (ou plusieurs?) écrivain(e) italien(ne) dont on ignore l'identité réelle.

L’Amie prodigieuse - Elena Ferrante

Destins croisés
Note :

   Naples années 50 ; dans un quartier défavorisé vivent Elena et Lila, qui sont devenues amies à l’école. Elles y sont les meilleures élèves de Mme Olivieri l’institutrice. Mais Lila la fille du cordonnier n’aura pas le droit de faire des études ; Elena obtient cet avantage...
   
   Enfants, elles sont toutes deux terrorisées par Achille Caracci l’épicier, un "ogre" dont elles supposent qu’il leur a volé leurs poupées. Leur acte de courage, aller chez Achille réclamer les poupées, scellera leur amitié ; cette relation est faite d’amour et de haine. Chaque fois que l’une réussit quelque chose, l’autre se sent diminuée et œuvre pour l’égaler ou la dépasser. Ainsi en est-il des études : Lila étudie seule, lit des tonnes de livres, apprend des dictionnaires et grammaires latines pour égaler son amie et néanmoins rivale. Lorsqu’elles atteignent l’adolescence, elles rivalisent pour séduire les garçons et se plaire à elles-mêmes. Elles se querellent et se réconcilient toujours.
   
   Autour des deux filles gravitent les habitants du quartier : les Caracci dont le père Achille leur faisait si peur ; dans la réalité il a bien un différend grave avec la famille du menuisier Peluso et un drame s’ensuit…
   
   Une autre protagoniste la pauvre Melina, une jeune veuve, saisie tantôt d’exaltation tantôt de dépression n’a pas de travail, et ses enfants ont bien du mal à s’en sortir. La famille Sarratore dont le père cheminot écrit des poèmes et abuse la gent féminine de tout âge ; Enzo le fils courageux du marchand de primeurs ; les Solara dont on soupçonne qu’ils entretiennent des liens avec la mafia en grandissant.
   
   Le temps passe, et les fils d’Achille profitent de l’argent gagné illégalement par leur père (mais ils semblent en faire bon usage…) tandis que le fils des Peluso (victime) devient communiste et maçon ; les jeunes du quartier qui font des études ne s’entendent plus avec ceux qui sont devenus ouvriers, artisans ou petits commerçants. Lila, l’amie d’Elena est une originale : autodidacte, ouvrière, instruite et ambitieuse, attirée par l'argent, elle n’appartient à aucun groupe et semble vouloir dévorer la vie…
   
   L'argent joue évidemment un grand rôle dans ce roman, qui explore le devenir social aussi bien que psychologique des différents familles du quartier.
   
   Un roman d’apprentissage passionnant dont on regrette de devoir attendre la traduction des tomes suivants pour pouvoir le continuer…
   
   On ne sait rien de l'auteur, Elena Ferrante, dont j'ai lu tous les romans traduits en français.
   
   
   Saga L'Amie prodigieuse
   L'amie prodigieuse, 2011

   Le Nouveau Nom, 2012
   Celle qui fuit et celle qui reste, 2013
   L'enfant perdue, 2014
    ↓

critique par Jehanne




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Delizioso !
Note :

   Naples - Années 1950
   
   On m'avait dit grand bien de ce roman italien et j'avoue que je n'ai pas été déçue par le premier tome de cette tétralogie, dont seuls les deux premiers volumes sont sortis en France pour l'instant.
   
   Ce récit d'une amitié toute simple est un pur bijou. L'histoire de deux fillettes de leur entrée en primaire à la fin de l'adolescence -ce premier tome se termine par le mariage de l'une d'elle- qui sont élevées dans un milieu populaire à Naples, sont scolarisées dans la même classe et vivent dans le même quartier.
   
   Elena est en admiration devant sa prodigieuse amie, la fantasque et insondable Lila, fille de cordonnier, gamine malingre, qui deviendra une femme charismatique, pour qui les hommes se pâmeront. L'une et l'autre sont très douées pour les études malgré le milieu dont elles viennent mais seule Elena, la narratrice, pourra intégrer le collège, puis le lycée. En effet, ses parents acceptent, à la demande de l'institutrice, de lui payer des cours pour qu'elle puisse faire des études supérieures. Lila, pour sa part, devra se contenter de travailler dans la cordonnerie familiale. Autour de ces deux gamines, unies mais opposées, amies mais rivales, inséparables mais dont les chemins de vie divergeront, gravitent beaucoup de personnages secondaires.
   
   Cette histoire peut sembler banale. C'est compter sans l'exquise manière dont elle nous est racontée. Et on se dit qu'on devrait lire plus souvent des romans italiens. Ce livre est en effet porté par la très belle écriture d'Elena Ferrante. Et par la finesse de l'analyse psychologique de ces héroïnes mais aussi de leur entourage (père, frères, camarades de classe).
   
   Voici un livre délicieux, dont on dit que Daniel Pennac l'offre à tous ses amis. Je me régale déjà d'ouvrir la suite intitulée "Le nouveau nom".
    ↓

critique par Éléonore W.




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Léna, Elena... ?
Note :

   Justement reconnu comme un roman jubilatoire et fourmillant de vie, "L’amie prodigieuse" s’inscrit sur la liste des lectures qui laissent leur empreinte et nous enjoignent de lire la suite, qui sort justement ce printemps en France. Elena Ferrante nous entraîne dans un quartier pauvre à la périphérie de Naples, dans les années cinquante, en compagnie de deux fillettes qui tissent une amitié dense et exclusive. Lila et Léna unissent leurs talents pour découvrir et amadouer un monde difficile et pour tout dire assez sordide. Déjà lu, penserez-vous. Ça ressemble en effet aux romans dit d’initiation, qui nous content la prise de conscience des difficultés du monde, vue à hauteur d’enfants. Bien menée, la fraîcheur du récit souligne alors les aspects sordides de la société.
   
   L’amie prodigieuse s’appelle Lila, elle est fille du cordonnier Fernando Cerullo, qui peine dans son échoppe, pour avoir refusé de se compromettre avec les mafieux de son quartier. Lila est chétive, mais remarquablement vive d’esprit et son institutrice Madame Oliviero aimerait bien pousser son élève dans les allées du Savoir… Mais c’est Léna, Lenù en dialecte napolitain, qui bénéficiera de cette chance, bien qu’elle paraisse moins brillante, plus pusillanime parfois. Les parents de Léna, son père du moins, semblent plus sensibles à la fierté et à l’espoir d’offrir un sort meilleur à leur fille aînée.
   
   Les routes des deux adolescentes doivent donc bifurquer, ce qui n’altère en rien l’admiration que la narratrice, Léna voue à son amie. Apparemment, Lila s’en sort bien, grâce à sa force de caractère qui lui permet de puiser des ressources d’enthousiasme et de passion dans sa nouvelle situation. Les deux fillettes quittent l’enfance et ses illusions. Malgré sa chance de découvrir un autre monde par la culture et la fréquentation du lycée, Léna ressent toujours le besoin de s’identifier à Lila en confrontant ses expériences à celles vécues par son amie. Elle se sent désorientée lorsque celle-ci semble se plier au sort des filles pauvres et s’engage dans la voie des fiançailles avec l’épicier Stefano, le fils de Don Achille, le petit chef camoriste qui les terrifiait dans leur enfance…
   
   Outre les péripéties qui jalonnent le récit et dressent un tableau saisissant des conditions sociales et économiques d’une banlieue au mitan du XXe siècle, le roman d’Elena Ferrante est d’autant plus touchant que s’y joue le devenir d’une communauté à part entière. La psychologie des personnages, à commencer par celle de la narratrice, est toujours ambivalente: jalousie, rancœur, peurs ordinaires et machisme inculqué par l’éducation, habitent ses personnages autant que leurs espoirs insensés et leurs ambitions raisonnables. L’auteur n’idéalise aucun des caractères présentés et nourrit même les personnages secondaires de traits cruciaux qui leur confèrent une présence justifiée. Je pense à la bande d’adolescents, filles et garçons qui entourent naturellement les deux amies, à Rino, frère de Lila qui partage ses désirs de revanche, à la perversité du poète Sarratore…
   
   En parallèle se situe d’ailleurs un autre débat qui n’est pas des moindres: le bouleversement qu’apporte dans ce microcosme l’accès aux études d’un petit nombre d’élus alors que d’autres n’ont pas l’opportunité de s’échapper d’un quotidien plombé par les traditions et les commérages rituels. Le malaise ressenti par Lena qui anticipe la fracture à naître avec Lila, la rivalité souterraine qui entache ses joies secrètes quand elle comprend les efforts cachés de son amie pour suivre la même progression, l’écartèlement de Lena qui parvient difficilement à se situer entre ses deux univers, la tentation du renoncement et la reddition aux lois du plus fort sont autant de thèmes développés subtilement au fil du récit. L’intrigue se resserre de plus en plus autour de ce combat en abordant le mariage de Lila et c’est peu de dire combien la fin nous laisse sur notre faim… En attendant de se procurer sans tarder "Le nouveau nom", volume suivant paru justement ce printemps 2016.
    ↓

critique par Gouttesdo




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Enfance italienne
Note :

   Tout le monde m’en parlait de ce roman, point de départ d’une véritable saga qui va s’étendre sur plusieurs tomes…
   En principe et en vertu de quoi « tout le monde ne peut se tromper », je suis donc tombé dedans. Et pour cela, j’ai choisi la meilleure période pour entamer une telle immersion : Juillet et ses températures caniculaires, l’absence même de brise à l’ombre des oliviers, un parfum de lavande qui provient d’on ne sait où, quelques notes de mandoline échappées d’un village où se prépare une des sempiternelles fêtes locales destinées à ravir un flot ininterrompu de touristes plus qu’à souder des habitants disséminés dans les environs plutôt que serrés les uns aux autres dans des hameaux aux ruelles étroites (ben oui, il y règne au moins une fraicheur au cœur et puis on peut se passer un kilo de farine ou un morceau de pain d’une fenêtre à l’autre).
   Bref, sous mon arbre centenaire, j’étais dans les meilleures dispositions pour commencer cette chronique qui se situe à une époque pas si lointaine (les années d’après guerre) mais qu’on voit aujourd’hui comme un reliquat de préhistoire (d’avant la mondialisation et le libéralisme gagnant-gagnant).
   Alors voilà : la jeune Elena (preuve s’il en est que ce roman est autobiographique), fille du portier de la Mairie, fait la connaissance d’une petite fille de son quartier, la méchante Lina… qu’elle s’évertuera à appeler Lila.
   Histoire d’une amitié hors pair, construite sur l’admiration réciproque des deux fillettes, mais qui ne se traduit pas de la même façon. Globalement, leurs deux destins vont suivre des chemins différents. Et c’est là tout l’intérêt du livre. Parce que, entre vous et moi, enfin ceux qui ont un peu de « bouteille », ces histoires pseudo autobiographiques, ces récits de jeunesse enfuie, ces digressions sur le « c’était mieux avant », on en a éclusé des tonnes.
   
   Premier problème. L’amie prodigieuse ravira forcément celui ou celle qui débute en lecture par sa fraicheur, une certaine légèreté qui n’omet pas une réelle gravité.
   A la fin des années 50 (aujourd’hui encore?), dans ce Naples crépusculaire, il règne un machisme ambiant (la Sicile n’est pas loin), des rivalités de quartier, toute une faune de petites gens qui portent quasiment tous des prénoms identiques se terminant par -io pour les gars, en -a pour les jeunes femmes.
   
   Deuxième problème. Même si l’auteur a pris soin de nous offrir un pense-bête en tête de roman (l’éditeur aurait été bien intentionné de l’imprimer sur un marque-page d’ailleurs), récapitulant les différents personnages comme dans toute bonne saga (de Autant en Emporte le Vent à Dallas), on s’y perd tout le temps.
   
   A une époque où l’instruction servait de levier social pour ne pas employer le détestable mot d’ascenseur, la narratrice et son Amie Géniale (titre original), vont suivre deux voies différentes. Deux intelligences hors norme dont l’une a besoin d’un cadre scolaire bien établi pour se cristalliser tandis que l’autre, plus aigüe, plus brute, plus sauvage, mettra en application son sens de l’analyse dans la vraie vie. J’aurais aimé que le roman s’attarde sur cette différence dont souffre Lila, en apparence (puisque ce n‘est pas elle qui raconte) ou Elena. La seule réflexion a lieu à la fin de ce premier volet, lors du mariage de son amie. L’auteur se rend alors compte que son monde, issu de l’école puis du lycée, ne correspond plus à son milieu. Elle y est devenue étrangère. Tout comme Lila, future femme trop libre dans un monde d’hommes, peut l’être. Ce sentiment de se couper de ses racines est, à mes yeux, le vrai sujet du roman. Que ce soit à cause d’une personnalité trop forte (Lila) ou le résultat d’une imprégnation d’un autre milieu (le lycée, les études à une époque où peu étaient scolarisés au-delà du primaire), cette fracture culturelle va impliquer une future faille sociale et l’incompréhension inéluctable entre les élites de la nation et les gens modestes.
   
   Troisième problème. J’ai eu l’impression que Ferrante passe à côté de son sujet. Qu’elle nous embarque dans une histoire où les vraies réflexions sont absentes, du moins, dissimulées sous la trame obligée de la saga. Bien sûr, on me rétorquera qu’on n’est pas ici dans un Dostoïevski ou un Proust. N’empêche.
   
   Reste un cliché, une photographie de cette Italie en noir et blanc (revoir « le voleur de bicyclette ») et quelques jolies scènes. Mais pas de description du cadre (le Naples d’après guerre, il y avait de quoi remplir des pages, non?) et absence de ce sentiment d’exclusion de son propre milieu, comme si la vie se chargeait de vous transformer en propre étranger à votre lieu de naissance. Qu’il soit dicté par l’instruction (Elena), un monde où l’italien officiel et ses tournures savantes supplante le dialecte un peu trop rustre du peuple ou par une formidable nature supérieure (Lila) qu’on imagine pas à sa place dès le début.
   
   Aurait-il fallu que ce soit Lila qui raconte…
    ↓

critique par Walter Hartright




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Naples, années 50 – 60
Note :

   Nous tenons là une saga napolitaine, depuis les années 50 jusqu’à nos jours, puisque "L’amie prodigieuse" se décline en 4 tomes. Je parle ici du tome 1, "Enfance, adolescence".
   Naples donc, et deux fillettes du même quartier pauvre (redondance, parce que Naples et "quartier pauvre" … !) Lena (Greco) et Lila (Cerullo). Elles fréquentent la même classe primaire, sont un peu ostracisées parce que brillantes élèves, elles sont donc vouées à se lier. Et de fait elles se lient. Notamment grâce à quelques épisodes, marquants, du type héroïque ou inconscient, comme aller sonner à la porte de l’appartement d’un homme réputé dangereux et craint pour récupérer une poupée qu’il aurait volée. Ce type d’épisode permet à Elena Ferrante de camper les psychologies très différentes de Lena et Lila. Autant Lena est réfléchie, plutôt introvertie et timide, autant Lila est explosive, imprévisible et audacieuse. Les deux étant brillantes dans leur école de quartier, leur institutrice, Mme Oliviero, fait le forcing pour inciter leurs parents respectifs à les laisser continuer les études (collège, lycée). Mais nous sommes fin des années 50, en Italie, qui plus est à Naples, ce sont deux fillettes, la démarche ne coule pas de source quand les parents sont pauvres ce que sont les familles Greco et Cerullo.
   
   Pourtant Lena va se voir offrir cette chance, pas Lila. Qu’à cela ne tienne, leur relation particulière va évoluer dans ce contexte nouveau et Lila va démontrer l’étendue de ses capacités en "s’instruisant" toute seule, en lisant, en acquérant des connaissances avec une facilité déconcertante. D’où la relation mi-fusionnelle mi-adversaire des deux fillettes. Qu’on va suivre jusqu‘à l’adolescence et l’éclosion de la chrysalide Lila qui va passer du statut de fillette chétive et ordinaire à jeune femme séduisante.
   
   Mais bien entendu, nous ne restons pas en permanence braqués sur Lila et Lena. Elles évoluent dans un quartier napolitain dont nous allons finir par connaître les autres habitants, comme dans une vaste revue d’effectifs de ce que pouvait représenter les Napolitains des années 50 – 60.
   Des gens simples pour la plupart, des citadins mais citadins d’une ville pauvre. Mais des parvenus aussi et d’autres, proches des organisations criminelles.
   
   Je dois reconnaître à mon grand désarroi que je n’ai pas retrouvé les sensations que j’ai pu connaître dans cette magnifique ville tellement attachante, fréquentée il y a peu. Comme si Elena Ferrante était davantage douée pour faire vivre sous nos yeux des psychologies et des personnages que mettre en place un paysage ?
   
   Pour ceux qui connaissent, il y a un côté "Chroniques de San Francisco", d’Armistead Maupin, dans cette "amie prodigieuse", mais pour des chroniques napolitaines, alors.

critique par Tistou




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