Lecture / Ecriture
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Un amour impossible de Christine Angot

Christine Angot
  Pourquoi le Brésil ?
  Les Petits
  Un amour impossible
  La petite foule

Christine Angot est le nom de plume de Christine Schwartz, auteure française née en 1959.

Un amour impossible - Christine Angot

Une certaine émotion...
Note :

   Rentrée littéraire 2015
   Prix Décembre 2015
   
   Dire que j’ai abordé ce livre avec ma curiosité coutumière serait mentir. Je m’étais bien promis de ne jamais choisir, de ne jamais privilégier cette auteure, au motif qu’elle est cataloguée depuis vingt ans dans les auteurs d’autofiction qui se racontent indéfiniment en étalant leurs vicissitudes les plus intimes sur la place publique, et que non, pour moi, la littérature, ça ne doit pas servir à régler ses propres comptes… Et puis s’arc-bouter sur ses positions, rester figée au garde à vous sur des règles auto édictées, ce n’est pas tenable dès lors que sont présentés des arguments intelligents qui invitent à goûter avant de rejeter . Catherine, ma libraire du jardin des Lettres, m’a justement engagée à revoir mes positions sur l’écriture de Christine Angot, me prêtant même son exemplaire personnel, c’est dire !
   
   Et de fait, la lecture de ce roman- qui- n’en- est- pas- un m’a paru très facile et a vaincu rapidement mes préventions. En défilant chronologiquement et sans fioriture l’histoire de ses parents, Christine Angot parvient à dresser le portrait d’une femme simple, trop simple même pour ne pas paraître benête. Parce qu’elle tient tout le discours à hauteur de langage oral, le lecteur ne peut éviter de prendre parti pour Rachel, jeune provinciale qui découvre dans l’immédiat après-guerre les charmes et les risques d’une relation libre avec son amant. D’emblée, celui-ci hérite du mauvais rôle, mufle supérieur, beaucoup plus conformiste et calculateur que sa jeune amoureuse. Christine sait donc depuis toujours que son père a abandonné sa mère, même si la naïveté de celle-ci a enjolivé et occulté la relation au père.
   
   Un beau jour l’enfant, devenue adolescente, est amenée à mieux connaître ce père. Sans trahir immédiatement les ressorts de cette relation nouvelle, le père séduit sa fille bâtarde en lui ouvrant les portes (au sens propre) d’une vie qu’elle ne pouvait qu’ignorer auprès d’une mère aux moyens pécuniaires limités. La comparaison joue en défaveur de la mère qui subit alors le rejet violent de sa fille. Christine Angot maintient le ton de son récit au niveau de la conversation. Elle déroule son histoire sobrement, sans commentaires psychologiques, sans clins d’œil au lecteur. Celui-ci, privé de connivence, est renvoyé à sa propre morale, d’autant que les mots jetés sur le papier sont durs, abrupts, impitoyables. Et l’on prend (j’ai pris ?) encore parti pour cette femme isolée, dédaignée, résistant malgré l’ignominie des faits. Jusqu’au moment où éclate la faute du père, le reproche de la fille à la mère, la fuite de celle-ci dans la maladie, et l’on se prend au jeu de l’empathie enfin pour l’enfant victime .
   
   On l’aura compris, aucun membre de cette fausse famille n’est épargné. Le père évidemment, mérite l’oubli où sa fin l’a mené. Mais des relations passionnelles amour haine entre les deux femmes, il ressort un revirement rafraîchissant bienvenu. Christine peut enfin accéder au pardon, le pont se crée entre la mère et la fille, même si il est aisé de deviner que leurs rapports n’auront plus jamais la spontanéité et le naturel des années d’enfance.
   
   Alors, ce style Angot ? Il m’a semblé, sur la foi de ce livre lu, que les redondances, les répétitions, l’application au renoncement de toute élégance stylistique, la platitude scrupuleuse de la syntaxe, convenaient à l’incarnation du noyau familial. Rachel n’est pas une simplette, mais à l’inverse du conformisme bourgeois du père, elle a manqué d’ambition sociale, elle a subi la dévalorisation du regard sans se trahir. Elle apparaît en réalité comme une femme de cœur, et la réconciliation finale est plus qu’une fin heureuse, c’est une revanche sur les calculs et les manœuvres paternels, c’est le rejet définitif d’un monde aux valeurs frelatées. Sans retour, sans concessions.
   
   De là à lire tout Angot ? Je ne crois pas… Mais finalement, Catherine avait raison, ce livre délivre une certaine émotion authentique qu’il serait stupide de dédaigner, juste par parti pris. À vous de vous faire une opinion.
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critique par Gouttesdo




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Vibrant
Note :

    Christine Angot revient sur la fulgurante passion amoureuse de ses parents. Ils vont vivre une relation très particulière.
   
    Années 50, Chateauroux.
   
    Rachel est secrétaire et issue d'un milieu populaire et campagnard. Pierre, interprète à la base militaire, est un intellectuel et sa famille fait partie de la grande bourgeoisie.
   
    Ils vivront une passion qui pourtant dès le départ comportent des limites : pas de mariage, "ils appartiennent à des mondes qui ne se mélangent pas". Pas question d'enfant non plus.
   
    Un amour très pervers fait d'admiration pour la mère et de rejet pour le père, une emprise épouvantable sur Rachel qui mettra des années à s'en sortir.
   
    A la naissance de Christine, le couple se sépare puis le père reprend contact avec la mère mais ne veut pas reconnaître l'enfant. Quand il le fera ce sera la fin de leur relation.
   
    Les visites très perturbantes de son père mais surtout les vacances où il abusera d'elle, abîment la tendresse et l'amour qu'elle porte à sa mère. Une mère qui n'avait rien vu ou ne voulait rien voir.
   
    Dans son dernier roman, "Un amour impossible", Christine Angot adopte un ton plus retenu pour évoquer, à travers son enfance, l'histoire de ses parents, Rachel et Pierre.
   
    Exercice difficile. Le roman fictionnel qu'affectionne particulièrement cette auteure crée souvent beaucoup de polémiques dans le monde littéraire. Souvent cru, direct, et émotionnellement choquant, il est sans doute le moyen de prédilection pour soigner ses maux.
   
    En tout cas ici il n'y a pas de confessions déballées inutilement, seule persiste l'émotion et beaucoup de dignité ressort de ces pages.
   
    L'auteure dresse une très belle analyse de sa relation avec sa mère. Dans une ultime discussion avec elle, faite de rancœur et de tendresse, elle trace le portrait de son père, manipulateur et dominateur.
   
    Si ce n'est pas le roman qui apaise tout à fait, il en prend le chemin et montre aussi de l'auteure un côté très sensible et touchant.
   
    Et surtout il interroge sur cet amour impossible qui pourtant fait vibrer les cœurs et les corps jusqu'à la souffrance.

critique par Marie de La page déchirée




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