Lecture / Ecriture
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Au bout du compte de Hervé Huguen

Hervé Huguen
  Au bout du compte

Au bout du compte - Hervé Huguen

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Note :

    Auteur nantais que je découvre avec ce titre alors qu’il n’en est pas à son coup d’essai ; c’est en effet son huitième ouvrage.
   
    Francis Gosniack jubile, il est convaincu que son directeur, Charles Lebas, manipule les comptes d’une cliente, Madame Cayez, administratrice de la maison de retraite Saint Roch. Il pense que son chantage est réussi, il drague Nadia, superbe collaboratrice, et rêve déjà de son nouveau poste. Un petit arrêt dans un bar, quelques verres de whiskey, lui qui ne boit jamais, mais une voiture… et la mort !
   
    Puis vient le cimetière, l’enterrement et le début de la ronde des protagonistes de cette histoire.
    Jérémie représente la banque à cette cérémonie. Il appréciait peu le défunt…, mais éprouve un sentiment ambigu pour sa veuve Carine et son apparente fragilité.
    Puis vient Gaël Kerzhéro chargé d’enquêter sur ce qui, pour l’instant, n’est qu’un banal et dramatique accident de la route, un piéton ivre renversé par un chauffard qui prend la fuite. Mais il s’intéresse aux dernières heures sur terre (et au travail) de Francis.
    Nadia lui confie que son collègue était plutôt content, comme s’il avait obtenu une promotion, a-t- elle pensé sur l’instant. Il était remonté voir Lebras, le directeur, avec un dossier. Elle se souvient qu’elle était prête à se laisser embrasser, et peut-être plus… dans l’avenir.
    Nathalie Cayez, le dossier sur lequel Francis basait son avenir, porte son nom. Bourgeoise sans états d’âme, elle est la maitresse, enfin pour le moment, de Charles Lebras. Ils gèrent l’argent des pensionnaires de Saint Roch.
    Charles Lebras sous couvert d’une visite de politesse rend visite à la veuve. Carine Gosciniak ne connaissait pas tous les détails des transactions de son époux, mais elle lui ouvre son bureau où il prend bien soin de rafler le maximum de documents.
   
   Puis continue la sarabande des personnages, certains passent, d’autres repassent, peu trépassent !
    Nous croisons ainsi au hasard du récit un préfet. Il est bon entre notables de se prémunir et de faire porter au lampiste les petites dérogations à la loi qu’ils ont eux-mêmes commises par cupidité et goût du jeu. Francis Gosciniak, être prétentieux et peu estimé, disparait vite, étant victime d’un "accident mortel". Nadia jeune et belle secrétaire, Jérémie qui trouvera l’amour dans l’histoire, Karine aussi, avec enfin un homme qui la considérera à sa juste valeur, Kerzhéro, flic à la Colombo, qui contrairement à la mode actuelle n’est pas alcoolique, ni drogué ! Les bourgeois et nantis de la ville ne sont pas décrits sous un jour trop noir, ils sont juste avides et pensent être au-dessus des lois, désirant rester sur le dessus du panier… de crabes qui est le leur.
   
    Une mise en page et une narration originale, après une courte présentation du chapitre en italique un nouveau narrateur devient le personnage principal du texte.
   
    Un puzzle se crée entre les lignes pour un récit qui prend peu à peu forme et une tournure inattendue.
    Une analyse de la vie en province et une fin magistrale !
    Un gros coup de cœur !
    À noter plusieurs références à la musique bretonne :
   - Gaël Kerzhéro aimait Kantik ar Baradoz, le Cantique du Paradis.
   L'ampleur de l’orgue, la pureté incomparable de la bombarde... il lui semblait alors que l’adieu n'était qu'un au revoir.
   Une Gwerz comme on dit chez nous, un blues de basse Bretagne, et c'était bien de cela qu'il s'agissait...

   
   Extraits :
   
   - La pensée lui vint qu'il s'engageait peut-être dans un processus dangereux et que la machine pouvait le broyer, mais il rejeta l'idée. Il ne risquait rien, il ne demandait qu’à bénéficier de sa part du gâteau.
   
   - "Ultimatum" n'était pas suffisant, "mise en demeure" faisait carrément vulgaire, il laissait cela aux juristes.
   
   - C'était un jeu excitant, il pénétrait dans le cercle des affranchis. Encore un effort, une pincée de soupçons distillés dans la conversation, quelques mots a priori sans importance articulés d'un air rassuré. Intouchable, voilà ce qu'il devenait.
   
   - S'entendre avec Francis Gosciniak ? Oui, ça devait être possible, à condition de ne pas lui faire d'ombre et d'ignorer sa suffisance. Gosciniak était un petit con arrogant qui aurait probablement connu le succès.
   
   - Non, pas verte, mais Glaz, cette couleur indéfinie, ni bleu ni vert, la couleur de la mer.
   
   - La peur ou la culpabilité était des sentiments qui ne l'habitaient pas.
   
   - Je n'aimerais pas apprendre que tu as abusé de ma naïveté pour escroquer mes pensionnaires.
   
   - Dans son projet de rapport, Fran fait état d'une "chaîne de Pronzi". Il ne dit pas de quoi il s'agit.

critique par Eireann Yvon




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