Lecture / Ecriture
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Grossir le ciel de Franck Bouysse

Franck Bouysse
  Grossir le ciel
  Plateau

Franck Bouysse est un écrivain français né en 1965 à Brive-la-Gaillarde.

Grossir le ciel - Franck Bouysse

Cévennes taiseuses
Note :

   "Abel tendit la tronçonneuse à bout de bras, mais il ne la lâcha pas quand Gus voulut s'en saisir, comme pour montrer de quel côté se trouvait la force et la détermination, et que les mots qu'il allait dire étaient aussi affûtés que les dents de la chaîne.
   - C'est marrant c't'idée que j'arrive pas à me sortir de la tête.
   - Laquelle ?
   - Que j'suis pas certain que c'que tu veux vraiment est en rapport avec c'que tu m'demandes."
   

   Gus et Abel sont voisins. Voisins comme on peut l'être au fin fond des Cévennes, dans des fermes isolées, taiseux l'un et l'autre, se rendant service à l'occasion. Seulement depuis la mort des parents de Gus, avant c'était chacun chez soi, sans aucun contact et sans savoir pourquoi.
   
   Gus a pour seul compagnon son chien, Mars, une brave bête jamais très loin. Il sait vaguement qu'Abel a été marié, sans plus, dans des temps anciens qui semblent oubliés de tous. Ce n'est pas un milieu où l'on s'étale sur ses malheurs.
   
   En ce mois de janvier, Gus apprend à la télévision la mort de l'Abbé Pierre. Il est inexplicablement touché par cette nouvelle, qui l'accompagnera dans les semaines suivantes. Un beau matin, dans le quotidien bien réglé de la ferme, des coups de feu, une tâche de sang du côté de la ferme d'Abel et rien ne sera plus pareil. Une angoisse diffuse s'installe, les rapports bourrus des deux hommes se teintent de méfiance, chacun cherchant à décrypter ce que dit l'autre. Les échanges sont biaisés.
   
   Dans le même temps, d'inquiétants évangélistes sillonnent les terres enneigées, à la recherche d'ouailles manipulables. Il y a aussi le paysan du coin qui a su mener ses affaires et veut racheter toutes les petites exploitations alentours.
   
   Voilà une lecture épatante, qui fait oublier tout ce qui se passe autour de vous. On s'y croit dans les Cévennes, on voit bien les lieux, la solitude écrasante, les paysans qui vivent à l'ancienne, rudes, ayant une connaissance profonde de la terre et des bêtes. Gus ne descend qu'une fois par semaine au village pour faire des provisions et boire un canon. Sa rugosité ne l'empêche nullement d'appréhender ce qui se passe autour de lui. Il ne dit rien, mais il n'en pense pas moins.
   
   Les évènements vont le contraindre à se confronter à des secrets de famille très enfouis et à sa propre enfance dont on ne peut pas dire qu'elle fut douce et entourée d'affection. L'atmosphère est angoissante à souhait, la nature ne fait pas de cadeau non plus et pourtant elle est magnifiquement décrite. L'évolution de l'histoire réserve son lot de surprises, l'auteur nous mène où il veut, je n'ai rien anticipé.
   
   Une grande réussite.
    ↓

critique par Aifelle




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Deux taiseux
Note :

   Un bon petit roman noir grâce auquel d’un seul coup je me suis sentie transportée au pays de l’Epervier de Maheux, au fin fond des Cévennes.
   
   C’est un lieu dit : les Doges. Deux hommes vivent chacun dans deux fermes très proches, il a Gus qui a passé sa vie dans cette ferme isolée en compagnie de son chien Mars et il y a Abel, plus vieux que Gus et son presque ami, ils se prêtent un peu de matériel, ils boivent la goutte ensemble mais ça s’arrête là parce que leurs familles ont toujours été en bisbille et que cela ne s'efface pas si facilement.
   
   Les relations entre les deux hommes se mettent subitement à changer, Gus se sent un peu menacé sans savoir pourquoi, le lecteur aussi perçoit le changement et d’un seul coup la nature elle même devient angoissante.
   
   Il y a une grande habileté dans le récit, la vie fruste de ces deux hommes est parfaitement mise en scène, l’auteur distille juste ce qu’il faut pour que le contour des personnages change peu à peu, qu’y a t-il sous la carapace de ces deux là ?
   
   L’hiver est parfait dans cette contrée : froid, gel, neige, solitude, juste ce qu’il faut pour ajouter encore à l’angoisse à côtoyer ces deux taiseux.
   
   Je vous laisse jouir de ce roman que j’ai trouvé excellent, il est de la famille du Vampire de Ropraz de Chessex ou de Colline de Giono.

critique par Dominique




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