Lecture / Ecriture
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Trois gouttes de sang et un nuage de coke de Quentin Mouron

Quentin Mouron
  Trois gouttes de sang et un nuage de coke
  L’âge de l’héroïne

Trois gouttes de sang et un nuage de coke - Quentin Mouron

Tout abus nuit à la santé !
Note :

    Roman noir se passant à Boston, écrit par un jeune auteur natif de Lausanne, ce qui mérite une mention, car c’est, je pense, relativement rare. Et c’est en plus son premier roman édité en France. L’histoire se déroule sur une durée de trois jours.
   
    Nous sommes à Watertown, banlieue relativement calme de Boston. Normalement, car le monde change.
    Jimmy Henderson, un des plus vieux habitants du quartier, un homme connu et respecté, finit sa part de pizza dans son pick-up noir qui aurait bien besoin d’un grand nettoyage, le plancher ressemble en effet à une décharge municipale. Son fusil est contre le tableau de bord et sur le siège passager un morceau de carcasse de daim atteste que la chasse fut bonne ! Bref, une soirée comme une autre !
   
    Un peu de paix et un concert de musique classique dans le temple. Franck, jeune détective de New-York, fait la connaissance de Paul McCarthy, membre éminent de l’église de la Rédemption.
    Le calme est précaire. En effet on vient de découvrir le cadavre du vieux Henderson ; ce qui choque c’est qu’il est affreusement mutilé, son visage a été tailladé ! Vraiment pas un crime ordinaire et en plus sa langue a été coupée ! Et emportée.
   
    Franck, de son côté, regagne son hôtel, la neige tombe, tombe !
   
    McCarthy et ses hommes cherchent les causes de ce crime atroce ; un coupable idéal est bien vite trouvé, Alexander Marshall, petit ami de Laura Henderson. Celui-ci a des gestes pour le moins déplacés envers Julia, la fille de Laura, et Jimmy avait promis d’aller le dénoncer à la police ? Une raison suffisante pour le tuer aussi sauvagement ?
   
    On peut malgré tout se poser la question. Alors le policier et le détective, chacun de leur côté, vont mener l’enquête, et le résultat sera surprenant ! Les personnages principaux sont aussi opposés que possible ! L’un, Mac Carthy, est un policier de l’ancienne école, un ancien du coin qui connait son monde, marié et bon père de famille (on fait la prière avant de passer à table). Un homme sans histoire, avec malgré tout une double vie, l’une familiale et l’autre policière, c’est parfois dur de changer de casquette, et d’oublier la seconde pour profiter de la première !
   
    Franck est un être ambigu, amateur de cocaïne, de culture décadente, lecteur de Palédan qu’il lit en écoutant le requiem de Fauré, un personnage qui n’inspire vraiment pas confiance. Jeune homme d’affaires qui a réussi, il semble, au nom de "La Pureté", mettre sa vie en danger par idéalisme.
    Plusieurs ombres passantes ou trépassantes, un flutiste un peu porté sur la fête, un écrivain prétentieux dont la rumeur dit qu’il écrit lui-même des avis positifs sur ses œuvres, et des commentaires désagréables sur les écrits de ses confrères ! Un ancien comédien qui a eu son heure de gloire dans le monde du film hard, reconverti en directeur de club de fitness, un milliardaire trouble qui trempe dans des affaires peu légales, bref un beau panier de crabes !
   
    Une très belle écriture et des descriptions précises. J’ai, par exemple, beaucoup aimé les pages décrivant la nuit au "Jungle club" qui est très réussie, avec la ségrégation sociale régnant dans cet établissement.
   
   
    Extraits :
   
   - Bien sûr, il s'y attendait. Il a rencontré le shérif à l'Église de la Rédemption. Mais alors la musique, même mauvaise, donnait aux gens et aux choses une sorte de grandeur, de beauté. Là, dans le silence, dans la nuit, l'alignement des petites maisons blanches lui met au cœur un mélange de tristesse et de dégoût.
   
   - Dans le milieu des affaires, il ne faut être ivre qu'au bon moment. Cela convient, par exemple, lorsque l'on conclut un contrat avec un millionnaire chinois.
   
   - Chez eux, se détruire était un acte sérieux, mesuré, précis. Ce n'était pas de la débauche.
   
   - Les enceintes de la 300C diffusent l'Agnus Dei du requiem de Fauré dans la version qu'en donne Michel Corboze avec l'ensemble de Berne.
   
   - Il n'est pas si rare qu'un homme ayant été probe toute sa vie ne commence que sur le tard une carrière criminelle. Souvent, il est simplement acculé par les problèmes financiers qu'implique une retraite rachitique.
   
   - De ce lyrisme naissent les surnoms féeriques que la presse donne aux assassins : vampire de Düsseldorf, ordre de Santa Cruise, bêtes, monstres, démons.
   "Que l'on s'astreigne à moins de sensationnel et on aurait de belles surprises : l'électricien d'Amstetten, l'assureur d'Orlando, l'expert-comptable de Thunder Bay. Qui sait si nous n'avons pas affaire, Gomez et moi, au céramiste de Watertown ?"

critique par Eireann Yvon




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