Lecture / Ecriture
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L'intérêt de l'enfant de Ian McEwan

Ian McEwan
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  L'intérêt de l'enfant
  Dans une coque de noix

Ian McEwan est un romancier et scénariste britannique né en 1948.

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

Des thèmes majeurs
Note :

    Fiona, la soixantaine, est une brillante juge aux affaires familiales. Nous découvrons son quotidien de pénaliste à la plus haute fonction, celle de décider seule et toujours dans l'intérêt de l'enfant. Des décisions capitales qui dans certaines affaires sont un choix de vie ou de mort.
   
    Les derniers dossiers ont pesé sur l'équilibre de Fiona par la brutalité des histoires et sa responsabilité face aux hommes.
   
    L'affaire au cœur de ce roman captivant, est celle d'un tout jeune garçon Adam, bientôt 18 ans, atteint d'une leucémie. Une transfusion sanguine pourrait le sauver. Ses parents, témoins de Jéhovah, refusent tout comme Adam profondément croyant. Mais lui est encore mineur. Alors Fiona va le rencontrer sur son lit d'hôpital et découvre un jeune homme sensible, très intelligent, apprenant le piano sur son lit et passionné de poésie.
   
    Quelque chose se passe mais pas vraiment ce qu'imaginaient Fiona et Adam. Fiona ne s'est pas rendu compte du transfert que faisait Adam sur elle et sa vie. Elle lui ouvre un monde nouveau, lui qui n'a connu que le huis clos familial et religieux.
   
    Ce bref roman possède une profondeur réelle et des thèmes majeurs qui prennent beaucoup d'ampleur malgré le début un peu cliché sur le couple de Fiona qui traverse un passage à vide en ce moment. Mais c'est tout le talent de Ian McEwan de nous tenir en haleine face à cette question d'éthique qui martèle tout au long de la lecture : "Où se trouve l'intérêt de l'enfant ?"
    Doit on répondre par le respect à la foi profonde, aux convictions, doit on contraindre pour tenter de sauver et faire appliquer le traitement médical ?
   
    L'auteur écrit un roman remarquable où l'urgence est cruciale et impose une ambiance oppressante. Face à la froideur de la justice, il met en lumière des personnages fragiles et poétiques, juste humains.
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critique par Marie de La page déchirée




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Cas de conscience
Note :

   Titre original : The Child Act
   
   Fiona juge des affaires familiales presque 60 ans ; Jack son mari, professeur d’histoire à l’ université.
   
   C’est un couple assez réussi, beaucoup de points communs, la musique , l’histoire, la géologie, et jusque récemment le sexe, mais Fiona est hantée par l’affaire des bébés siamois où elle a dû trancher pour la séparation des deux petits pour sauver la vie de l’un en provoquant la mort de l’autre. Une décision raisonnable, que pourtant les parents ne voulaient pas prendre, au nom de leur foi religieuse. Le récit paraît tout de suite tourner autour de la séparation, et aussi de la responsabilité de Fiona qui incarne la justice!
   
   Bientôt Fiona doit juger l’affaire Adam Henry : ce jeune homme de 17 ans et demi, atteint d’une leucémie, dont l’état de santé et le traitement nécessitent des transfusions sanguines. Il est Témoin de Jéhovah, élevé ainsi par ses parents et membre de cette communauté très particulière, où l’on a décidé que recevoir le sang d’autrui est impur, est blasphémer contre ce cadeau de Dieu qu’est la vie qu’il nous a donnée.
   
   Les parents et leur fils étant opposés aux transfusions, Adam va vers une mort certaine. Certains textes stipulent que à partir de 16 ans, l’avis du malade doit être pris en compte,
   
   Elle se rend au chevet du garçon, vu l’urgence, pour se rendre compte si ce refus de transfusion est personnellement réfléchi ou s’il est manipulé par la communauté des TJ ; on remarque que beaucoup d’affaires à traiter sont liées à l’extrémisme religieux…
   
   Sa rencontre avec Adam est différente de ce qu’elle avait imaginé ; le garçon est bien de son âge, romantique, rêveur, écrivant des poèmes, prêt à sacrifier son existence ; très engagé dans cette foi délirante… et en même temps d’une intelligence aiguë ; Fiona et lui finissent par interpréter une ballade traditionnelle irlandaise ( Down the Sally Gardens) lui au violon, elle au chant.
   
   Puis Fiona prendra la décision qui s’impose autoriser la transfusion ; le garçon sort de l’hôpital et reprend une vie normale ; sauf que c’est Fiona qui a pris la place de Dieu...
   
   Les personnages de Fiona et d’Adam sont assez bien, les seconds rôles en revanche, m’ont ennuyée. Et toutes ces relations à propos d’affaires de la part des collègues (notamment son collègue musicien) sont longues et pénibles. la réunion des juges à Newcastle, avant que ne se produise quelque chose, quel ennui!
   
   Dans l'ensemble, j'ai senti peu d'invention d'écriture à travers la traduction. Le conflit entre Fiona et Jack est présenté de façon banale; j'ai eu du mal à m'y intéresser.
   
   Le sujet du livre est très intéressant, et l'intrigue menée correctement; et pourtant tout cela tombe un peu à plat, alors que j'aurais dû me passionner pour cette histoire! Je crois que l'écriture, le choix des mots est trop conventionnel ici, que cela manque d'inventivité.
    ↓

critique par Jehanne




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Complexité et sensibilité
Note :

   J’avais lu il y a des années L’enfant volé, depuis les thèmes des romans de Ian McEwan n'avaient pas fait tilt.
   
   Son dernier roman par contre m’a attiré immédiatement car j’ai été confronté dans mon travail à des personnes refusant des soins pour eux ou leurs enfants au nom d’une croyance totalement incompréhensible.
   
   Ici ce n’est pas le médecin qui est sur la sellette mais une juge. Un adolescent Adam Henry atteint de leucémie doit être transfusé sous peine de mourir mais les parents et le jeune homme refusent au nom de leur foi de Témoins de Jehovah, l’adolescent n’est pas majeur et la justice, par la voix de Fiona Maye, doit se prononcer.
   
   C’est une juge expérimentée, scrupuleuse, mariée à son travail. Elle n’a jamais eu d’enfant et sa seule vraie passion est la musique.
   
   Elle a fait la une des journaux pour son jugement récent sur la séparation de deux frères siamois contre l’avis de leur famille.
   
   Comment va se positionner cette femme, comment à la fois tenir compte de l’intérêt d’un adolescent et respecter en même temps la liberté de penser, de croire ?
   
   C’est un roman très dérangeant, on suit cette femme dont la vie personnelle est en train de basculer et qui s’efforce de rester une protection pour le plus faible.
   
   Comme souvent dans ce cas les médias se sont emparés de l’affaire ce qui ne contribue pas à conférer de la sérénité aux débats.
   
   Fiona Maye va choisir de rencontrer le jeune homme à l’hôpital.
   
    Un roman d’une grande efficacité, le lecteur se sent par moments manipulé et un malaise finit par s’installer. C’est formidable de justesse et l’intérêt progresse jusqu’à la dernière page. L’auteur s’interroge sur le bien fondé de certains choix, sur la complexité des positions que peuvent prendre famille et justice.
   
   Un roman d’une belle complexité et d’une sensibilité intense.

critique par Dominique




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