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La cache de Christophe Boltanski

Christophe Boltanski
  La cache

La cache - Christophe Boltanski

335 pages et un premier roman totalement réussi !
Note :

   Prix Femina 2015
   
   Ce livre s’ouvre sur l’image d’une voiture, pas n’importe laquelle, mais celle de la voiture familiale : une Fiat 500 lusso de couleur blanche. A son volant, Mère-Grand aux jambes invalides à cause d’une polio contractée dans les années 1930. Une grand-mère appelée ainsi par ses petits-enfants à sa demande.
   L’hôtel particulier rue de Grenelle à Paris était bien plus que leur habitation, il était leur antre et leur nid. Derrière ses jolies façades de type chic, l’intérieur était à l’image de leur façon de vivre assez (ou très) particulière.
   
   A partir de chaque pièce de cette maison, Christophe Boltanski retrace l’histoire de son clan. Son grand-père Etienne était un médecin qui défaillait la vue du sang. Son épouse Marie-Elise tenait à avoir ses enfants toujours près d’elle. Un instinct de louve mêlé à celui de l’amour maternel. Pas d’éducation à strictement parler pour les enfants, pas de repas équilibrés pris à heures fixes et pas d’école obligatoire. Etienne était l’enfant unique d’un couple d’émigrés juifs venant de Russie. Un homme né ne France, qui aimait son pays et qui s’est battu pour lui mais l’étoile jaune lui a montré un autre visage de la France qu’il ignorait. Marie-Elise, elle, avait été confiée par ses parents à une tante célibataire.
   
   A travers des anecdotes qui sont quelquefois quasi-surréalistes, drôles (on imagine mal six personnes partir sur les routes en vacances dans une Fiat 500 et même y dormir) ou qui nous ramènent à des heures sombres de l’histoire, l’identité jalonne ce livre. Car qui est-on quand on doit se cacher ?
   
   A partir des souvenirs entendus et probablement déformés sur ses aïeuls paternels qu’il n’a pas connus, l’auteur se lance dans une quête sur l’origine de ses racines.
   
   La grand-mère de Christophe Boltanski est le pilier de cette famille atypique, attachante et de ce livre vraiment très, très intéressant. Il y a beaucoup de choses que l’on apprend sur ses grands-parents (et en particulier sur sa grand-mère) mais en dire plus serait gâcher le plaisir des futurs lecteurs aussi je ne préfère ne pas en dire plus.
   
   Un très bon premier livre, maîtrisé, vivant et où l’on ressent une vraie modestie de la part de l’auteur (certains auraient, avec fierté ou orgueil, mentionné les titres, les professions des oncles, du père et de la tante mais lui non).
   
   Cela peut paraître étrange de commencer la description d'une maison par sa voiture. La Fiat 500, tout comme sa grande sœur suédoise, constitue la première pièce de la rue de Grenelle, son prolongement, son sas, sa partie mobile, sa chambre hors les murs, ses yeux, son globe oculaire. À l'égal d'un foyer, elle forme un univers fini, rond, lisse, aussi chaud et rassurant qu'un coin du feu.
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critique par Clara et les mots




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Roman autobiographique
Note :

   Présenté comme un roman, ce récit de Christophe Boltanski appartient sans doute davantage au genre autobiographique, bien qu’il ne concerne pas seulement son auteur. Car en réalité, le journaliste de l’Express consacre son premier "roman" à la saga de ses ancêtres — Entendez par-là essentiellement ses grands-parents. Grâce à une astuce assez fine que Christophe Boltanski apparente à une partie de Cluedo, le récit s’articule autour de la géographie des lieux ; nous quittons peu l’appartement établi dans un hôtel particulier de la rue de Grenelle, en commençant par la plus petite cellule de ce logis tribal, la Fiat 500. Cette voiture en vogue dans les années 50-60, surnommée en son temps "pot à yaourt", sert longtemps aux transports quotidiens de la famille dans Paris. On note l’humour et la dérision des descriptions, étonnantes, de "Mère-Grand" au volant de l’engin, déposant son mari Étienne, médecin des hôpitaux de Paris et Professeur émérite de la Faculté. Mère-grand ne se déplace qu’en tribu, telle une reine abeille perpétuellement entourée de ses extensions familiales, enfants puis petits-enfants.
   
   Progressivement, de pièce en pièce, selon le schéma qui introduit chaque chapitre, nous allons découvrir à la fois quels sont les protagonistes de cette famille singulière, et les raisons de ce comportement tribal. Au fil du récit, se dessine une vie en retrait, chacun s’associant à un territoire spécifique, Jean-Élie, oncle de Christophe, est associé à la cuisine, comme Christian, un autre oncle le sera plus tard dans le récit à son atelier du second étage de l’immeuble. Toutefois au fil de la progression dans la visite des lieux, l’intérêt du récit se concentre sur la personnalité excessive de Marie-Élise, alias Myriam, alias Annie Lauran, la fameuse grand-mère de l’auteur.
   
   Cette femme, au destin très particulier, apparaît comme une battante. Dès l’enfance où elle est quasiment vendue à une "marraine" d’adoption, qui l’élève dans un monde clos, déjà, où la bigoterie le dispute au conformisme et au quand dira-t-on, Marie-Élise, devenue Myriam, se sent marginale. Atteinte de poliomyélite alors qu’elle est déjà jeune adulte, elle n’accepte pas son handicap et s’insurge contre quiconque prétend l’aider, si ce n’est un membre désigné de sa famille. Son mari Étienne, Grand-papa, si doux, si sensible, si effacé en apparence aux yeux du petit Christophe, un médecin dont la main tremble quand il lui faut vacciner ses petits-enfants, a été élevé par une mère assez excentrique, issue d’une famille juive d’Odessa. Beaucoup de personnalités exubérantes donc à l’origine des gènes Boltanski, ce qui apparemment leur permet à tous de se réaliser, soit dit au passage. Étudiant, le jeune homme fréquente André Breton avant de se tourner résolument vers la pratique de la médecine, et de servir au front pendant la grande guerre. Intellectuellement brillant, ce n’est pourtant pas un homme qui se met en avant, au fur et à mesure du temps, il semble s’effacer devant la volonté tenace de sa femme. Et c’est bien elle qui le sauvera de la déportation en organisant la mise en scène de leur divorce, de sa prétendue fuite, de sa vie recluse dans la cache qui donne son titre à l’ouvrage. Il est évident que la force des liens tissés par cette femme a constitué une cellule familiale à la fois généreuse et oppressante, dont l’auteur cherche peut-être à se dégager en écrivant leur histoire.
   
   Histoire devenue roman, donc, puisque de son propre aveu, Christophe Boltanski n’a cherché qu’à donner sa vision des faits et des personnes, en un portrait sincère et détaché, où l’affection ne nuit pas à la lucidité. À cet égard, c’est un roman touchant.
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critique par Gouttesdo




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Histoire de/et famille
Note :

    Récompensé par le Prix Femina 2015, le premier roman de Christophe Boltanski retrace l'histoire de sa famille sur trois générations à travers le siècle.
   
    Au cœur de cette autobiographie, le drame de la judéité est analysé à partir des parcours des différents protagonistes. Comment se construire, vivre en fuyant, se cachant, falsifiant sa nationalité et son nom. L'exil et la peur de l'abandon deviennent pour eux un quotidien qu'ils embellissent par le vivre ensemble, soudés tout le temps.
   
    Construit autour des pièces d'une grande demeure parisienne, Boltanski nous raconte avec des mots d'amour et d'humour sa famille, dont la figure emblématique était Myriam la grand-mère pétulante, handicapée et décalée.
   
    Plus qu'une famille une tribu juive et c'est le charme et la force de ce roman très nostalgique.
   
    La cache est l'endroit dans l'appartement où le grand-père médecin, juif va se cacher pendant la guerre.
   
    C'est un livre rempli d'anecdotes cocasses et jubilatoires, mais Boltanski a sondé à travers un quotidien anticonformiste, le déracinement qui se transmet comme une névrose familiale.
   
    Une famille extravagante qui vit repliée sur elle-même, les uns avec les autres avec une touche de folie qui les a empêché de sombrer.
   
    Malgré la construction littéraire originale et la grande subtilité de l'auteur à raconter sa famille, la lecture n'est pas toujours facile. Si les personnages sont foisonnants, on se perd dans les multiples noms et surnoms empruntés ou donnés pour de multiples raisons il est vrai. Les anecdotes se suivent sans cesse, souvent curieuses ou drôles mais on ne se retrouve pas toujours dans ce labyrinthe familial.
   
    Un livre intéressant parce qu'il permet de connaître la famille Boltanski dont certains membres ont connu et connaissent une certaine notoriété.
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critique par Marie de La page déchirée




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La plume légère
Note :

   "Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la nourriture avariée. Des oeufs pourris. Des foules et de leurs préjugés, de leur haines, de leurs convoitises. De la maladie comme des moyens mobilisés pour la contrer. Du comprimé absorbé après une lecture attentive du dictionnaire Vidal. De l'asphyxie au gaz de ville. D'une noyade en mer. D'une avalanche en montagne. Des voitures. Des accidents. Des porteurs d'uniforme. De toute personne investie d'une autorité quelconque, donc d'un pouvoir de nuire. Des formulaires officiels. Des recours administratifs. De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses. Du blanc qui présuppose le noir. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. Des Français qui se définissent comme bons, par opposition à ceux qu'ils jugent mauvais. Des voisins indiscrets. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr".
   

   Quelle famille, mais quelle famille ! C'est forcément la réflexion qui vient toute seule tout au long de la lecture de ce mélange fiction/réalité assez fascinant.
   
   L'auteur a choisi de nous présenter sa famille-gigogne à travers le filtre de chaque pièce du grand appartement de la rue de Grenelle à Paris, en commençant par la voiture, considérée comme une extension de l'appartement.
   
   "La cache" est un "entre-deux" au cœur de l'appartement qui a servi à dissimuler le grand-père juif, Etienne, pendant la deuxième guerre mondiale. Le récit n'est pas chronologique mais va et vient entre les époques et la généalogie, au fur et à mesure que nous progressons dans les pièces de l'appartement, lieu où le clan se resserre jusqu'à dormir tous dans la même chambre.
   
   La famille est dominée par la personnalité de la grand-mère, Myriam, née Marie-Elise dans une famille pauvre de Rennes, et adoptée par une riche "bienfaitrice" qu'elle détestera. Atteinte de poliomyélite, elle refusera toujours de se laisser dominer par le handicap et fera tout pour le faire oublier.
   
   Dans la famille, je connaissais Christian Boltanski, l'artiste, vaguement Luc, le sociologue et c'est tout. Je n'imaginais pas une histoire familiale aussi originale et touchante. Je ne regarderai plus les œuvres de l'artiste plasticien de la même manière. C'est une histoire liée à l'exil, aux origines, l'identité, la religion. Rien de lourd dans ce récit, l'auteur a la plume légère, un peu distante, mais très tendre envers cette curieuse famille qui l'a forgé.
   
   Un prix Fémina 2015 mérité en espérant que d'autres romans suivront.

critique par Aifelle




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