Lecture / Ecriture
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Flaubert à la Motte-Picquet de Laure Murat

Laure Murat
  La maison du docteur Blanche
  Passage de l'Odéon
  Flaubert à la Motte-Picquet
  Relire

Laure Murat est une historienne et écrivaine française née à Paris en 1967.

Flaubert à la Motte-Picquet - Laure Murat

Littérature, le transport en commun
Note :

   Là aujourd’hui, il fallait absolument que je vous parle de ce tout – trop petit livre – de Laure Murat. J’adore cette auteure depuis "Passage de l’Odéon " qui m’avait fait découvrir Sylvia Beach et Adrienne Monnier (et surtout beaucoup rêver). Je suis allée à la librairie et je l’ai pris.
   
   Je suis rentrée à la maison et je l’ai lu tout de suite, en une heure. 8 euros en une heure. Vous pouvez répliquer que j’ai mangé mon sandwich plus rapidement et que j’y ai pris moins de plaisir. Je ne vous dirai rien.
   
   Pour ceux qui l’ignorent, ce livre est le compte rendu du projet de Laure Murat de noter tous les livres qu’elle voit les gens lire dans le métro parisien (elle a aussi essayé à Los Angeles et New-York mais visiblement ce n’est pas pareil). Aujourd’hui, elle enseigne aux États-Unis mais pour son enquête sur la relecture, elle a séjourné un peu à Paris, deux années de suite. Ce projet est né d’une idée qu’elle a volé à un monsieur qui faisait cela dans le métro.
   
   On trouve ses relevés en fin de livre mais j’en reparlerai après. Le corps du texte restitue plutôt ses impressions au cours du projet. C’est ce que j’ai adoré bien évidemment. Un des seuls plaisirs quand vous prenez les transports parisiens est de regarder ce que les autres lisent. Il y a les femmes, la quarantaine, qui lisent plutôt les best-sellers de Gilles Legardinier ou de Katherine Pancol, les jeunes demoiselles qui sont plutôt Marc Levy. J’avoue que je passe vite sur ces personnes-là parce qu’en général je connais le livre. J’avoue que cela ne m’intéresse pas parce que je ne les associe à rien. Je guette plutôt le livre atypique ou le livre que je ne connais pas. J’ai ainsi croisé un jour un lecteur de "Ainsi parlait Zarathoustra" dans un RER bruyant, un lecteur de "Pâques sanglante"s de Iris Murdoch (pourquoi lisait-il ce livre?), des lecteurs d’essais avec des sujets complètement improbables. Quand vous essayez d’associer le lecteur au livre, l’imagination part tout de suite ou si vous n’avez pas le temps de l’observer vous vous faites un commentaire comme quoi il doit être beaucoup plus intéressant que ce dont il a l’air.
   
   J’ai trois lecteurs que je surveille tout le temps car ce sont des habitués de mon RER B du matin. Il y a un jeune monsieur, très sérieux, qui monte tous les matins à Parc de Sceaux avec son Kindle, sa chemise marron et ses lunettes aux tours noir. Il s’assoit toujours à la même place, lit sans se déconcentrer jusqu’à Châtelet. Il a l’air d’être l’efficacité même, dans sa personne mais aussi dans sa lecture. C’est quelque chose de tout à fait fascinant car même en l’observant, je n’arrive pas à le voir tourner les pages.
   
   Il y a un monsieur qui ressemble à George Martin, l’auteur du Trône de Fer, que je croise uniquement le mardi ou le jeudi et qui lui lit des livres de science fiction mais qui ont plutôt l’air typé young adult. Il est marié et toutes les fois, je me dis qu’il n’a plus l’âge de lire cela mais que c’est peut être pour les conseiller à son fils ou pour se sentir proche de lui. Ou sinon il a une vie cachée. Il monte avant moi donc je ne peux pas savoir où il habite sinon j’aurais pu me faire encore plus de films.
   
   En parlant d’une qui monte avant moi, il y a la plus fascinante du monde, celle qui se promène avec un Tote Bag de la librairie Charybde. Elle est là tous les jours sauf le vendredi, va à La Défense, et lit aussi sans décoller son nez du livre. Pratiquement tous les jours, elle a un nouveau livre, même si celui de la veille était très gros. Souvent je n’ai absolument jamais entendu parler d’aucune de ses lectures. Vu l’heure, elle ne peut pas travailler aux librairies de La Défense donc je m’interroge sur ce qu’elle fait, qu’elle est sa vie pour pouvoir lire autant et si vite. Je suis pratiquement sûre que l’on pourrait devenir amies (elle a l’air complètement atypique avec des cheveux multicolore et des vêtements très colorés). En tout cas, j’adorerais discuter avec elle.
   
   Laure Murat arrive à retranscrire très bien le fait qu’observer les gens qui lisent ouvrent un autre monde sur leurs vies (c’est très intime de regarder les gens réagir à leur lecture), le fait qu’en les observant, en tant que lecteur, surtout quand on a lu leur livre, on se sent plus proche d’eux que des autres voyageurs (il n’y a un peu rien à observer chez les autres mais bon, on ne va pas insister dessus).
   
   J’ai trouvé très intéressante son observation sur le fait que les trajets en métro sont courts, ce qui joue forcément sur les lectures. En fait, en regardant ses listes, je suis surprise des titres relevés car ce n’est clairement pas des lectures de banlieusards. Je n’en ai vu que très peu du même type (il y a peu de classiques anciens sur mes trains mais par contre plus de classiques contemporains). Il y a plus de livres dans les RER que dans les métros visiblement (je parle pour l’heure de pointe ou les heures en journée dans mon cas). Je n’avais pas réfléchi aux trajets plus longs mais maintenant cela me semble normal.
   
   Ce qui est bien avec Laure Murat, c’est l’impression que l’on a d’être avec une femme "normale". Elle ne sacralise pas la lecture, ne se moque pas. Elle aime lire en électronique (combien d’auteurs "reconnus" osent le dire) !!! J’ai adoré le fait qu’elle s’énerve de ne voir aucun titre sur les appareils. J’ai admiré son stratagème pour retrouver le fameux titre, en ne notant qu’une phrase et en la cherchant sur internet. C’est des choses que n’importe quelle lectrice / quel lecteur acharné(e) pourrait faire.
   
   Comme tout le monde ne prend pas les transports parisiens, j’aimerais bien connaître vos observations sur les différents trains que vous prenez : TGV, Grandes Lignes… Y a-t-il plus de lecteurs que de lectrices ? Observez vous des livres qui sortent des sentiers battus ? Osez-vous aborder les gens comme Tu lis quoi pour mieux les connaître ? Êtes vous entraînés à reconnaître les couvertures des différentes éditions ?
   
   P.S. Je ne sais plus si je vous ai déjà parlé de mon trajet du 2 janvier 2011 pour rentrer dans le Sud après les fêtes de Noël. Le TGV première classe était blindé avec des gens énervés qui criaient. Il y avait une femme qui explosait de rire régulièrement en lisant "L’Oiseau Canadèche" (avant que tout le monde en parle), tout en laissant ses enfants à son mari un brin débordé. Je ne l’ai toujours pas lu mais je suis sûre qu’il me plaira quand je le lirai, rien que pour ce souvenir.
   
   J’ai fait un billet un petit peu blabla mais c’est toujours ce que j’ai envie de faire sur les livres qui parlent de livres et de lecteurs. J’attends vos anecdotes avec impatience.
    ↓

critique par Céba




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Règlement de comptes à Pas Ok du Tout
Note :

    Un livre offert (...merci !) qui a surtout le mérite d'être court. C'est dommage d'écrire cette première phrase péremptoire qui casse un peu ce minuscule opuscule car son sujet était très prometteur. Mais je l'ai trouvé vraiment mal traité (maltraité?)... et pourtant son auteure est professeur d'université.
   
    Laure Murat propose de nous faire découvrir ses pérégrinations dans les métros de Paris, (principalement), Los Angeles et New York (rapidement) en répertoriant les livres lus par les passagers. Elle nous confie d'ailleurs dans le chapitre 1 qu'elle a piqué l'idée en regardant par-dessus l'épaule d'un voyageur du métro qui notait dans un carnet les titres des livres de ses voisins de banquettes.
   
   Le bandeau de la jaquette dit pour nous allécher "Qui lit quoi dans le métro? Je m'attarde sur les quais, je rôde dans les couloirs avec des yeux de mouche...". Et bien Laure Murat aurait bien fait de flâner un peu plus... de s'attarder un peu plus sur les quais et tout simplement de prendre plus souvent le métro !!! Cela lui aurait permis d'être plus concentrée sur son sujet et de moins discourir dans tous les sens et parfois carrément hors contexte !
   
    Son propos est aussi tellement critique, aigri et râleur...Tout y passe: la littérature Harlequin (Madame Murat nous fait savoir qu'elle consulte Wikipédia pour savoir qui est Nora Roberts, sans doute est-elle tellement au-dessus de ce genre littéraire...?), la bibliothèque nationale de France est qualifiée d'immonde; notre auteure règle ensuite ses comptes avec les écrivains Eric-Emmanuel Schmidt à qui elle donne des conseils de scenario et à David Foenkinos à qui elle consacre un chapitre entier pour le vilipender pour son comportement lors du salon du livre (!); pire, au chapitre 17, elle prend même un lecteur de Foenkinos à témoin pour le dézinguer...; la SNCF en prend aussi pour son grade lorsqu'elle compare la durée de son trajet de Montmartre à Blois à un vol pour New York. Affligeant.
   
    Il y a aussi ses prises de position, ses points de vue qui n'engagent qu'elle (l'intérêt pour les tablettes, la fin annoncée de la télévision...?) Et aussi un manque de poésie, de simplicité évident dans l'écriture. Un chapitre est lamentable c'est le 7ème qui commence par ces mots "J'avais besoin d'un titre." Deux pages (heureusement les chapitres sont courts...) à accoler de grands écrivains français à des stations de métro (Rimbaud à Bir-Hakeim, Aragon à Stalingrad...).
   
    J'ai aussi beaucoup détesté le chapitre12 où Laure Murat rapproche ses relevés (elle a comptabilisé 172 livres dans le métro) d'une étude IPSOS faite quelques mois plus tard et qui analyse le lectorat français. Des statistiques donc... mais quel est l'intérêt?
   
    Le chapitre 15 aborde le "reading"... où elle nous explique vaguement ce que peut être la "distant reading" et la "close reading"... très didactique, certes. Mais peu intéressant, le lecteur n'est pas sur les bancs de l'université de Californie.
   
    Bon j'arrête, j'essaie de positiver. J'ai bien aimé ces mots page 49 quand l'auteure revient à Paris mais ne s'y sent plus très bien. "Paris est devenu un décor, trop intime pour être surprenant, trop distant pour être familier. Je n'ai ni la mélancolie de l'autochtone, ni le frisson de l'autochtone. Me voilà à la pliure de la page, zone franche."
   
    A mon sens, il y avait vraiment vraiment mieux à faire avec ce thème, il aurait fallu vraiment se pencher derrière, au-dessus des épaules de lecteurs. J'aurais tant aimé voir de l'humanité derrière ces livres lus dans le métro, lire des lignes qui imaginent des vies associées à des lectures. Et même si Laure Murat s'en rend compte page 58
   "Il faudra que je fasse plus attention aux lectrices et aux lecteurs".
   
C'est alors trop tard pour un bien triste aveu.
    ↓

critique par Laugo2




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Mais si !
Note :

    Mise en abyme ou pas, ce livre serait parfait à lire dans le métro : court (moins de 100 pages), amusant, passionnant (risque de rater la station?), brefs chapitres, occasion de réfléchir et regarder autour de soi. L'idée n'est pas d'elle, Laure Murat a noté les lectures des usagers du métro, sans chercher vraiment la grosse étude sociologique, et présenté le résultat (en annexe) , le corps du livre consistant en observations et réflexions.
   
    Tiens, le choix du titre! Elle s'amuse beaucoup à imaginer les ambigus (Sartre à Saint-Germain des Prés ou Pascal à Port-Royal), évite Sade à Bastille ou Proust à Madeleine, refuse Mary Higgins Clark à Créteil-Préfecture, pense à Queneau dans le métro, pour finalement se fixer sur Flaubert à la Motte-Piquet.
   
    Citant Walter Benjamin : "On ne lisait pas en diligence et on ne lit pas en auto. La lecture de voyage est tout aussi inséparable du déplacement en chemin de fer que l'arrêt dans les gares."
   

    Comme dans son précédent livre (Relire), Laure Murat s'attache à une pratique accessible à tous, que ce soit lire dans le métro ou noter les lectures. Sur Facebook j'ai repéré une personne proposant des photos prises dans le feu de l'action de livres lus dans les transports en commun. Et vous, pouvez-vous résister à l'envie de savoir ce que lit la personne à côté ou en face? (moi, non)

critique par Keisha




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