Lecture / Ecriture
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Autour de ton cou de Chimananda Ngozi Adichie

Chimananda Ngozi Adichie
  L’autre moitié du soleil
  Americanah
  Autour de ton cou
  Nous sommes tous des féministes
  L’Hibiscus pourpre
  Chère Ijeawele

Chimamanda Ngozi Adichie est une écrivaine nigériane née en 1977.

Autour de ton cou - Chimananda Ngozi Adichie

Qui l'on veut être
Note :

   Nouvelles initialement publiées dans des revues, réunies en recueil en 2009.
   
   Dès que l'on commence à lire "Autour de ton cou", recueil de douze nouvelles, on se sent très vite pris comme dans un étau, qui se resserre au fil de la lecture. On ne sait pas très bien à quel moment on manquera de souffle, on guette, pour ne pas se laisser surprendre, les moindres signes, regardant dans la direction d'où proviendra sans doute le danger, mais il ne surgit pas là où on l'attend. Chaque fois l'auteure nous entraîne dans les abîmes de la conscience, afin d'accomplir avec le personnage l'éprouvant chemin qui le ramène à la surface. C'est un chemin au cours duquel le personnage se dénude petit à petit, se révèle à lui-même ou aux autres.
   
   En dehors de la nouvelle "Fantôme", où le narrateur est un homme, toutes les nouvelles mettent au premier plan des femmes. Des femmes qui se racontent. Des femmes qui prennent conscience de leur condition. Des femmes qui sont toujours considérées comme un objet de plaisir. Comme un objet tout court. Des femmes qui en ont assez d'être ce que les autres ont voulu - ou veulent - qu'elles soient et qui décident qu'il en sera autrement. Bref des femmes puissantes, pour reprendre le titre de Marie N'Diaye. Elles ont beau s'être laissées conduire comme des petites filles jusqu'au lieu où sera sacrifiée leur liberté d'action, leur liberté d'opinion, elles ont assez de force pour dire "Non !" au dernier moment, quoi qu'il leur en coûte. Ces femmes font l'expérience déterminante de la "réalisation de soi" (page 256). Ont-elles le cran de le faire dans la vraie vie, au quotidien ? Pour pouvoir le faire, il faut déjà croire que ce soit possible, il faut entrevoir cette possibilité de donner un autre cours aux choses. Ce recueil invite à rompre avec cette "habitude d'accepter ce que la vie donnait, d'écrire sous sa dictée." (page 163).
   
   Contrairement à "L'Hibiscus pourpre" et à "L'autre motié du Soleil", les deux romans de l'auteur qui ont le Nigéria pour cadre même si les personnages séjournent parfois à l'étranger, avec les nouvelles qui composent "Autour de ton cou", le lecteur se trouve à cheval entre le Nigéria et les Etats-Unis. Ces nouvelles posent le problème de l'identité, de la construction de soi. Qui l'on est ? Qui l'on veut être ? Veut-on être soi ou préfère-t-on ressembler à... ?
   
   Les sujets abordés sont pourtant nombreux : la relation conjugale, le couple mixte, l'amour, l'homosexualité, l'art, la foi et la religion, l'éducation des enfants, l'immigration, la vie après la mort... mais au-dessus de tous, il y a cette malheureuse propension à s'afficher, à montrer que l'on est ceci ou cela, on se construit une vie dans le but de taper dans l’œil des autres, de susciter leur admiration. Une vie qui n'est en fait qu'imitation, comme le titre d'une des nouvelles, mais que l'on exhibe comme un trophée. Pourquoi perdre son temps et son énergie à "donner une représentation de sa vie, au lieu de la vivre" ? (page 205) Cette fâcheuse tendance à l'affectation trouve son paroxysme dans la nouvelle "Les marieuses", où l'époux de l'héroïne s'attire le mépris du lecteur à vouloir combattre tout ce qui trahit leur origine nigériane, il est tellement ridicule, mais ce ridicule-là on le croise tous les jours : combien d'Africains ne décident-ils pas de ne plus parler leurs langues, de changer leurs noms, de mutiler leur être, croyant ainsi gagner plus de respectabilité de la part du Blanc, comme si celui-ci était le baromètre du monde ?
   
   Adichie ravit une fois de plus avec cette écriture qui laisse une grande part à la suggestion. Tout n'est pas dit, mais le lecteur tire les conclusions nécessaires, mieux que le personnage parfois.

critique par Liss Kihindou




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