Lecture / Ecriture
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Gros œuvre de Joy Sorman

Joy Sorman
  Boys, boys, boys
  Comme une bête
  La peau de l'ours
  Gros œuvre

Joy Sorman est une écrivaine française née en 1973.
En 2005, elle a reçu le prix de Flore pour son premier livre "Boys, boys, boys".

Gros œuvre - Joy Sorman

Habiter
Note :

   A travers treize nouvelles, Joy Sorman tente de décrypter, avec beaucoup d’originalité et un certain talent, la signification moderne de l’habitat. Pour cela, l’auteur choisit de recourir à treize personnages profondément différents, acteurs ou observateurs de cet acte fondamental pour un humain qu’est de choisir et d’investir un lieu.
   
   L’originalité de Joy Sorman tient à ce que son regard ne fait pas qu’embrasser les variétés d’habitat moderne que sont le pavillon de banlieue ou l’appartement sous toutes ses formes. Bien au contraire, elle va aussi s’intéresser en quoi un habitat délabré, sur le point d’être démoli peut devenir un prétexte à une création artistique, à un point de vue non essentiel mais qui permettra à celles et ceux qui acceptent une démarche différente d’envisager autrement le monde qui nous entoure.
   
   Aussi suivrons-nous avec un intérêt toutefois inégal, la qualité des nouvelles n’étant pas suffisamment homogène, une cohorte de paumés ou d’originaux qui tentent de donner un sens non traditionnel au fait d’occuper un lieu.
   
   Du bricoleur de génie qui mettra vingt-cinq ans à bâtir de ses propres mains son pavillon personnel, au point d’en oublier de vivre, de ne plus penser et agir que pour modifier ou aménager l’œuvre de sa vie à la vieille prostituée tzigane qui ne reçoit plus que des clients triés sur le volet dans un luxueux camping-car dernier cri, du fantassin allemand enfermé dans son bunker d’acier et de béton à attendre l’arrivée de l’ennemi, perclus d’arthrose à force d’être accroupi, à moitié fou de ne pouvoir sortir, confiné pendant des mois d’un ennui mortel à la jeune célibataire qui achète sur ses prouesses techniques intrinsèques un mobil-home, symbole ultime des derniers progrès de l’industrie du bâtiment, sans savoir vraiment où le faire transporter, il semble bien que le propos de l’auteur soit de nous conter en quoi la folie ou à tout le moins l’originalité peuvent se nicher en chacun de nous.
   
   Une originalité qui confinera alors à la démence lorsque l’artiste transformera son pavillon en coffre blindé entièrement carrelé de faïence blanche au point d’en faire une quasi morgue avant que de la détruire de ses propres mains. Folie encore que celle d’un artiste américain qui découpe d’impeccables perspectives géométriques à la scie circulaire dans des immeubles sur le point d’être détruit.
   
   Ou bien encore, utopie moderne observée dans l’expérience qui consiste à rassembler 450 jeunes gens volontaires pour les faire cohabiter dans un habitat collectif modulaire et modifiable, exclusivement réalisé par assemblage d’éléments d’échafaudage.
   
   Bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas habiter au sens traditionnel dont il est question ici et c’est ce qui fait l’intérêt de cet opuscule qui sort des sentiers battus.

critique par Cetalir




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