Lecture / Ecriture
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En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut

Olivier Bourdeaut
  En attendant Bojangles

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut

Nina Simone
Note :

   Grand Prix RTL-LIRE 2016
   
   Prix Roman France Télévisions 2016

   
   "Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l'après-midi. Parfois je dansais avec eux. Ils dansaient avec des façons vraiment incroyables, ils bousculaient tout sur leur passage, mon père lâchait ma mère dans l'atmosphère, la rattrapait par les ongles après une pirouette, parfois deux, même trois. Il la balançait sous ses jambes, la faisait voler autour de lui comme une girouette, et quand il la lâchait complètement sans faire exprès Maman se retrouvait les fesses par terre et sa robe autour, comme une tasse sur une soucoupe".
   

   Ce premier roman a été suffisamment vu déjà sur les blogs pour que vous sachiez que le titre est celui d'une chanson de Nina Simone, qui a une place importante dans l'histoire. Histoire racontée d'abord à hauteur d'enfant, le petit narrateur nous entraîne dans une enfance apparemment idyllique. Un père qui embellit en permanence le quotidien de ses fabuleux mensonges, une mère hautement fantaisiste qui n'aime que danser, s'amuser, inventer, entourée d'une multitude d'amis. C'est la fête tout le temps dans un grand appartement parisien ou un château en Espagne.
   
   Assez vite, arrivent en contrepoint des extraits du journal du père qui ramène à la réalité nettement moins rose. Sous les bulles de champagne rôde une menace sournoise qui prendra de plus en plus forme, donnant de l'épaisseur aux personnages et laissant pressentir un drame.
   
   Vous allez me dire qu'on le voit trop partout ce roman. C'est vrai, mais ce serait dommage de vous en priver pour autant. J'ai énormément aimé l'impression de montagne russe entre la drôlerie du récit du petit garçon et le désarroi de plus en plus criant du père. On a en permanence une envie de fou-rire et la gorge serrée en comprenant ce qu'il y a derrière. Et il y a tellement d'amour entre eux, amour qui les fera aller loin pour continuer à être ensemble.
   
   Les personnages secondaires ne sont pas négligés non plus, il faut faire connaissance avec "Mademoiselle Superfétatoire" et "L'Ordure", je n'en dis pas plus.
   
   Une très jolie surprise de cette rentrée de janvier. Malgré le drame qui couve, on en garde surtout une impression de charme et de bonheur.
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critique par Aifelle




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Ambiance déjantée
Note :

    Fidèle à mes goûts baroco-renaissance, j'ignorais totalement l'existence du titre de Nina Simone
   
   Bon, ça c'est fait, vous êtes bien dans l'ambiance? On danse beaucoup, dans ce roman, alors trouvez vous un (une) partenaire, et lancez-vous sans complexe sur la piste...
   
    "Je n'ai jamais bien compris pourquoi, mais mon père n'appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom. Même si certains prénoms la lassaient plus vite que d'autres, ma mère aimait beaucoup cette habitude et, chaque matin dans la cuisine, je la voyais observer mon père, le suivre d'un regard rieur, le nez dans son bol, ou le menton dans les mains, en attendant le verdict.
   - Oh non, vous ne pouvez pas me faire ça! Pas Renée, pas aujourd'hui! Ce soir nous avons des gens à dîner! s’esclaffait-elle, puis elle tournait la tête vers la glace et saluait la nouvelle Renée en grimaçant, la nouvelle Joséphine en prenant un air digne, la nouvelle Marylou en gonflant les joues.
   - En plus je n'ai vraiment rien de Renée dans ma garde-robe!"

   
   Entre un père aimant raconter des histoires, une mère excentrique, l'enfance du jeune narrateur s'écoule merveilleusement bien (une fois retiré de l'école...), dans un très vaste appartement, ou un vrai château en Espagne, accueillant une demoiselle de Numidie, 'Mademoiselle S'.
    ↓

critique par Keisha




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Et on danse, on danse !
Note :

    Premier roman réussi pour Olivier Bourdeaut. "En attendant Bojangles" s'est vu récompensé et reconnu par la critique littéraire.
   
    Les premiers romans ont quelque chose de fort et d'attachant, le lecteur pénètre pour la première fois dans l'univers d'un auteur et quand le contact émotionnel se fait, il en reste quelque chose.
   
    Surprise d'abord d'une couverture originale et colorée, et d'une fin saisissante, l'histoire subjugue par le ton décalé et la poésie qu'elle dégage.
   
    C'est une histoire d'amour fou, absolument fou, dans tous les sens du terme et le lecteur est pris dans le vertige de cette passion amoureuse entre un homme et une femme.
   
    Pas de place pour la tristesse, la vie n'est que fête, champagne et danse.
   
    L'amour fou entre une femme imprévisible et fantasque et un homme totalement son contraire. L'enfant est le témoin de cette fête perpétuelle avec quelques ratés, quelques questionnements. Mais si peu, le tourbillon reprend, toujours plus chimérique.
   
    Même un oiseau exotique y a sa place.
   
    La mère entraîne ses deux amours, mari et petit garçon, dans un monde à part rempli de poésie et de tendresse folle.
   
    C'est la fascination de cet enfant qui est racontée, une enfance marquée par l'amour et la fête.
   
    Mais les lecteurs, comme le petit garçon, comprennent que tout tourbillonne trop, trop vite et la folie est présente.
   
    Père et fils feront tout pour préserver leur quotidien fantasque mais la chute est inévitable.
   
    Merveilleux récit, tendre, drôle et émouvant. Et on danse, on danse. La musique et la voix chaude de Nina Simone nous accompagnent. L'écriture est rythmée et poétique.
   
    C'est beau tout simplement, et c'est beaucoup.
   
    A lire.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Le rêve d'une fête perpétuelle
Note :

   "Heureusement, Maman reprit les choses en main."
   

   C'est l'amour fou, le coup-de-foudre de la fantaisie au premier regard. Tout de suite, entre eux, les mensonges ont été le lien. Depuis, il dansent sur "Mr Bojangles" de Nina Simone dans leur appartement parisien. Leur fils sait qu'il ne faut pas raconter tout ce qui se passe à la maison à l'école, et inversement. La vie quotidienne est une fête perpétuelle, les amis viennent boire des cocktails, danser, à peine dérangés par le grand oiseau exotique qui se balade parmi eux avec des colliers de perle, Mademoiselle Superfétatoire. Tout serait merveilleux si tout pouvait continuer ainsi, l'amour se vivre, la légèreté se poursuivre. Mais un beau jour la réalité rattrape cette famille qui entasse son courrier sans jamais l'ouvrir. Les impôts réclament beaucoup d'argent. La mère s'inquiète, exagérément, et montre de plus en plus des signes d'un dérangement plus profond, jusqu'à mettre le feu à leurs souvenirs, frôlant ainsi gravement un danger plus grand. Elle est alors internée. Le fils suit son père dans un appartement moins vaste. Comment faire pour que la fantaisie, le rire, la joie, continuent malgré tout... ? Il suffit peut-être simplement d'y croire encore, et de continuer à danser.
   
   Ce petit livre était sur ma PAL depuis longtemps et attendait bien sagement mon bon vouloir, ou du moins une opportunité. Il aborde depuis fièrement un tas de bandeaux rouges qui démontrent ô combien ce titre a beaucoup séduit. Mais en fait c'est le sourire d'Olivier Bourdeaut, sa grâce discrète face au truculent Luchini dans La Grande Librairie, qui m'ont convaincue d'ouvrir enfin ce livre. J'étais curieuse de connaître cette histoire inventée, presque avec nonchalance, par cet écrivain-là. Et je dois dire que j'ai été moi aussi séduite. J'ai beaucoup pensé en lisant ce titre à la folie de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, une folie similaire, qui cherche à montrer son amour, qui cherche à envelopper l'être aimé dans l'illusion et la possibilité d'une fête perpétuelle. J'ai également été émue, touchée. Ce livre est un ovni littéraire d'une grande finesse, d'une grande classe, et il est tellement décalé qu'il interroge et étonne. C'est une très belle surprise.

critique par Antigone




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