Lecture / Ecriture
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La poupée de Kafka de Fabrice Colin

Fabrice Colin
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  La saga Mendelson - t.2 - Les insoumis
  Comme des Fantômes
  La poupée de Kafka
  Dès 09 ans: Wonderpark - T1 Libertad - T2 Mégalopolis
  Dès 09 ans: Wonderpark - T4 - Askaran

Fabrice Colin est un écrivain français né en 1972 à Paris.

La poupée de Kafka - Fabrice Colin

Histoire vraie ???
Note :

   "En 1923, à Berlin, Kafka rencontre dans un parc une fillette en pleurs, qui a égaré sa poupée. L’écrivain la réconforte. La poupée n’est pas perdue, affirme-t-il, elle est simplement partie en voyage ; d’ailleurs, ne lui a-t-elle pas écrit – n’a-t-il pas gardé les lettres ? Confronté à l’incrédulité de l’enfant, Kafka rentre chez lui et, dans un état de grande faiblesse (il ne lui reste que quelques mois à vivre), rédige les missives en question. Pendant trois semaines, et par sa plume, la poupée raconte sa vie. Dans son dernier courrier, elle annonce qu’elle s’est mariée et doit mettre un terme à sa correspondance. Rassérénée, la fillette accepte cette conclusion. La littérature, en un sens, l’a délivrée de sa douleur."
    C’est cette anecdote qui sert de point de départ au roman de Fabrice Colin.
   
   Abel Spieler est professeur de littérature allemande à la Sorbonne. C’est un homme égoïste qui trompe sa femme avec ses étudiantes, délaisse sa fille Julie et dont la passion pour Kafka est envahissante. Julie est une enfant précoce qui lit La métamorphose à l’âge de six ans, qui connaît par cœur toute la vie et l’œuvre de Kafka. Brillante mais bouleversée par les démêlés conjugaux de ses parents puis par la mort de sa mère, elle échoue à ses concours et coupe les amarres en partant vivre à Berlin. C’est alors qu’elle décide, pour se rapprocher de son père, de rencontrer Else Ferchtenberg, qui, d’après son enquête, doit être la petite fille à la poupée. Oui, mais voilà! Else est une vieille dame peu commode et qui n’est pas prête à livrer ses secrets. Et par dessus tout elle aime le mensonge. L’écrivain va tout mettre en œuvre pour que les trois personnages clefs du roman, hantés par la figure omniprésente de Kafka, se rencontrent et pour que les secrets soient dévoilés.
   
   "La poupée de Kafka" est un roman au sujet original qui a plusieurs entrées. S’il explore les relations orageuses et douloureuses entre un père et sa fille malgré l’amour qui les lie, il est aussi un livre sur l’amour de la littérature et son rôle dans la vie.
   "Les livres de Kafka sont l’antidote à la maladie d’exister, soliloquait-il en inspectant ses ongles rongés. Sans lui, je ne saurais que faire de la douleur du monde, sans lui, je ne saurais pas vivre, et vous non plus."
   
   Kafka y est à la fois celui qui permet le partage et l’échange entre la fille et le père comme lors de ce voyage à Prague sur les traces de l’écrivain mais aussi celui qui divise. Le père vit plus dans ses livres que dans la vie quotidienne.
   "Kafka. Kafka schon immer, toujours et en tous lieux, l’étoile noire, l’anti-guide, le prophète, pardonne-moi si je fatigue, papa, pardonne-moi si je t’en veux de tout ça."

   
   Immense pouvoir de la littérature qui peut détourner de la vie mais qui peut aussi lui donner un sens, mettre un baume sur les souffrances; littérature consolatrice comme celle de kafka écrivant pour la petite fille et lui permettant de surmonter la perte de sa poupée. Et c’est pourquoi Else Ferchtenberg aime tant le mensonge. C’est pourquoi elle préfère sa vie rêvée, fantasmée qui lui permet de tenir à distance l’horreur de ce qu’elle a vécu et que nous découvrirons peu à peu dans des pages, à part, mises en exergue. Récit dans le récit, elles nous introduisent vers une autre dimension de l’histoire, une autre tragédie.
   
   Mais je n’en dirai pas plus! Et si vous voulez savoir si la vieille dame est bien la petite fille à la poupée, sachez que vous aurez la réponse à la fin du livre, parce qu’enfin tout au long du roman, le lecteur meurt d’envie de savoir la vérité, une vérité romanesque puisque l'on n'a jamais su si cette anecdote rapportée par Dora Diamant, la compagne de Kafka, était vraie!
   
   Un roman très bien écrit, qui tout en posant des questions passionnantes, maintient le lecteur en haleine.
   
   Et en plus, j'aime énormément la photo de la première de couverture du livre chez Actes Sud.
    ↓

critique par Claudialucia




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Les lettres perdues
Note :

    Fabrice Colin nous emporte sur les traces de Kafka en se servant d'une énigme littéraire, celle des lettres que Kafka aurait adressées à une petite fille qui avait perdu sa poupée, dans un parc à Berlin en 1923.
   
    Malgré le fait confirmé par Dora Diamant sa dernière et dévouée compagne, ces lettres perdues restent un mystère pour les admirateurs de l'homme au chapeau.
   
    Trois personnages se retrouvent liés et bousculés par cette histoire et vont livrer ici leurs secrets et faisant ainsi face à la réalité de la vie.
   
    Mais le livre n'est qu'un long mensonge. Celui de l'homme et de ses manquements, de ses silences et de ses loupés mais aussi de ce qu'il est capable d'inventer pour rendre acceptable son existence.
   
    Abel est professeur à la Sorbonne et spécialiste de littérature allemande, il voue une admiration démesurée à Kafka. Mari peu fidèle, père peu modèle, il utilise le mensonge pour masquer l'homme de peu d'envergure qu'il représente.
   
    Sa fille, Julie quant à elle est consciente de l'absence totale de son père mais l'aime toujours. Pour combler le fossé qui les sépare, elle part à la recherche de cette petite fille aux lettres.
   
    Il semble qu'elle l'ait trouvée en la personne d'Else, vieille dame abrupte qui s'amuse à infliger son mauvais caractère à tout le monde. Les protagonistes vont se retrouver au pied du Mont-Blanc dans un rendez-vous à l'ombre de Kafka, pour dénouer une vérité très compliquée.
   
    Trois personnages, trois générations, un mystère et une très belle couverture, de quoi convaincre.
   
   Si le style est sensible l'histoire mériterait une réflexion plus approfondie sur la difficulté des rapports entre les trois personnages.
   
   L'histoire d'Else, écrite en italique, demande plus de détails, elle est trop dure pour être trop survolée.
   
    Peut-être aussi, que le grand absent est Kafka, même si on le sent tout près, j'aurais aimé plus sur son énigme, sans doute une descente dans ses enfers.
   
   Mais l'écriture est subtile et nous invite à réfléchir à la puissance de l'imaginaire dans nos vies, sur l'espoir qu'il nous donne.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Berlin
Note :

   Tu as failli ne pas aimer ce livre... (et cela aurait été dommage). Il faut dire, qu'au tout début, il t'a bien embrouillée dans sa chronologie, et qu'au sortir d'une belle panne de lecture tu n'avais pas forcément envie de poursuivre ta reconquête du plaisir de lire avec un roman compliqué. Pour autant, tu as été intriguée, dès les premières pages, par cette coïncidence étrange, ces similitudes entre le film vu il y a peu (La voleuse de livres) et cette nouvelle lecture. Vous avez remarqué vous aussi ces enchaînements parfois très curieux, ces hasards ? Et puis, tu avais promis à quelqu'un de le lire, et surtout de le finir...
   
   Le décor est planté. Nous sommes à Berlin, en 1923, auprès d'un Franz Kafka souffrant de tuberculose, incapable d'écrire... Sa compagne lui parle d'une petite fille ayant perdu sa poupée. L'écrivain écrit alors pour elle des lettres, pour la consoler il imagine une correspondance, une poupée partie en voyage racontant ses aventures. Et tout à coup nous sommes en 1980, à Paris, auprès d'un homme érudit, obnubilé par l'écrivain, et par l'existence effective ou non de ces lettres inédites... Puis, Fabrice Colin nous propulse sans ménagement dans un wagon avec l'urine, la peur, les haltes sans fin, le froid, le froid, la soif, le froid. Quoi ? Là, tu dois avouer que l'auteur a failli te perdre. Et pourtant, tu avais bien compris de quel train il s'agissait, et de quel voyage monstrueux... Et tandis que tu lisais une scène d'embrasement de livres jetés au feu dans un Berlin d'autrefois ravagé par la haine, répondant à une même scène vue il y a peu dans ce fameux film, un camion s'élançait dans la vraie vie sur un marché de Noël à Berlin, avec l'impression très forte que l'Histoire percutait le présent et cherchait à nous dire quelque chose, quelque chose de bouleversant et de fort. Alors tu as poursuivi ta lecture, rencontré une jeune fille déterminée (la fille de l'érudit), Julie, qui permet de lier les différentes époques, les différents personnages, et de comprendre que l'humain est fait de ça, de bonnes intentions maladroites, de mauvaises intentions réfléchies, de mensonges, d'amour, de peur, de haine et de trahisons. Et il te reste, à la fin de cette lecture, comme une sorte d'état de sidération, un pré, la mort, le beuglement de quelques vaches, l'image d'un chalet de montagne trônant dans le silence d'une vallée, le Mont Blanc au loin, imposant et froid, observateur immobile et implacable... et sur la route ce fantôme de Kafka.

critique par Antigone




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