Lecture / Ecriture
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Le grand marin de Catherine Poulain

Catherine Poulain
  Le grand marin

Le grand marin - Catherine Poulain

373 pages et un gros coup de cœur !
Note :

   Il existe des rêves qui sortent de l’ordinaire, comme celui de Lili : partir pêcher très loin. Après un long voyage cette Française arrive à Zodiak un port de l'Alaska : des hommes, des bateaux (chalutiers, palangriers) et des cafés. Elle ne souhaite qu’embarquer "je voudrais qu’un bateau m’adopte" et pêcher. Le skipper du Rebel accepte. Surnommée le moineau, ce petit gabarit qui ne connaît rien aux lignes de pêches, à ce travail va tout donner. Seule femme dans un équipage masculin, elle réclame d’être traitée comme les autres : de faire ses quarts, d’avoir sa couchette. Elle découvre le froid, la fatigue qui se transforme en épuisement, la promiscuité.
   
   Tout un bateau qui respire selon les bancs de poisson en espérant revenir les cales pleines durant ces campagnes de pêche qui durent de plusieurs jours à plusieurs semaines. Des hommes aux apparences rudes, peu bavards avec chacun leur histoire et qui l’acceptent parmi eux. Et dans l'équipage, il y a le Grand Marin.
   
   Blessée à la main, hospitalisée, sa seule crainte est que le Rebel ne veuille plus d’elle. Repartir pêcher, c’est son seul but. A terre, les hommes sont comme désœuvrés. Les paies partent souvent dans l’alcool et quand il n’y a pas plus d’argent, c’est les tickets alimentaires pour manger. Lili ne veut pas abandonner la pêche avec cette idée d’aller ensuite à Point Barrow. Le Grand marin lui parle d'Hawaï mais elle ne veut pas renoncer à sa liberté malgré l’amour.
   
   C’est un paysage de mer qui décide et dirige les pêcheurs, où le froid nous transperce, où la faim nous fait vaciller tout comme la fatigue, où les mains rugueuses et abîmées tirent, soulèvent, vident des poissons à une cadence sans répit. Et entre deux quarts où à terre, les équipages se dévoilent au fil des pages. Des hommes souvent sensibles sous leurs traits abrupts.
   
   Je n’ai pas lu ce livre grandiose, j’ai ressenti chaque ligne. Dans un livre, il y a l’histoire, l’écriture mais aussi les émotions et plus rarement les échos qu’il provoque. Et Catherine Poulain Poulain m' a offert tout cela dans ce premier roman.
   
   C’est immensément beau ! L’écriture de Catherine Poulain est neuve, un mélange de justesse et de descriptions qui donnent des frissons.
   
   Récit d’une grande humilité où Catherine Poulain nous transmet (si on ne l'avait pas déjà) son admiration, son respect pour ces pêcheurs et leur travail.
   
   Un coup de cœur entier, vibrant et fulgurant !
   
   "Embarquer, c'est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T'as plus de vie, t'as plus rien à toi.(...)Je ne sais pas pourquoi je suis venu, il dit encore en hochant la tête, je ne sais pas ce qui fait que l'on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui !"

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critique par Clara et les mots




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The Last Frontier*
Note :

   J’adore les deux premières phrases de la préface de ce livre :
   - On devrait toujours être en route pour l’Alaska. Mais y arriver, à quoi bon ?
   Mais tous les voyages ont en soi dès le départ un but et une fin."

   
   Un jour de février, Lili quitte Manosque pour aller pêcher en Alaska ! Elle veut quitter l’ennui et les bières. Au bout de la route elle retrouvera la bière, l’amitié et la mer.
   Kodiak, fin fond de nulle part, un voyage interminable entre ennui et larmes, mais l’excitation est toujours présente, le rêve enfin accompli.
   Les Etats-Unis, puis Anchorage et enfin l’île de Kodiak apparaît à travers le hublot.
   Ayant trouvé un embarquement sur "Le Rebel", elle connait enfin sa première campagne de pêche. Elle commencera par la pêche de la morue noire.
   L’accueil de l’équipage est rude, elle est considérée comme une "Green", pas comme une femme, et n’aura aucune considération due à son sexe. Elle dormira par terre, en attendant mieux et devra prouver sa valeur au travail. Et la tâche est ardue, parfois les forces physiques manquent et elle doit s’accrocher. Les services de l’Immigration sont très stricts. Suite à un accident, sa main s’infecte et elle est débarquée, direction l’hôpital pour quelques temps.
   Elle apprendra que la frontière entre la fortune et l’infortune de mer est mince. Quelques lignes perdues en mer et une amende, suite à un dépassement des quotas sur certains poissons, payée par l’ensemble de l’équipage réduiront le salaire d’autant !
   Pour les pêcheurs qui ne touchent pas de fixe, mais uniquement des parts sur la vente du poisson, cela peut être une catastrophe. Certains ont une famille souvent au loin. Non content de ne pas voir leur épouse et leurs enfants grandir, si en plus le salaire est une misère !
   Lili s’accroche, mène sa vie, fréquente les bars, boit comme les hommes, connait des matins de gueule de bois, mais les marins la respectent, grande victoire.
   Puis un jour, le grand marin entre dans sa vie…
   Mais il lui reste un rêve, connaître Point Barrow !
   
   Lili force l’admiration par sa ténacité, son courage et sa volonté farouche de se faire une place dans un monde d’hommes.
   Le grand marin sera l’homme qui troublera la quiétude de la vie de Lili, celui qui fera vaciller ses certitudes…
   
   Des hommes de mer, ou qui le deviennent : Ian le skipper qui fait la loi en mer, Simon l’étudiant venu de Californie pour une saison, John et son problème d’alcool et beaucoup d’autres.
   Très peu de femmes dans les personnages croisés ici, la plupart travaillent dans les nombreux bars du port, lieu de perdition, mais passages obligés après des semaines de navigation éprouvante !
   
   Un très bon livre, très bien écrit qui nous relate à la manière d’un essai la vie d’une Française accomplissant son rêve, "Pêcher en Alaska". Elle y restera en définitive dix ans !
   
   Un glossaire en fin d’ouvrage permet de mieux comprendre certaines expressions américaines concernant le monde de la pêche.
   
   
   Extraits :
   
   - La vague est en moi. J'ai retrouvé la cadence, le rythme des poussées profondes qui passent de la mer au bateau, du bateau vers moi. Elles remontent dans mes jambes, roulent dans mes reins. L'amour peut-être.
   
   - Son regard a des reflets d'or dessous les arcades broussailleuses. Deux jours qu'il est sobre. Ses traits ont repris les contours puissants de ceux du grand marin.
   
   - Je suis une tueuse comme les autres, j'ai éventré mon premier flétan. J'ai même mangé son cœur encore vivant. C'est moi qui tue à présent.
   
   - Je passe devant les hommes, tête haute, les cheveux libérés en crinière. Sans un regard pour eux je quitte le bateau. La pluie est douce. J'ai le cœur gros.
   
   - La terre est ronde Lili. C'est le bout de rien du tout. Tu n'as rien à faire là-bas, on te l'a déjà dit...
   
   - Nous marchons dans les rues en silence. C'est un jour de déroute.
   
   - Et je n'irai sans doute jamais sur la mer de Behring. Une fois de plus j'ai senti l'humiliation d'être une femme parmi eux. Ils revenaient du combat, moi j'arrivais des rues du port...
   

   
   * Expression désignant l’Alaska.

critique par Eireann Yvon




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