Lecture / Ecriture
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Les Aventures d'Augie March T1 de Saul Bellow

Saul Bellow
  Herzog
  La bellarosa connection
  L'homme de Buridan - ou- Un homme en suspens
  Les Aventures d'Augie March T1
  Les Aventures d'Augie March T2
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  Mémoires de Mosby et autres nouvelles
  La planète de M. Sammler
  Le don de Humboldt
  Le cœur à bout de souffle
  Un larcin
  En souvenir de moi
  Une affinité véritable
  Ravelstein

Saul Bellow est un écrivain canadien-américain d'origine judéo-russe. Il est né en 1915 à Montréal et décédé en 2005 aux Etats Unis. Il obtint le National Book Award, le Prix Pulitzer et le Prix Nobel de littérature (en 1976).

Les Aventures d'Augie March T1 - Saul Bellow

Chicago des années 20
Note :

   Titre original : The Adventures of Augie March, 1953
   
   National Book Award
   
   "Les aventures d'Augie March" n'est pas une "brique", mais bien deux briques, répartissant en deux tomes les plus de 1000 pages de son récit. Ne vous alarmez pas cependant, de cette abondance, tout se dévore de bon appétit et laisse même un petit goût de "revenez-y".
   
   Chicago, début du 20ème siècle, quartiers juifs pauvres, la mère d'Augie, femme très simple, élève seule trois garçons. Elle gagne de quoi les nourrir en cousant des boutonnières en usine. Le cadet, George, est débile mental. L'ainé, Simon, intelligent, volontaire, peu sentimental. Entre les deux, Augie, débrouillard, accommodant avec les autres et avec lui-même."Dans notre tendre enfance, pour faire plaisir à Mémé Lausch et la récompenser, je m'étais toujours montré docile et plein de gratitude comme un enfant adopté, et si en réalité je n’étais pas si docile et si malléable, je n'en montrais rien à personne."
   
   Et c'est là un des traits de caractère majeurs d'Augie. Il ne se rebelle pas, non par hypocrisie, mais comme s'il acceptait de donner satisfaction à autrui tant que sa balance interne le donnait gagnant dans l'échange, mais en fait, il restait toujours le même derrière les différents costumes qu'on lui faisait prendre et rôles qu'on lui faisait tenir et, ayant pris sa totale acceptation pour un accord profond, ses mentors sont tout surpris de le voir disparaître un jour et de se retrouver les mains vides. Car ce même trait de caractère lui vaut des mentors, dès son plus jeune âge et par la suite également. Ils feront son éducation, tant théorique que pratique en lui ouvrant des mondes les plus divers où il n'aurait pas dû pénétrer ; même Simon s'y essaiera. Augie se prête à tout, donne satisfaction, engrange, ne manifeste aucune réticence, n'en éprouve sans doute pas, jusqu'au moment où la situation ne lui convient plus et où il tourne la page, à la grande surprise de ceux qui ne pouvaient prévoir une telle issue. Même le lecteur peut s'étonner de ce mode opératoire, surtout quand il le voit se répéter mais, si frustrant que cela puisse être pour le mentor, ce n'est même pas malhonnête. Le temps que le contrat tacite dure, il remplit sa part honnêtement. Il apprécie la richesse, mais elle n'a pas le pouvoir de le retenir quand la situation ne lui plait plus. Il est capable d’abandonner le luxe assuré, sachant que la misère la plus incertaine va suivre. Donc, effectivement, pas si malléable et docile, en fait.
   
   Ce tome 1 suit Augie de sa plus tendre enfance à à peu près vingt ans. Elle nous montre autour de lui, ce Chicago de la prohibition ou la mortalité battait des records, où les gangster étaient nombreux, vivaient violemment et mouraient jeunes et où tout un peuple miséreux "se débrouillait" pour survivre et y parvenait tant bien que mal. Rien n'était garanti, même pas de ne pas mourir dans la rue de faim, d'une balle perdue ou d'un coup de matraque policier. Il n'y avait pas d'enfants de chœur (ils étaient morts depuis longtemps) mais il y a avait aussi des fortunes soudaines, qui se sanctuarisaient ou fondaient aussi vite qu'elles s'étaient faites et partout, la voracité, la luxuriance et la férocité de la vie.
   
   Je vous le disais. On dévore de très bon appétit les presque cinq cents pages de ce premier tome pour se tourner aussitôt vers le second. C'est à peine si on prend le temps d’admirer une belle écriture, élégante et efficace, et la belle construction d'un récit bien loin d'être aussi simple qu'il le paraît. Du grand art.
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critique par Sibylline




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Rêve américain
Note :

   Saul Bellow (1915-2005) est un écrivain canadien-américain fils d'immigrés juifs-russes, élevé à l'école de la rue mais universitaire de carrière, notamment à Chicago. Saul Bellow a obtenu trois fois le National Book Award, pour Les Aventures d'Augie March (1953), Herzog (1964) et La Planète de Mr. Sammler (1969). Il reçut le prix international de littérature en 1965 et le prix Nobel de littérature en 1976. Cinq fois divorcé, l’écrivain vivait entre le Vermont et Boston, remarié à une ex-étudiante de trente ans sa cadette, lorsqu'il décède en 2005. Les Aventures d’Augie March a été réédité en poche, dans sa dernière traduction.
   
   Augie March, le narrateur, est né dans une famille juive émigrée à Chicago, avant la Dépression. Sa mère est pauvre et perd lentement la vue, son plus jeune frère George est attardé mental tandis que son frère aîné, Simon, bourré d’ambition, veut devenir riche le plus vite possible. Tous vivent sous la férule de Grandma Lausch, hantée par les souvenirs de son Ukraine, "fripée comme un vieux sac en papier, une autocrate, implacable et jésuitique, un vieux rapace de Bolchevik aux serres acérées…"
   
   Le titre du roman dit bien ce dont il s’agit puisque des aventures, Augie va en connaitre en faisant de multiples petits boulots, croiser le chemin de quantité de gens, hommes et femmes, de conditions sociales différentes, quitter Chicago pour voyager jusqu’au Mexique, connaître plusieurs amours, se marier, embarquer pour l’Europe en guerre mais faire naufrage et revenir à Windy City. Nous accompagnons Augie durant de nombreuses années, côtoyant des petits gangsters, des millionnaires, des syndicalistes, des filles de famille dont l’une s’est mise en tête de chasser l’iguane avec un aigle, et même nous croiserons le chemin de Trotski au Mexique ! Tout ceci n’est qu’un mince aperçu du contenu romanesque de l’ouvrage.
   
   Roman initiatique ou plus précisément d’éducation, Augie cherche désespérément à donner un sens à sa vie. Si pour son frère Simon, réussite et fric sont le moteur de ses actions, pour notre héros il n’en est pas du tout de même. Au contraire, même, au plus grand dam de son frère qui le lui reprochera sans arrêt. Toutes les expériences et rencontres seront prétextes pour notre héros à analyser les comportements des uns et des autres, répondre ou non à leurs sollicitudes et tenter de mener sa barque à sa convenance, libre de toutes contraintes, car ce qu’il veut en définitive, c’est "avoir une belle vie, ce qui passait en premier."
   
   Je sors de ce roman, étourdi et étonné, car 900 pages, il faut les engloutir (surtout pour moi qui déteste les longs romans, comme je l’ai dit maintes fois ici) ! Oui le bouquin est trop long, deux cents pages de plus ou de moins, ne feraient aucun différence ; mais pour autant, je me suis laissé emporté par cette vague – sans hauts ni bas très marqués, à part une scène ou deux -, sans que je me sois passionné véritablement pour le sort d’Augie mais sans pouvoir non plus lâcher ce foutu roman qui dès que l’envie m’en venait, me retenait tout autant. Certainement doit-il tout à son écriture, simple en apparence mais efficace.
   
   "Mais la dureté d’une ville comme Chicago offre un avantage : on ne se berce pas d’illusions. Alors que dans les grandes capitales du monde, on a quelque raison de penser que l’espèce humaine est très différente. Toute cette antique culture et toutes ces magnifiques œuvres d’art exposées au public, des œuvres de Michel-Ange et de Christopher Wren, et toutes ces cérémonies, comme celle du salut au drapeau sur la place de la Horse Guard’s Parade ou l’enterrement d’un grand homme au Panthéon à Paris. On regarde ces merveilles et on se dit que la barbarie appartient au passé. C’est ce qu’on croit."

critique par Le Bouquineur




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