Lecture / Ecriture
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Les Aventures d'Augie March T2 de Saul Bellow

Saul Bellow
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Saul Bellow est un écrivain canadien-américain d'origine judéo-russe. Il est né en 1915 à Montréal et décédé en 2005 aux Etats Unis. Il obtint le National Book Award, le Prix Pulitzer et le Prix Nobel de littérature (en 1976).

Les Aventures d'Augie March T2 - Saul Bellow

Cœur d'artichaut
Note :

   Titre original : The Adventures of Augie March, 1953
   
   National Book Award
   
   Ce deuxième tome de la vie d'Augie March est à lire immédiatement après avoir terminé le premier (d'ailleurs, ils sont maintenant publiés en un seul volume). C'est que, si vous laissiez passer un certain temps entre les deux, vous pourriez avoir oublié les noms ou prénoms de certains personnages que vous allez pourtant retrouver ici, et sans qu'ils soient à nouveau présentés.
   
   Le récit reprend exactement là où il s'était interrompu à la fin du tome 1. A peine quelques semaines ont passé et notre héros qui venait de tourner une nouvelle page de son histoire a dû retomber sur ses pieds. Nous découvrons comment il a géré ce nouveau tournant.
   
   Comme il s'est à nouveau brouillé avec son frère, Augie doit trouver un métier et il en trouve un : syndicaliste. Il organise des grèves, se rendant sur place au nom de son syndicat quand les ouvriers engagés dans un conflit local ont besoin de conseils et de soutien. Il s'acquitte correctement de sa tâche, mais elle n'est pas toujours sans dangers. Puis, il retrouve une femme qu'il avait rencontrée lors de sa période faste du tome 1 (je ne vous dis pas laquelle) et le coup de foudre est total.
   
   Augie March est un grand sentimental, et un cœur d'artichaut. Les coups de foudre ne sont pas rares chez lui, et il s'y engage toujours intégralement, sans aucune réserve. Cette fois, il partira pour le Mexique, où il passera un bon moment, à dresser un aigle (rien de moins) pour en faire son gagne- pain. Les années passent moins vite dans ce tome 2 que dans le premier et cet épisode mexicain occupera de nombreuses pages. Pourtant, il retrouvera, et nous avec lui, Chicago, son incroyable frère Simon, l'aisance et la misère, l'amour et la solitude.
   
   Ce second volume ne nous montre pas que les nouvelles aventures que va connaître Augie, il voit aussi se préciser et s'expliciter le caractère si particulier d'Augie, qui m'avait un peu étonnée. Je veux parler de cette façon qu'il a de se laisser modeler et manipuler tant que la situation l'intéresse, pour soudain disparaître, laissant en plan les autres et tous leurs projets le concernant. Alors que jusqu'à présent il s'était contenté de relater les faits, l’âge venant, il tente de préciser ce point de sa personnalité, et cela m'a intéressée de constater que j'avais eu raison de relever ce trait qui n'a rien d'anodin. Il dit ainsi:
   "Comme je ne discutais pas, il croyait m'avoir persuadé, et il n'était pas le premier à commettre cette erreur."
ou
   "Je ne voulais pas être ce que les gens faisaient de moi, mais je voulais leur plaire."
et encore
   "Mais j'ai toujours estimé que vous et moi étions de ces gens que les autres essaient perpétuellement d'embringuer dans leurs histoires. Et si on ne marchait pas, hein ?
   (…) Je lui étais reconnaissant d'avoir nommé une vérité qui traînait anonymement autour de moi depuis tant d'années. Les gens m'embringuaient dans leurs histoires, c'était bien vrai. Ca m'avait flanqué un coup d'entendre ça."

   
   Parfois lancé dans de folles aventures, parfois illuminé par la découverte d'une sorte de philosophie zen (p. 301 et suivantes), parfois malade, parfois resplendissant, parfois comblé par l'amour, parfois totalement seul, nous suivrons avec un intérêt qui ne se dément pas, les pérégrinations de notre héros.
   
   Bien sûr, Saul Bellow n'est pas Augie March, il aimait par exemple, souligner que pas une ligne de ces deux tomes n'avaient été écrite à Chicago, comme si cela prouvait quoi que ce soit ; mais il l'avait créé de ce qu'il connaissait, de ce qu'il avait vu autour de lui ou vécu lui-même, ou imaginé comme possible d'après les éléments dont sa vie lui avait permis de disposer. On était donc bien dans le vrai, comme dans toute bonne fiction. Et si je devais prendre des paris, je dirais que ce tome 2 est moins autobiographique que le premier. Mais je peux me tromper, bien sûr.

critique par Sibylline




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