Lecture / Ecriture
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Une promesse de Sorj Chalandon

Sorj Chalandon
  Une promesse
  Mon traître
  Retour à Killybegs
  La légende de nos pères
  Le quatrième mur
  Profession du père
  Le jour d’avant

Sorj Chalandon est un journaliste et écrivain français né en 1952.

Une promesse - Sorj Chalandon

Prometteur
Note :

   Le déni de la mort, celui du deuil, le refus de perdre un, ou plutôt deux êtres chers. Voilà ce qui va pousser Lucien à instaurer le rituel que va accompagner la promesse. Pendant dix mois, Lucien dit le Bosco, ancien marin, va convier six de ces amies proches, à veiller sur l’âme de son frère, Etienne, et de sa belle-sœur Fauvette. Pendant dix mois, à raison d’un par jour, ils vont franchir le seuil de cette maison de Mayenne, Ker-Ael, pour continuer à la faire vivre, à les faire vivrent…
   
   Ils ouvriront les volets, sonneront la cloche, allumeront les lumières, remonteront le coucou suisse, mettront la table, feront ou déferont le lit, mettront des fleurs…
   
   Le but de ce cérémonial journalier en plus de celui du refus de la mort, étant de tromper cette lampe qui séjourne au grenier, celle dont la légende dit qu’elle capture les âmes des morts pour les retenir prisonnier…
   
   Mais entre la vie et la mort il est une réalité, un vide, que l’on ne peut indéfiniment faire semblant d’ignorer… et la vie continuant, l’on doit parfois se résoudre à faire ses adieux…
   
   A la fois profond, triste, tendre, douloureux, simple, attendrissant, « La promesse » de Sorj Chalandon est un arc-en-ciel d’émotions. Sans jamais verser dans le drame, le tragique, son récit nous amène au choix, qu’est celui de l’acceptation ou du refus, de la disparition d’un être cher, le choix de faire son deuil. Mais au final, par la main, il nous guidera vers ce qui doit être, la sage vérité que la vie continuant, il faut parfois tourner la page et admettre tout en poursuivant ce que doit être notre bout de chemin…et rangés comme des images, comme des photos dans un album, les souvenirs doivent garder le meilleur de ce qui fut.
   
   Ce livre, magnifique, est le deuxième de cet auteur. Après «Le petit Bonzi» paru en 2005.
   
   Sorj Chalandon s’est vu attribuer le prix Médicis 2006 pour son roman « La promesse ».
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critique par Patch




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« Un arc-en-ciel d’émotions ! »
Note :

   Un curieux rituel anime sept personnages de l’histoire. Voilà dix mois qu’ils tiennent cette promesse de respecter ce cérémonial d’aller à tour de rôle rendre visite à Ker Ael, la maison de Fauvette et Étienne.
   
   Dix mois que chacun respecte assidûment son engagement pour avant tout conjurer la trop grande peine du Bosco (Lucien, petit frère d’Étienne et tenancier du café où ils se retrouvent tous).
   « Dix mois de promesse, dix mois à se dire qu’il faut, parce qu’il le faut. Dix mois de deuil à en perdre la raison.»
   « C’est lui qui est venu les voir il y a dix mois, pour leur parler de Ker Ael. Pour leur parler comme jamais il ne l’avait fait. Avec les yeux mouillés et les mains dans les poches. Avec aussi son sourire de Bosco, lumineux, marin, plein de sel et de vent. Ses yeux et son sourire qui disaient qu’il fallait l’aider. Au nom de l’amitié, du respect, de la mémoire. [ ] Au nom de ce qui reste, de ce qui doit rester.»

   
   De leurs côtés, Fauvette et Étienne, en gardiens des lieux, guettent les allers et venues de leurs amis qui font partie intégrante de leur vie et même au-delà. À ce niveau la narration entretient durant une bonne partie une grande part de mystères autour de leur situation.
    « … combien de temps encore Léo frappera la cloche, combien de temps Ivan ouvrira les rideaux, les fenêtres et les volets. … combien de temps encore, Madeleine changera les draps, arrangera et fleurira le salon. … combien de temps encore Berthevin allumera l’électricité dans la maison. Combien de temps Paradis ouvrira les portes, et remontera la petite horloge.»
   
   Quel beau livre que voilà et comme les personnages sont attachants et attendrissants! Une histoire d’amitié, de fraternité, de respect et de solidarité aussi. De bien nobles valeurs! Une fois la dernière page tournée, je reconnais avoir eu certaines difficultés à quitter l’harmonie de ces gens si simples. Le tout servi par une écriture sensible d’une grande limpidité pour un sujet somme toute assez douloureux et une construction pas des plus linéaires qui côtoie par moments le symbolique voire le sacré.
   
   Un livre sur le deuil et le déni de la mort dans lequel je me suis pourtant sentie si bien, apaisée par tant de chaleurs humaines. Il s’agit en effet, comme le dit si bien Patch, d’«un arc-en-ciel d’émotions».
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critique par Véro




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Un magnifique roman
Note :

   Dans un petit village de Mayenne, une maison aux volets fermés, murée dans son silence : Ker Ael. Vue de l'extérieur, elle semble abandonnée. Pourtant, Etienne et Fauvette y vivent encore, d'une certaine manière. Et puis il y a, nuit et jour, les sept amis qui leur rendent visite: le Bosco, ancien marin qui tient le café du village, le petit frère d'Etienne; Madeleine, qui vient mettre le couvert et fleurir le salon; Berthevin, qui allume toutes les lumières; Blancheterre, le professeur de sciences naturelles qui vient y lire des poèmes à voix haute; Ivan, l'ancien cheminot, qui ouvre les fenêtres; Léo, qui traverse tout le village, marchant à côté de son vélo, et qui fait sonner la cloche de l'entrée pour prévenir de son arrivée; enfin, Paradis, qui remonte la petite horloge suisse. Cette histoire, c'est l'histoire d'une promesse faite à Etienne et Fauvette, il y a bien longtemps, pour qu'ils vivent un peu plus que la vie. Mais un jour, ils décident d'arrêter les visites. Parce que le temps a passé, dix mois depuis la mort d'Etienne et Fauvette le 21 novembre. Parce qu'il y a la lassitude. Parce que là-haut, dans le grenier, la petite veilleuse attend deux âmes qui lui ont été promises...
   
    Un curieux rituel pour un curieux roman. Pas un énième livre sur la difficulté du travail de deuil, mais un roman subtil, toute en légèreté et en poésie, qui réécrit la langue par des images, des expressions inédites qui vont droit au coeur du lecteur. Un mystère vite dissipé, ne serait-ce que par la quatrième de couverture qui révèle un peu trop rapidement la vérité sur la situation d'Etienne et de Fauvette. Mais ce n'est pas là l'intérêt. Chalandon écrit une histoire d'amour, celle d'un couple qui a vécu sa mort presque main dans la main; une histoire d'amitié, celle qui lie les deux amants aux sept autres, plus jeunes, depuis leur enfance et depuis ces séances de lecture où Etienne leur racontait les histoires de Milon de Crotone ou de la veilleuse qui emprisonne les âmes des mourants, entre mythologie grecque et légendes bretonnes. C'est aussi une histoire de fraternité, entre sept êtres tous marqués, d'une façon ou d'une autre, par la vie, et qui se retrouvent pour accomplir tous ensemble leur dernier rituel, avant de dire adieu à Etienne et Fauvette.
   
   Une histoire de solidarité, une histoire de deuil, une histoire qui attriste et qui réconforte en même temps. Émaillé de très beaux poèmes, tel ce texte attribué à Charles Péguy, "La mort n'est rien...". En bref, un magnifique roman, porté par une écriture sensible et juste, tout en finesse, émouvant sans être pathétique, apaisant et superbe.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Il meurt à chaque pas
Note :

   "Une promesse" raconte une histoire simple, pleine de beaux sentiments, d’existences humbles, de vie quotidienne et routinière dans un petit village de Mayenne, entre un bistrot et la maison du bibliothécaire et de sa femme, un couple si amoureux que leur mort le même jour paraît toute naturelle à leurs amis qui ne se posent pas de questions à ce sujet mais qui se relaient toutes les semaines pour entretenir leur maison, chacun son jour. Justement ils sont sept à faire ce pèlerinage.
   
   Cependant, Etienne et Fauvette, les vieux amoureux, semblent vivre encore chez eux. Ils entendent les bruits de leurs visiteurs et notent dans un cahier la venue de chacun.
   
   C’est Léo, nommé le Bosco, le coordinateur, celui qui tient le café du village où tous passent régulièrement. C’est surtout le frère d’Etienne, l’ami si bienveillant et si aimé de tous.
   
   Seulement au bout de dix mois, la motivation n’est plus la même. Chacun pense avoir désormais suffisamment accompli son devoir et les visites commencent à peser. Mais le Bosco veille…
   
   Quelle décision prendra-t-il?
   
   C’est un beau roman sur le deuil, la passion amoureuse, l’amour fraternel, l’amitié et la survie. Que reste t-il, après, de l’âme de ceux qu’on a tant aimés?
   
   A noter que les deux frères sont bretons, fils d’un marin pêcheur mort en mer, une nuit, près de la côte, lors d’un naufrage par grosse tempête. La mère a tout quitté à cette occasion pour éloigner ses deux enfants de la mer maudite mais eux se souviennent toujours des croyances anciennes de leurs ancêtres quant aux âmes des morts à veiller et à respecter. Tout doit être fait pour retarder la fin du deuil.
   
   Un des leitmotive est d’ailleurs le dernier livre lu et laissé sur la table par le défunt. Un livre de Musset (Lettres à Lamartine et poésies nouvelles – 1836/1852) où il est écrit:
   Et marchant à la mort, il meurt à chaque pas.
   Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père.
   Il meurt dans ce qu’il pleure et dans ce qu’il espère
   Et sans parler des corps qu’il faut ensevelir
   Qu’est-ce donc oublier, si ce n’est pas mourir.
   

   J’ai bien aimé.

critique par Mango




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