Lecture / Ecriture
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Vingt-sixième étage de Alain Bron

Alain Bron
  Vingt-sixième étage

Vingt-sixième étage - Alain Bron

Loin du 7ème ciel !
Note :

    Un livre parlant des méfaits du monde du travail qui érige en dogme les statistiques, restructurations et autres vocabulaires du libéralisme forcené.
   
    Ce roman se déroule entre le jeudi 7 janvier au réveil et le vendredi 17 septembre, avec un préambule et un épilogue.
   
    Dans ce même préambule, nous faisons connaissance de Thomas qui fête l'obtention de son CDI dans la société MMS, leader européen des services multimédias. Un pot est organisé par Jean-Paul Delgado, le chef de service, mais la soirée tourne court à l’arrivée de Jessica Butler, la chef du service marketing…
   
   Le fil conducteur de ce récit de la vie dans une grande entreprise moderne sera Thomas. Devenu aveugle, il a, comme beaucoup, développé d’autres sensations : distinguer les sons et être capable d’analyser le ton de la voix de ses interlocuteurs. Il est aussi très perspicace pour deviner la personnalité cachée de chacun.
   
    Or il s’avère que des restructurations, bien sûr accompagnées de fortes réductions de personnels permettant d’améliorer le rendement du service, ont été décidées par la direction.
    Commence alors une révolte larvée des salariés concernés.
   
    Grève du zèle, tension dans les bureaux, chacun tente de sauver sa place et sa peau par la même occasion… La lutte a lieu à plusieurs niveaux, le "management" qui tente de faire croire à la direction qu’il tranche dans le vif et à son personnel qu’il défend ses services et donc les emplois ! Position inconfortable s’il en est !
   
    Les syndicats entrent en jeu, le hall de l’immeuble est dévasté, et la télévision interview Thomas dont les paroles et l’analyse, retransmises, ont un énorme retentissement… alors le combat change d’âme et de dimension !
   
    Beaucoup de personnages comme il se doit dans une entreprise et dans les bureaux de celle-ci.
    Le PDG et les fifres et sous fifres se vengent sur les subalternes des remarques du supérieur hiérarchique ! Ainsi va le monde.
   
    Thomas Purcey est ce que l’on peut appeler un aveugle tardif, ayant perdu la vue à 16 ans. Il vit chez sa sœur, Marie-Laure, et son époux, Jacky, son travail et son chien Duguesclin qui font partie de ses bonheurs simples.
   
    Les femmes, assistantes à différents échelons, maîtresses parfois "même pas pour la promotion canapé", se dit Aude, en pensant qu’elle était vraiment nulle, coucher avec le PDG et ne pas en tirer d’avantages ! Anne dont les seins laiteux sont l’objet de tous les regards masculins, mais qui est intérimaire à son grand regret !
   
    Les couples se font pour certains, se défont le plus souvent dans la vie de tous les jours, mais les conditions de travail n’arrangent pas les choses bien au contraire ! Le constat social décrit ici est assez édifiant.
   
    Dans cette histoire, certains y laisseront la vie, mais auront la gloire d’une vengeance posthume. D’autres, malgré une retentissante déconvenue, trouveront un poste de PDG ! Par contre le personnel licencié complétera certainement la cohorte des demandeurs d’emplois !
   
    En finissant ce livre, je me dis que j’ai eu la chance d’avoir été travailleur manuel et ne jamais avoir connu ce genre de situation…
   
   L’humain réduit à un vulgaire numéro dans un ordinateur dont la seule valeur est celle de l’argent qu’il va rapporter aux actionnaires en fin d’année ! L’homme est vraiment devenu dans le monde des affaires un prédateur pour l’homme ! Consternant !
   
   
    Extraits:
   
   - Il avait lu très en détail les quatre-vingt-dix pages d'un projet de licenciement qu'un collaborateur lui avait préparé. Comme d'ordinaire, il avait surligné en jaune fluo des points à retenir, en vert les idées à creuser et en rose les points de désaccord. En fin de lecture, le document portait le costume d'Arlequin.
   
   - Les responsabilités sociales ont fait place depuis belle lurette au cadre légal ! Aujourd'hui, on préfère le tribunal à la négociation, et le juge au délégué syndical...
   
   - Et quand la justice remplace la conscience collective, alors la violence n'est pas loin...
   
   - Le profit à court terme rend le patronat encore plus aveugle que moi. Aucune raison économique ne peut justifier les délocalisations et les licenciements. Outre le préjudice industriel que le groupe MMS va subir, les annonces d'aujourd'hui sont simplement indécentes sur le plan social.
   
   - En clair, le jugement laissait penser que le PDG était dans son bon droit. Le gros problème, c'est que le personnel et plus tard l'opinion publique ne retiendrait que la réintégration de l'aveugle.
   
   - Cette lutte de territoires, volontaire ou pas, avait donné lieu à un désordre accablant, un gâchis humain, et en conséquence, toute une série d'animosité personnelle qui, comme des moisissures blanches précipitaient la chute d'une organisation.
   
   - Tout, peu à peu, se déshumanisait. La gestion du personnel était devenue celle du mercenariat, ce qui mit d'office aux oubliettes la fidélisation à la firme construite pendant des années. D'ailleurs, le grand jeu entre les managers était de piquer impunément les salariés les plus aptes et de marginaliser les autres.

critique par Eireann Yvon




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