Lecture / Ecriture
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Nous dînerons en français de Albena Dimitrova

Albena Dimitrova
  Nous dînerons en français

Nous dînerons en français - Albena Dimitrova

La fin d'un monde
Note :

   Arrivée venue de Bulgarie en France au début de 1989, grâce à une bourse obtenue dans le cadre de la pérestroïka, mouvement d’ouverture initié par Gorbatchev, avec trois mots de français en poche et la volonté d’apprendre cette langue en trois mois, pari réussi, Albena entreprend des études à la Sorbonne en Sciences économiques. Elle ne sait pas alors que la chute du Mur en novembre la contraindra à rester en France sur les conseils de sa mère. En 2006, elle décide de se consacrer à l’écriture, poésie avec "Méditance" (2009), essai avec "Le goût bulgare : portraits de femmes en Bulgarie" (2008). Elle collabore avec le photographe-danseur Yang Wang à un album sur la danse "Living dance" (2010) et se lance dans l’écriture d’un premier roman "Nous dînerons en français". Secrétaire de l’alliance France-Bulgarie, elle est également directrice artistique de danse contemporaine à Sofia.
   
   Alba et Guéo s’aiment d’un amour passionné. Alba a 17 ans et Guéo 55. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, différence d’âge et de statut dans la Bulgarie communiste de 1986. La jeune adolescente souffre d’une paralysie indéterminée à une jambe. D’hypothèse en hypothèse, de suppositions en suppositions les spécialistes de l’hôpital de son quartier ne voient qu’une solution : l’amputer. Ce cas étrange de paralysie attire l’attention d’un neurochirurgien, chef de service à l’hôpital du Gouvernement, hôpital réservé aux seuls membres de la nomenklatura communiste. Un privilège exceptionnel. Dans cet environnement inconnu, elle va côtoyer le pouvoir et faire la connaissance de Guéo, membre du politburo venu soigner un état dépressif. D’abord protecteur, Alba va trouver en Guéo un appui et une consolation dans sa solitude et sa détresse. Cet amour improbable s’épanouit sur un arrière-plan politique. La pérestroïka met en émoi le monde communiste des pays satellites. Comment intégrer cette nouvelle donne, restauration économique, liberté d’expression, … sans bouleverser la ligne politique. C’est à Guéo qu’a été confiée l’élaboration d’un rapport qui doit proposer une solution viable. Une lourde tâche, une lourde responsabilité qui peut mettre sa carrière politique en péril, un homme sous pression et sous surveillance. Un avenir incertain pour ces deux êtres ballotés par les événements, qui leur fait promettre que quoi qu’il arrive, ils se retrouveront à Paris pour dîner en français.
   
   Un roman attachant qui, déjà, sonne le glas d’un régime, dessine les premières fêlures qui annoncent l’écroulement du Mur, la jeunesse d’Alba tournée vers un avenir en marche, Guéo représentant d’un passé en sursis. En contrepoint les moments de bonheur sur les rives de la mer noire accompagnés de la musique tsigane, la folie de cet amour inconditionnel.
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critique par Michelle




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Sensualité du texte
Note :

   "Nous vacillons, tous radars coupés."
   

   Alba est admise à l'hôpital du gouvernement bulgare pour une paralysie de la jambe. Là-bas, elle rencontre Guéo, cinquante cinq ans, alors qu'elle n'est encore qu'une adolescente. La complicité est tout de suite évidente, l'attirance physique également, mais guère facile à vivre au grand jour. Alors, Alba emménage avec le fils de Guéo, un compagnon plus conforme, de son âge. Guéo est un membre important du Polituburo. Il doit rendre un rapport que tout le monde attend. il a une femme, une maîtresse officielle, des enfants un peu partout. Mais l'attirance entre les deux amants est trop forte, peu importe les risques encourus, les dommages collatéraux... ils ne peuvent faire autrement que de la vivre passionnément.
   
   Ce premier roman est un récit, écrit en français, qui possède une langue réellement suave et poétique, mais qui peut sembler étrange. En effet, j'ai buté à plusieurs reprises en début de lecture sur quelques phrases incongrues avant de comprendre que c'était là sans doute l'effet de la langue avec accent évoquée en quatrième de couverture, et puis je me suis faite à l'enchevêtrement des mots, et de la chronologie, pour apprécier la sensualité du texte.
   
    Il n'est pas si aisé de rentrer dans ce roman, il faut accepter sans préjugés la différence d'âge des protagonistes, ne coller qu'à l'amour improbable qui les rapproche et va accélérer leur perte. Il faut accepter de ne pas toujours savoir à quelle date nous sommes, quelle époque, se laisser porter par un récit désordonné.
   
   Mais, ce qui est certain est qu'en toile de fond le communisme vit ses derniers instants, et Alba, réfugiée à Paris, compare le capitalisme faussement libérateur au communisme empêtré dans les contradictions de ses élites. Quelles leçons en tirera donc l'histoire ? Pour les destins particuliers, la vie se charge de faire le tri.
   
    Un livre que j'ai refermé encore pleine de cette ambiance, amoureuse et particulière, et au final assez charmée par ma lecture.

critique par Antigone




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