Lecture / Ecriture
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Ecrire de Marguerite Duras

Marguerite Duras
  L'amant de la Chine du Nord
  Détruire dit-elle
  Dix heures et demie du soir en été
  India Song
  Moderato Cantabile
  La douleur
  Le ravissement de Lol V. Stein
  Un barrage contre le Pacifique
  Emily L
  Les petits chevaux de Tarquinia
  Hiroshima mon amour
  Abahn Sabana David
  Ecrire
  Les yeux bleus cheveux noirs
  L'amant
  Le Vice-Consul
  Yann Andréa Steiner
  Le square

AUTEUR DES MOIS DE FEVRIER & MARS 2007

Marguerite Duras est née Marguerite Donnadieu, en 1914 en Indochine alors française, de parents enseignants.
Elle y vivra (à part une courte interruption à la mort de son père en France métropolitaine) jusqu’en 1933 où, munie de son baccalauréat, elle regagnera la métropole pour y poursuivre ses études.
Résistante pendant la seconde guerre mondiale, elle verra son mari déporté. A la libération, elle s’inscrira au Parti Communiste Français dont elle sera exclue quelques années plus tard.


Auteur extrêmement prolixe, elle écrit des romans, des pièces de théâtre, des adaptations cinématographiques, s’inscrivant dans le renouvellement de ces modes d’expression à cette époque.
Sa vie fut marquée par son assujettissement à l’alcool qu’elle ne niera jamais et évoque au contraire dans « La Vie matérielle. »
Elle est morte à Paris en 1996 et est enterrée au cimetière du Montparnasse.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Ecrire - Marguerite Duras

Je n’aim… euh… ça se confirme.
Note :

   L’ouvrage commercialisé sous le titre "Ecrire" comporte cinq textes dont le premier, d’une cinquantaine de pages s’intitule donc… "Ecrire". Bien.
   
   Incapable que j’avais été d’apprécier les qualités de l’écriture de Marguerite Duras avec "Les petits chevaux de Tarquinia" et "Le ravissement de Lol V. Stein", l’idée m’était venue que si je laissais l’auteur m’expliquer un peu ce qu’elle faisait ou voulait faire, je serais peut-être mieux en mesure d’en éprouver le charme. Et c’est ainsi que ce nouveau Duras se retrouva dans ma bibliothèque et même, que je le lus intégralement.
   
   Et c’est pourquoi je peux vous annoncer que ceci étant fait, j’estime avoir accompli honnêtement mon devoir et que je ne pense pas que l’on me reverra jamais le nez dans un des ouvrages de Marguerite, sauf si nous nous retrouvons elle et moi, coincées seules sur une île déserte, ou dans un ascenseur. Mais le risque me paraît assez raisonnable pour que je puisse l’accepter sans frémir.
   
   Revenons à notre ouvrage. Donc, cinq textes. Le premier, est un essai sur l’écriture telle qu’elle est vue, vécue, ressentie, pensée, par M. Duras. A ce propos, je le conseille à ceux qui étudient "Le Ravissement de Lol V. Stein" et "Le Vice-Consul" dans la mesure où elle y fait référence à leur processus de création.
   En dehors de cet intérêt documentaire, j’apprécie toujours aussi peu son style et quand je lis "Du moment qu’on est perdu et qu’on a donc plus rien à écrire, à perdre, on écrit. Tant que le livre il est là et qu’il crie qu’il exige d’être terminé, on écrit" il est clair que je ne vibre toujours pas d’enthousiasme car moi pas parler comme ça normalement.
   Mais pour le fond de sa pensée, je l’ai compris : écrire est un besoin physiologique qui doit absolument être assouvi, de préférence sans objet et si possible n’importe comment. C’est à cela que l’on comprend qu’il est réellement viscéral et vrai.
   Pour ma part je n’ai pas apprécié (ni estimé d’ailleurs) cette façon dictatoriale d’assener ses vérités incontestables. Je me dis que lorsque Mme Duras a écrit ces lignes, cela devait faire trop longtemps qu’elle était entourée d’une cours d’adorateurs totalement dévoués et qu’elle n’entendait plus que les louanges et l’admiration proclamée pour l’ "énorme supériorité de son talent". On voit qu’elle a perdu cette étincelle de doute et de recherche qui interdit d’être si catégorique et permet d’être un peu plus juste.
   
   En ce qui concerne le second texte : "La mort du jeune aviateur anglais"… ! Je me demande s’il ne serait pas plus charitable de ne pas l’évoquer, mais bon, je suis là pour cela, au travail.
   Elle y répète sans fin la même brève histoire pleurant de façon répétitive le lâche abattage de cet innocent "enfant" au dessus des pommiers normands, établissant un lien avec le deuil de son propre frère, et tournant sans fin sous sa plume, la boule de ce drame qu’à mon avis elle détruit elle-même en tenant à toute force à appeler "innocent enfant" un nombre incalculable de fois, ce pilote qui, malgré sa jeunesse poignante était un homme et menait un combat d’homme. Pas pour être pleuré comme un enfant. Les simagrées des pleureuses villageoises n’améliorant pas l’histoire.
   Quand, cerise sur le gâteau ou humour involontaire, elle assène "On ne peut pas écrire là-dessus." Comment ne pas se dire que malheureusement si, elle, elle peut, depuis des pages et des pages déjà. Et quand elle enchaîne "Ou bien on peut écrire sur tout. Ecrire sur tout, tout à la fois, c’est ne pas écrire. C’est rien. Et c’est une lecture intenable (ce que je me disais aussi) , de la même façon qu’une publicité. "p. 74 Comment ne pas approuver ?
   
   Bon. Le courage me manque. Et il y a encore trois textes :
   Roma : vingt pages de ce qui tient du scénario, mais en plus obscur. J’ai dit obscur ? Je voulais dire opaque. Une rencontre amoureuse "passionnante" comme l’auteur sait les concocter. Ah oui, ça se passe à Rome. Enfin dans quelques mètres carrés de Rome. Passons.
   
    Le nombre pur : diatribe de cinq pages contre le mot "pur" assorties d’un fumeux appel de conscience ouvrière. ( ?)
   
    L’exposition de la peinture : huit pages sur le travail du peintre Roberto Plate. Cela aurait pu m’intéresser mais arrivée là, vraiment, la façon d’écrire de Duras, je ne la supportais plus et cette dernière page fut en ce livre, mon premier vrai plaisir de lecture.
    ↓

critique par Sibylline




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Un peu vide
Note :

   Quand j’ai acheté "Ecrire" de Marguerite Duras, je me souvenais d’avoir lu "Moderato cantabile" il y a une dizaine d’années et j’en avais gardé une sensation de vide et, en même temps, une impression d’envoûtement qui tenait uniquement à son style. En bref, je me souvenais d’un phrasé vide. C’est la même sensation que j’ai éprouvée en lisant Ecrire : des phrases pleines de volutes et de respirations, un mouvement, un rythme qui m’emporte, mais rien qui pourrait servir de nourriture à l’esprit. Ou plutôt : presque rien, car de temps en temps on voit tout de même jaillir une étincelle.
   
   Parmi ces étincelles, en voici deux qui m’ont touchée :
   
   "C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Ecrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ça ne parle pas beaucoup parce que c’est impossible de parler à quelqu’un d’un livre qu’on a écrit et surtout d’un livre qu’on est en train d’écrire. C’est impossible. C’est à l’opposé du cinéma, à l’opposé du théâtre, et autres spectacles. C’est à l’opposé de toutes les lectures. C’est le plus difficile de tout. C’est le pire. Parce qu’un livre c’est l’inconnu, c’est la nuit, c’est clos, c’est ça. C’est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu’on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication : sa séparation d’avec lui, le livre rêvé, comme l’enfant dernier-né, toujours le plus aimé."
   
   "Je crois que c’est ça que je reproche aux livres, en général, c’est qu’ils ne sont pas libres. On le voit à travers l’écriture : ils sont fabriqués, ils sont organisés, réglementés, conformes on dirait. Une fonction de révision que l’écrivain a très souvent envers lui-même. L’écrivain, alors il devient son propre flic. J’entends par là la recherche de la bonne forme, c’est-à-dire de la forme la plus courante, la plus claire et la plus inoffensive. Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée."
   
   J’ajoute, pour le lecteur éventuellement intéressé, qu’on chercherait vainement dans Ecrire des explications sur "comment écrire" ou même "pourquoi écrire" – On n’est pas ici face à un auteur qui aime expliquer quoi que ce soit.
   
   Les autres textes qui suivent Ecrire (il y en a quatre) ne m’ont pas intéressée, et suscitent même un certain ennui.

critique par Etcetera




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