Lecture / Ecriture
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La femme au colt 45 de Marie Redonnet

Marie Redonnet
  La femme au colt 45

La femme au colt 45 - Marie Redonnet

Voyage en terre inconnue !
Note :

   Court roman d’un auteur que je découvre. Ce titre fait suite à une longue période de silence.
   
   Lora Sander fuit ! Elle quitte seule l'Azirie devenue une dictature militaire sous le commandement du général Rafi. Son but, Santarie, état où règne encore un semblant de démocratie. Comédienne, elle est sans ressource depuis la fermeture du Magic Théâtre , son époux Zuka a été arrêté et son fils Giogio s’est engagé dans une dangereuse insurrection armée.
   
    Au bord de la falaise, elle contemple le fleuve en contre-bas, ce cours d’eau est la frontière, mais le passage n’est pas des plus aisés. Elle ne sait pas exactement ce qui l’attend de l’autre côté, son seul soutien moral est un colt 45, cadeau de son mari. Unique rempart contre l’inconnu. Et l’inconnu est tout… sauf sûr !
   
   Car même si, théoriquement, la Santarie est une démocratie, l’ordre est loin d’être assuré dans certaines provinces.
   
    Après une traversée qui lui a couté plus d’argent que prévu, elle se rend vite compte que tout se monnaye et au prix fort, pour ne pas dire très fort ! La liberté n’a pas de prix, mais Lora découvrira le contraire, à son corps défendant.
   
   Sa vie ne sera pas un long fleuve tranquille, chaque étape de son voyage sera parsemée d’épreuves ou de drames.
   
    Lora Sander, "héroïne" et narratrice de ce récit, aventurière malgré elle ; son périple lui permettra de s’épanouir dans l’adversité ! Une femme très attachante. Beaucoup de personnages de second plan dans ce récit, Lora rencontre beaucoup de monde durant son périple. Un chauffeur de camion qui la violera, mais pas réellement contre son gré, car elle en profitera également ; le propriétaire d’un camion de pizza qui l’embauchera et lui demandera un striptease quasi quotidien, mais qui lui léguera son camion. Puis un homme d’affaires qui lui offrira du travail dans une librairie mais lui demandera de coucher avec elle tous les jeudis soirs en sortant du restaurant où il l’invite. Elle s’apercevra alors que l’achat de la librairie n’avait nullement un but culturel, mais spéculatif. Quelques femmes aussi, Emy Spenser, écrivain anglaise, Anna, sa logeuse d’un moment, Nina Sharp américaine philanthrope. Et beaucoup d’autres…
   
   Une écriture originale, quelques lignes de présentation de la situation présente, puis un monologue plus ou moins long de la narratrice qui nous explique son histoire. Beaucoup de chapitres courts (entre 4 et 7 pages) aux noms qui souvent indiquent le lieu où se passe l’action :
   - L’autre rive, Le camion pizza, Le camping, Le cimetière, Pizzeria Luigi etc.
   Une sécheresse d’écriture, pas de détails inutiles, ni de phrases alambiquées, le strict nécessaire.
    Mais cela suffit amplement !
   
   
    Extraits :
   
   - Me voilà soudain lancée seule dans une vie inconnue et une histoire qui me dépasse.
   
   - Cette femme que je ne reconnais pas, sans fard, c'est moi.
   
   - Grâce au diamant, j'ai échappé à l'usine où ces malheureuses ont été conduites pour y travailler comme esclaves. La Santarie a beau être le pays de la liberté, les règles internationales du travail dans les usines situées le long du fleuve ne sont pas respectées.
   
   - Mes premiers pas au pays de la liberté. C'est un grand jour ! Et je n'ai personne avec qui le fêter.
   
   - C'est mon colt maintenant qui est mon ange gardien.
   
   - Le chauffeur de camion m'a laissé juste à l'entrée de Santaré. Il m'a dit en me quittant : "voici arrivé, bonne chance à toi." Je ne l'ai pas remercié, tellement je suis sous le choc de ce qui s'est passé pendant ce voyage.
   
   - Quand il m'a ordonné de jouir, ça été plus fort que moi, j'ai joui en gémissant de plaisir. Il a joui à son tour.
   
   Il y a une part de moi que Zuca ne connaît pas et que le chauffeur a deviné. Il vaut mieux que j'oublie ce qui s'est passé dans le camion.
   
   - Elle est nue. Elle prend son colt et vise. Elle éclate de rire.
   
   - Je m'accroche à ce souvenir pour garder la mémoire de ce que j'ai été. Sans cette mémoire, je serai perdue.
   
   - J'ai l'impression que je lui ressemble même si je suis une autre.

    ↓

critique par Eireann Yvon




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Vraiment intéressant
Note :

    La femme au colt45, c'est d'abord 'elle', ensuite Lora, au fur et à mesure peut-être que "je dois apprendre toute seule à devenir Lora Sander". Jusqu'ici elle était toute dévouée à son mari Zuka, directeur du Magic Théâtre où elle était comédienne. Hélas, Luka a été arrêté, elle a réussi à fuir l'Azirie, sous le joug d'un dictateur, pour se rendre en Santarie. Immigrante clandestine, elle doit se débrouiller, prendre des décisions et choisir par elle-même son chemin, après bien des aventures souvent rudes.
   
    Un court roman (une novella?) qui se lit d'une traite, pas seulement parce qu'il est court, mais grâce à son écriture directe et son rythme. La narration est particulière, plutôt cinématographique oserais-je proposer. De courts paragraphes descriptifs à la troisième personne, centrés sur Lora (sa tenue par exemple, au début de chapitre) et ses actions, alternent avec de longs monologues de Lora, en voix off, éclaircissant le passé lointain ou proche (entre deux chapitres par exemples) et contribuant à la marche de l'histoire. Lora comme représentante d'une femme poussée à quitter son pays, vers un inconnu hostile, et découvrant ses capacités de résistance...
   
    Une découverte vraiment intéressante, un roman (un auteur?) que je recommande.
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critique par Keisha




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Une fable à portée politique
Note :

   "Désormais je ne pourrais plus dire que je ne connais rien de la précarité ni des dangers que court une étrangère en situation irrégulière."
   

   Contrainte de fuir son pays sous le joug d'une dictature, comme tant d'autres femmes, ancienne comédienne reconnue, Lora se retrouve sur une barque à destination de Santarie, avec pour tout bagage son sac à main et son colt 45. Malheureusement, elle sait ce qu'elle quitte mais pas vraiment vers quoi elle se dirige. En Santarie, le danger est à chaque coin de rue, surtout pour une femme seule. Son colt, légué par son père, est une maigre sécurité. Pour autant, même quand son exil devient de plus en plus difficile, avec la perte de ses papiers, la vente de son colt, et la concupiscence des hommes, Lora sait reconnaître les belles rencontres, l'espoir...
   
   J'ai lu ce petit livre d'une traite, assez impressionnée par le style particulier, la distance que l'auteure garde avec son personnage en une sorte de dialogue a posteriori, poétique, et assez impressionnée aussi par les épreuves traversées par elle. J'ai pensé bizarrement à une ancienne lecture, Skoda d'Olivier Sillig, qui contient pour moi la même violence extérieure mêlée de tendresse intérieure. Il y a cette même brièveté du récit, et il y a ces mêmes lieux, impossibles à situer géographiquement, et qui participent de l'universel... un pays sous le joug d'une dictature, une population qui n'a d'autre choix que de prendre un bateau vers l'inconnu, l'arrivée douloureuse et dangereuse, la perspective d'une vie meilleure qui s'amenuise de jour en jour, l'obsession de la survie.
   
   Une fable à portée politique.

critique par Antigone




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