Lecture / Ecriture
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Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes de KÂÂ

KÂÂ
  Trois chiens morts
  Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes
  Silhouettes de morts sous la lune blanche

Pascal Marignac est un romancier français, auteur de nombreux romans policiers, sous les pseudonymes Kââ, Corsélien (Gore) et Béhémoth. Il est né en 1945 et mort en2002. Professeur de philosophie en Bretagne, où il a longtemps résidé, il se lance dans le roman policier en 1984 sous le pseudonyme de Kââ (nom qui lui est inspiré par le personnage du serpent dans Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling).

Il ne faut pas déclencher les puissances nocturnes - KÂÂ

Copain d'enfance
Note :

   Mon attention ayant été attirée sur cet auteur à identité variable par un article de l'Oncle Paul, j'ai fait un saut chez un bouquiniste et j'en suis ressortie avec deux opus qui sentaient fort le moisi. Après donc avoir passé un certain temps dans le jardin à l'abri de la pluie, mais pas du vent, ils ont eu le droit de rentrer et je viens de terminer le premier que je vous présente ici.
   
   J'ai fait à cette occasion la connaissance du personnage récurrent de Kââ, qui vit luxueusement d'activités illégales jamais bien précisées (comme il se doit) mais qui semblent tourner autour des braquages, extorsions et meurtres sur commande. Nous découvrons vite que 1° la police a son portrait robot à défaut de son nom et aimerait bien mettre la main sur lui 2° Qu'on le connait aussi dans le Milieu, où il est apprécié et, à l'occasion, employé en tant qu'indépendant.
   Ce personnage, dont on ne saura jamais le nom, est le narrateur et nous raconte simplement ce qu'il est en train de vivre. Cette technique narrative est pleine d'avantages : elle est directe, vivante, majoritairement au présent et plonge le lecteur au cœur de l'action. J'aime bien.
   
   Il affiche un hédonisme élitiste. Il ne peut se satisfaire que de ce qu'il y a de mieux dans tous les domaines, demeures, bibelots, restaurants, voitures, femmes, armes etc. On comprendra que ce train de vie coûte cher et nécessite que l'on soit actif. Mais cette fois, c'est en dehors de ses "fonctions" que se situe l'action : assistant à l'enterrement d'un malfrat (pas malin de sa part, à mon avis, mais bon...) notre héros tombe sur un copain d'enfance (zut ! Quelqu'un qui connait sa vraie identité!). Obligé de prendre un pot avec lui et de présenter une façade crédible, il apprend de plus qu'il est flic ! Et que l'assemblée était d'ailleurs truffée de volaille intéressée comme on pouvait s'en douter, par l'étalage des amis du défunt. Ils passent même la soirée ensemble. Le truand est bien décidé à ce que ce soit la dernière, et ça le sera.
   Car le lendemain, il apprend l'assassinat de cet ami d'enfance.
   Il ne tenait pas vraiment à lui, mais, et on ne sait vraiment pas trop pourquoi, un reste de nostalgie sans doute, il va se mettre en tête de comprendre ce qui s'est passé et, même quand les risques pour lui deviendront flagrants, il va s'entêter jusqu'au mortel dénouement.
   
   C'est écrit d'une façon extrêmement prenante et on reste scotché d'un bout à l'autre. Le personnage est cultivé (l'auteur l'était aussi) et c'est plaisant. Cultivé, mais pas romantique. C'est bel et bien un tueur sans plus de scrupule que de sadisme et il n'est pas dérangé par le fait de tirer dans le dos ou d'abattre un prisonnier. Il y a des choses qui ont vieilli aussi, comme de boire et fumer sans arrêt et cette façon de nous raconter les marques, les caractéristiques des voitures de luxe ou des menus gastronomiques, histoire de bien nous faire sentir qu'on est dans le tout haut de gamme et entre connaisseurs épicuriens. En fait, je voudrais rappeler qu'on est dans le train de banlieue entre lecteurs fatigués et c'est tout.
   
   Notre narrateur n'est pas franchement antipathique, mais de là à dire que je l'aime... non. Je ne peux pas. Il a des côtés terriblement beauf quand même, avec ses pinards hors de prix et la fiche technique de ses flingues. Parfois, il est même carrément puant (à mon avis, s'entend)."je fis rétrograder la boite automatique de la jaguar, les six cylindres firent ce qu'ils avaient à faire et je doublais une file d'abrutis."
    Je ne vous dirai pas dans quelle voiture je vois l'abruti, mais bon, il ne se débrouille pas trop mal dans ses aventures, il y a de l'action et on voudrait bien savoir si nos soupçons sont justes, alors on reste jusqu'au bout.
   
   Conclusion : en raison des qualités, je vais lire le second titre acheté, mais en raison des défauts, je pense qu'il n'y en aura pas de troisième. Deux, ce sera bien.

critique par Sibylline




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