Lecture / Ecriture
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Quelques-uns des cent regrets de Philippe Claudel   

Philippe Claudel
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  Le bruit des trousseaux
  Les âmes grises
  Quelques-uns des cent regrets
  Le café de l’Excelsior
  Le rapport de Brodeck
  Le monde sans les enfants
  Les petites mécaniques
  L'enquête

Quelques-uns des cent regrets - Philippe Claudel

Un des meilleurs livres de l’auteur
Note :

   Pour l’enterrement de sa mère, le narrateur revient sur les lieux de son enfance après seize années d’absence sans avoir jamais donné aucun signe. Aussi, parcourt-il ses souvenirs et quelques-uns de ses bonheurs d’enfance aux côtés de cette mère si réservée qu’il ne savait pas grand-chose d’elle et dont il se voit comme le meurtrier de sa jeunesse.
   « Je suis né dans un très jeune ventre de seize ans. [ ] Il m’a fallu du temps pour me rendre à cette vérité qui faisait de moi un petit assassin, le meurtrier geignard d’une fleur à peine éclose qui n’a jamais connu la lumière des rêveries. J’ai fait sombrer une enfant dans le monde des mères. Ma venue l’a fait glisser dans la nuit. La nuit de l’abandon et de l’étroite amertume. »
   
   Il s’agit d’un livre nostalgique tout en pudeur et en délicatesse qui ne sombre pas pour autant dans le pathétique et la vénération. Le narrateur aborde l’existence de sa mère dans tout ce qu’elle taisait et ces mystères qu’elle aura sa vie durant entretenus autour de son père. Beaucoup de tendresse se dégage pourtant du narrateur même s’il avoue être parti en claquant la porte, dévoré par l’amertume d’avoir été leurré par bien des mensonges.
   « Des années durant je me suis arrangé de ces mystères. Toutes les familles possèdent, dit-on, d’épaisses strates de silence tendu, des souffrances engluées dans des secrets cachés bien au fond de belles armoires à linge. »
   
   L’auteur avec la réserve et l’élégance qui le caractérisent aborde les liens filiaux. La plume est si belle, si juste, si sensible que j’ai bien des difficultés à résister au plaisir de faire partager de nombreux passages.
   Comme souvent dans ses livres, Philippe Claudel laisse au lecteur le soin de construire sa propre conclusion. Il parsème son histoire de quelques pistes qu’il suspend juste à portée et qu’il suffit d’agripper ou non.
   
   Ainsi, chacun, sur le parcours de sa vie, se construirait autour de ses regrets afin de pouvoir continuer à avancer.
   « Les coquillages, quand ils se blessent dans la mer, pour calmer leur blessure et la guérir, ils font de belles perles tout autour, des perles toutes moirées, de vrais trésors qui possèdent le souvenir, la mémoire de la blessure. Et bien nous autres les hommes, quand on se blesse, ou qu’on blesse quelqu’un, nos perles à nous ce sont les regrets, on se fabrique de beaux regrets, et dans une vie, qu’on soit prince, cordonnier ou sénateur, nos regrets sont écrits sur un grand livre, un superbe livre avec beaucoup d’or et d’enluminures, Le livre des dettes qu’il s’appelle, ils sont écrits et comptés, et chaque fois qu’un regret est écrit, on pleure, on souffre en pensant à lui, mais ça nous donne la force d’aller vers le suivant, et ainsi se passe la vie, de regret en regret, comme un saute-mouton, la vie dans laquelle nous avons cent regrets, pas un de plus, pas un de moins, on peut faire des pieds et des mains, on n’aura jamais droit à plus de cent regrets [ ]. »
   
   Un très beau livre débordant de tendres émotions ; pour moi un des meilleurs de l’auteur.

critique par Véro




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